L’excellence ne met pas à l’abri du racisme

Encore une fois, le racisme a pointé son nez.

Le 10 juillet 2022, lors du Grand Prix d’Autriche, Lewis Hamilton, pour une seconde fois en moins d’un mois, a dénoncé des commentaires racistes et homophobes, cette fois-ci de fans de la Formule 1. Sur Instagram, Hamilton s’est dit « dégoûté d’apprendre que certains partisans sont confrontés à des comportements racistes, homophobes et agressifs ».

En juin dernier, des propos prononcés par l’ex-coureur automobile Nelson Piquet en novembre 2021 ont refait surface. Alors qu’il relatait certains points forts de la course du Grand Prix de Grande-Bretagne 2021, le triple champion du monde de F1 a référé à Lewis Hamilton par des mots dérogatoires.

Ainsi, malgré les accomplissements phénoménaux de Lewis Hamilton, qui a récolté sept titres de championnats de Formule 1 (exploit égalé par un seul autre coureur, Michael Schumacher), Nelson Piquet, a utilisé le mot « petit noir » (« neguinho » en brésilien) en référant à  Hamilton.

Cette qualification de « petit Noir » n’est pas sans rappeler l’utilisation du mot en N.

Lewis Hamilton a encore une fois rompu le silence : « J’ai été entouré de comportements tels que celui-là et ai été pris pour cible toute ma vie. Il y a eu du temps pour apprendre, maintenant est venu le temps de l’action », a-t-il écrit sur Twitter.

« Ce sont plus que des paroles. Ces mentalités archaïques doivent changer et n’ont pas de place dans notre sport ». Soulignons que Piquet s’est finalement excusé en juin 2022.

Le retour du blackface

Le 15 juillet dernier, la soprano noire américaine Angel Blue a annoncé qu’elle ne chantera pas à l’Arena di Verona dans la production Aida. Elle dénonce les « Black face » de la soprano russe Anna Netrebko et d’autres interprètes. Elle rappelle, sur les médias sociaux, que « l’utilisation du blackface en toutes circonstances, artistique ou autre, est une pratique profondément erronée basée sur des traditions théâtrales archaïques qui n’ont pas leur place dans la société moderne. […] C’est offensant, humiliant et carrément raciste. »

« J’étais choqué; je me sentais juste vraiment bizarre dans mon esprit » a confié au New York Times Angel Blue, troublée de voir des photos de la production dans lesquels apparaissent certains danseurs et des chanteurs avec un blackface, rappelant l’héritage des ménestrels et faisant ainsi écho à des caricatures racistes. « J’avais juste l’impression que je ne pouvais pas aller chanter et m’associer à cette tradition », conclut-elle.

Les voix du passé

On est encore loin du souhait de Martin Luther King dans son historique discours du 23 août 1963, I Have a Dream : « Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur le contenu de leur caractère. »

Nous sommes en 2022 et à leur âge, autant Lewis Hamilton qu’Angel Blue pourraient facilement être les petits enfants de M. King. Plus de 50 ans après l’allocution de ce grand homme, son rêve reste… toujours un rêve.

Force est de constater que les Noir·es portent toujours sur leurs épaules et sur leur peau le poids et les traces de l’histoire coloniale, de l’histoire de l’esclavage.

La mort de George Floyd a agi comme une catharsis mondiale. Les Noir·es en ont assez de ces mots et de ces images qui ne sont pas que des mots et des images, mais plutôt des concepts. Ces mots et ces images qui ne font que ramener le passé dans le présent. Comme le dit de façon opportune Lewis Hamilton : « Pourquoi donnons-nous une tribune aux voix du passé? »

Mots et pratiques archaïques doivent rester dans leur espace : le passé.

Comme le disait Don Draper, dans Mad Men : « si vous n’aimez pas ce qui se dit, changez la conversation ». C’est que les populations afro-descendantes demandent depuis que l’esclavage, crime contre l’humanité, a été aboli.

Mais comment changer la conversation alors que ceux qui dominent la société résistent en invoquant les modes d’expression pour protéger des réminiscences d’un certain passé, et, ce faisant, mettent de l’avant une mémoire sélective?

On le sait, si les systèmes ne changent pas, l’histoire continuera de se répéter.

Quand la neutralité nourrit l’oppression

En cette Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024) où les États doivent éliminer les stéréotypes institutionnalisés relatifs aux personnes d’ascendance africaine, comment se fait-il que l’on puisse encore et toujours se permettre de dénigrer les personnes noires?

Faut-il rappeler que l’égalité demande une réelle inclusion et une déconstruction de multiples structures sociales dans lequel le racisme est profondément enraciné, à un point tel qu’il est considéré comme naturel, voire normal, et que des personnes l’alimentent sans même en être tout à fait conscientes.

Car, le racisme n’est pas qu’une affaire d’attitudes et d’actions préjudiciables des individus. Il est aussi profondément ancré dans la culture, la psyché, les systèmes et les institutions d’une société et des individus qui la composent.

C’est pourquoi il faut prendre acte de l’aspect systémique du racisme comme le fait la Fédération internationale de l’automobile en soulignant que « tout propos ou comportement raciste ou discriminatoire n’a pas de place dans le sport ou dans la société ». C’est pourquoi la Fédération soutient les actions de Lewis Hamilton qui a décidé de donner sa voix à la lutte contre toutes les formes de racisme.

On ne peut oublier les propos de Lewis Hamilton à la suite de la mort de George Floyd alors qu’il critiquait, sur Instagram, les membres de la Formule 1 pour leur silence :

« Je vois ceux d’entre vous qui restent silencieux, certains d’entre vous les plus grandes stars, mais vous restez silencieux au milieu de l’injustice. Pas un signe de qui que ce soit dans mon industrie, qui est bien sûr un sport dominé par les Blancs. »

« Je suis l’une des seules personnes de couleur là-bas et pourtant je suis seul. J’aurais pensé que vous verriez maintenant pourquoi cela se produit et en diriez quelque chose, mais vous ne pouvez pas nous soutenir. […] »

« Il ne peut y avoir de paix tant que nos soi-disant dirigeants n’apportent pas de changement. Ce n’est pas seulement l’Amérique, c’est le Royaume-Uni, c’est l’Espagne, c’est l’Italie et partout. … La manière dont les minorités sont traitées doit changer, la manière dont vous éduquez les habitants de vos pays à l’égalité, au racisme, au classisme aussi. Car, en fin de compte nous sommes tous pareils. »

Les paroles de Lewis Hamilton font écho à celles de Desmond Tutu : « Si vous êtes neutre dans les situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur. »

Tamara Thermitus

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