Les retombées du Grand Prix du Canada ne sont pas à la hauteur des prétentions de ses promoteurs Photo : VV Nincic (CC BY 2.0)

Le Grand Prix du Canada, un bon usage des fonds publics?

Les retombées de la course de Formule 1 montréalaise ne compenseraient pas les investissements publics nécessaires à sa tenue.

Le Grand Prix du Canada ne serait pas aussi profitable pour l’économie que le laissent entendre les promoteurs de l’événement. Des études indépendantes suggèrent que les courses de Formule 1 ne rapportent finalement que très peu de revenus aux gouvernements qui les financent. La F1 serait même potentiellement néfaste pour l’image de Montréal, du Québec et du Canada.

Les retombées du Grand Prix du Canada, qui se tiendra au parc Jean-Drapeau cette fin de semaine, ne justifieront pas les millions $ investis en fonds publics pour assurer la tenue de l’événement, prévient le chercheur de l’Institut de recherche et d’information socioéconomique (IRIS) Colin Pratte.

Pour chaque édition entre 2015 et 2031, les différents paliers de gouvernement doivent donner ensemble entre 17 et 26 millions $ aux organisateurs du Grand Prix, selon l’entente conclue avec la F1.

Ils financent aussi l’entretien et la réfection du circuit Gilles-Villeneuve, où a lieu la course. Entre 2017 et 2020, ces travaux sont venus ajouter un autre 150 millions $ à la facture, selon Colin Pratte, soit en moyenne 37,5 millions $ chaque année.

Des études biaisées

En contrepartie, la dernière édition de la course aurait généré 63,2 millions $ en retombées, si on en croit une étude d’Orama Marketing qui est fréquemment citée par les promoteurs de la F1.

Les conclusions de cette étude sont toutefois biaisées, critique Colin Pratte. « Elle n’est pas indépendante, elle est commandée et ça paraît dans le traitement de l’objet », observe-t-il. L’étude est en effet financée par le Groupe de course Octane, qui gère la vente des billets du Grand Prix, ainsi que par la société du parc Jean-Drapeau et Tourisme Montréal.

L’étude ne tient pas compte des dépenses nécessaires à la tenue de l’événement, explique le chercheur. Par exemple, elle parle très positivement des 16 millions $ de revenus en taxes et impôts qu’elle attribue au Grand Prix, sans rappeler que ces recettes publiques sont inférieures au financement versé.

De plus, ses principales conclusions concernant les emplois et les dépenses générés par la course mériteraient d’être nuancées en raison de leur méthodologie prompte aux généralisations, explique Colin Pratte.

Un autre son de cloche

De leur côté, les études indépendantes sur le sujet suggèrent plutôt que la tenue d’un Grand Prix de Formule 1 n’est généralement pas rentable pour les pays qui les financent et rien ne laisse présager une différence dans le cas de Montréal, explique Colin Pratte.

Une étude indépendante récente note d’ailleurs que les décideurs s’appuient souvent sur des études mal conçues lorsque vient le temps d’octroyer les millions $ de fonds publics nécessaires à la tenue de grands événements sportifs tels que les Grands Prix.

Les chercheurs ont donc évalué le rendement des Grands Prix tenus en Europe sur une période de 25 ans en tenant compte à la fois des dépenses, mais aussi des opportunités qui ont été laissées de côté en raison de la tenue d’un Grand Prix. Ils se sont notamment penchés sur les courses qui ne se répètent pas chaque année, comparant les villes avec elles-mêmes, avec ou sans course pour influencer leur économie.

Ce faisant, les chercheurs ont constaté que les retombées économiques vantées par les promoteurs de la F1 ne résistent que très rarement à un examen minutieux. Une fois pondérées par leur modèle, ces retombées seraient finalement plutôt négligeables.

« Tenir une course de F1 ne produit aucun effet net positif tangible et ne justifie donc pas les grands montants de fonds publics investis dans ces événements », conclut l’étude.

Bon pour la réputation de Montréal, vraiment?

Plus encore, les Grands Prix de Formule 1 pourraient également nuire à la réputation des villes qui les tiennent et compromettre la pérennité de leur industrie touristique, selon la même étude. Bien que cela soit difficile à mesurer, les chercheurs rappellent que la présence même de la F1 peut repousser plusieurs voyageur·euses qui ne se reconnaissent pas dans les valeurs projetées par un tel événement.

En plus d’être pointé du doigt par de nombreux groupes communautaires pour son association à l’exploitation sexuelle, le Grand Prix est contesté de par sa nature même, rappelle Colin Pratte. Il vise principalement à promouvoir la culture de l’automobile et son industrie nuisible pour la société et les écosystèmes, pointe-t-il.

« La F1 a un problème de réputation et en est pleinement consciente, c’est pourquoi elle promet de rendre le circuit carboneutre d’ici 2030, sans toutefois avancer aucun plan concret pour y arriver », explique Colin Pratte.

Une telle incongruité sera de plus en plus difficile à justifier au fil du temps, selon lui. « En 2035, les voitures à essence seront interdites de vente, mais en attendant, nous en faisons des spectacles, nous en faisons la promotion ? » s’interroge Colin Pratte. Le temps serait peut-être venu de faire des investissements publics liés à des activités touristiques éthiques et écoresponsables, conclut le chercheur.

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