À quoi bon changer ses habitudes pour le climat?

À quoi bon laisser l’auto pour prendre le vélo quand le collègue multiplie les voyages en avion, pas vrai? Pourquoi essayer de cuisiner du tofu alors que le voisin s’enfile des steaks sur le BBQ?! Après tout, il y a tellement de gens qui polluent plus que nous, à commencer par les célébrités dans leur(s) jet(s) privé(s). En fait, pourquoi se donner du mal et changer ses habitudes pour diminuer ses émissions de gaz à effet de serre (GES), alors que tant d’autres sont bien pires que nous? Parce que…

… plus le souffle des changements climatiques s’intensifie, plus la girouette des modes de vie devra changer rapidement de direction.

Apprendre, progressivement, à vivre dans le monde de demain, c’est se donner de meilleures chances d’avoir le vent dans le dos plutôt qu’en plein visage. Et ça, c’est un point de départ pour développer sa résilience, à savoir une aptitude à s’adapter et surmonter des circonstances difficiles.

Je m’arrête sur deux exemples de solutions individuelles qui valent la peine d’être explorés dès aujourd’hui. Individuellement, vous ne pouvez évidemment pas arrêter le réchauffement du climat, mais vous avez le pouvoir de changer la façon de le vivre pour une meilleure qualité de vie.

Le vélo, ça ne s’oublie jamais

On le sait depuis très longtemps : la mobilité active – comme la marche et le vélo – est une alliée majeure pour réduire les GES, tout comme le transport collectif, l’autopartage et le covoiturage.

Au Québec, le secteur des transports est le plus grand émetteur de GES, comptant pour plus de 43 % des émissions totales de la province, dont plus de la moitié provient des automobiles et des camions légers. Et ce n’est pas qu’au Québec, c’est partout dans le monde : il faut changer notre manière de nous déplacer pour avoir moins d’impact sur l’environnement… et (très) rapidement!

Sentez-vous venir le vent du changement?

Au Canada, la taxe carbone sur l’essence ne cessera d’augmenter afin d’encourager la population à délaisser ce produit climaticide. D’ailleurs, l’achat d’un nouveau véhicule à essence ne sera plus possible au Québec d’ici 2035. Vu l’urgence climatique qui frappe de plus en plus fort, rien ne dit que l’échéance ne sera pas devancée ou que des villes ne restreindront pas certains véhicules sur leur territoire avant cette date, comme c’est déjà le cas à Paris et Bruxelles.

Les stationnements deviendront aussi plus rares (et donc plus chers) puisqu’il faut de la place pour des trottoirs, des pistes cyclables et de nouvelles habitations pour permettre une meilleure densification.

On le sent venir, pas vrai?

Dans notre monde dorénavant bouleversé par un climat déglingué, il va devenir de plus en plus difficile et cher d’utiliser une voiture personnelle, surtout là où il existe (ou existera) des alternatives de transport efficaces.

L’objectif n’est, évidemment, pas de déranger les automobilistes, mais bien de mettre en place des solutions pour garder la température humainement vivable sur Terre.

C’est certain, changer ses habitudes demande du temps et du courage. Mais là où certain·es s’épuisent à lutter contre un courant de plus en plus fort, d’autres décident d’en profiter pour se faciliter la vie. Quand on y pense, marcher et faire du vélo c’est pratiquer un sport en se déplaçant, covoiturer c’est une opportunité pour un moment social de qualité et le transport collectif permet de faire autre chose que conduire et chercher un stationnement.

Faire bonne chère, sans chair

L’alimentation est un enjeu sensible puisqu’il est intimement lié notre mode de vie, à notre système agricole, à notre culture et à nos traditions. Comme beaucoup, j’ai été élevée avec un régime alimentaire (trop) carnivore et j’admets que c’est difficile de changer. C’est pourquoi je m’y mets progressivement, mais dès à présent.

En effet, un régime omnivore pèse lourd sur l’environnement (en particulier le bœuf). Au Québec, une analyse du CIRAIG, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, conclut que la consommation de produits animaliers représente 52 % de l’empreinte carbone de l’alimentation d’un Québécois moyen, alors que cela ne représente que 18 % de toute la nourriture qu’il consomme par an.

Dans son rapport du 4 avril 2022 qui détaille des solutions pour diminuer les émissions mondiales de GES, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pointe d’ailleurs le fait d’adopter une diète davantage végétale.

On se rend donc vite compte que la réduction de la consommation de viande est aussi un outil pour lutter efficacement contre le dérèglement de notre climat, ce monstre notamment responsable de l’augmentation de la fréquence de vagues de chaleur extrême comme celle qui a transformé une partie de l’Europe en fournaise cette semaine.

Ces informations en tête, ne vaut-il pas mieux embarquer dès maintenant dans le flot des cuisiniers en herbes en développant (avec nos enfants) une curiosité culinaire pour des repas alignés sur les défis climatiques? Après tout, il n’y a certainement rien de mal à découvrir de nouveaux plaisirs culinaires.

En plus, qu’importe la disponibilité et le prix de la viande dans l’avenir, vous aurez toujours un bon repas à servir à table… peut-être avec les légumes de saison de votre jardin!

Apprendre à cuisiner et à savourer avec ses enfants des bons plats végétariens comme la tarte rustique aux oignons et champignons de K pour Katrine ou véganes comme le tofu Général Tao de Jean-Philippe, c’est choisir de savourer des solutions apportées par le vent de la transition socioécologique plutôt que subir les tempêtes du chaos climatique.