La manifestation pour le climat du 27 septembre 2019, point culminant de l'action climatique pré pandémique au Québec. Photo Lëa-Kim Châteauneuf, (CC BY-SA 4.0)
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Ramener la nature en ville ou subir le pire de la crise climatique

Le gouvernement du Québec devra impérativement restaurer des milieux naturels, notamment dans les villes, s’il veut limiter les impacts de la crise climatique.

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Pour respecter ses propres objectifs en matière de lutte aux changements climatiques, le Québec doit stopper la tendance actuelle en matière d’étalement urbain et mieux protéger ses milieux naturels. Plus encore, il faut même retourner une partie du territoire urbain à la nature, selon le dernier rapport du Comité consultatif sur les changements climatiques (CCCC).

L’organisme indépendant, qui conseille le gouvernement du Québec sur ses politiques entourant la lutte aux changements climatiques, est clair : non seulement le mode actuel de gestion du territoire, où la ville ne cesse de déferler sur la campagne, est insoutenable, mais il faudra aussi faire marche arrière et retourner une partie des territoires urbanisés à la nature.

Actuellement, la province s’empresse de transformer les territoires sans importance économique en aires protégées, mais laisse la nature en pâture aux promoteurs dans le sud de la province. Cette approche est problématique, selon Annie Levasseur, professeure à l’École de technologie supérieure et membre du CCCC. « Nous ne pouvons pas exporter la conservation », affirme-t-elle. « Si nous voulons éviter les inondations, réduire les îlots de chaleur, protéger la biodiversité et réduire la pollution atmosphérique, il faut que les milieux naturels fassent partie intégrante des villes », précise-t-elle.

Or, la tendance actuelle est plutôt à l’inverse, selon le CCCC.

L’organisme rappelle dans son rapport qu’entre 1990 et 2010, le sud du Québec a perdu 66 % de ses forêts, 25 % de ses terres agricoles et 10 % de ses milieux humides.

« Lorsque l’on transforme ces milieux naturels, on libère non seulement le carbone qu’ils avaient stocké avec le temps, mais en plus on enlève une capacité de captation pour le futur et on diminue notre capacité d’adaptation aux changements climatiques, » explique Jérôme Dupras, professeur au département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais et contributeur au CCCC.

Un plan d’action global et du savoir-faire local

Un des principaux obstacles à la restauration et la protection des espaces végétalisés en milieux urbains est la structure de financement des municipalités, selon Annie Levasseur. « L’impôt foncier est la seule façon pour les municipalités d’avoir de l’argent, c’est donc très tentant de juste donner le champ libre aux promoteurs pour qu’ils fassent plein de condos et de maisons », décrie-t-elle.

Le CCCC appelle donc le gouvernement provincial à jouer un plus grand rôle dans la planification de la gestion du territoire. La crise climatique aura des impacts globaux et il faudra donc une gestion globale et concertée pour s’y adapter, explique Jérôme Dupras.

Ainsi, le gouvernement pourrait donner de grandes orientations et fournir des sources de revenus alternatives aux municipalités pour leurs efforts d’aménagement du territoire. Celles-ci seraient ensuite libres d’adapter ces grands objectifs à leur réalité propre, selon le chercheur. « Les besoins ne sont pas les mêmes à Gatineau et à Shawinigan. Pour réaliser nos objectifs à court terme, nous aurons besoin du pragmatisme des gens qui connaissent les réalités locales », précise-t-il.

Une réponse tiède du gouvernement

Le gouvernement caquiste en général et le ministre des Transports François Bonnardel en particulier ont accueilli le rapport du CCCC avec une certaine froideur.  « Le ministre a dit : “Je ne me vois pas dire aux gens de vivre dans des tours de douze étages”, ce n’est pas du tout ce qu’on propose », dénonce Annie Levasseur.

Selon elle, nous devons tou·tes repenser notre façon d’aborder les efforts nécessaires pour s’adapter aux répercussions inévitables des changements climatiques. « C’est comme pour le transport en commun, qui est toujours vu comme une grosse dépense, alors que les projets autoroutiers sont toujours vus comme des investissements, une nécessité de la vie. »

Elle rappelle que les obstacles à une saine gestion du territoire sont surtout politiques. Comme le souligne le rapport du CCCC : « Les transformations à réaliser peuvent sembler considérables, […] mais le Québec a tous les atouts pour les mener à bien. »

LA NATURE POUR TOU·TES

Le CCCC reconnait que de restaurer des espaces verts risque d’entrainer une accélération de l’embourgeoisement de certains quartiers. « Restaurer des milieux naturels va certainement faire monter la valeur des bâtiments des alentours, mais en même temps on ne peut pas garder des quartiers non végétalisés pour les garder pauvres », explique Annie Levasseur.

Elle encourage plutôt les gouvernements à adopter des mesures compensatoires pour s’assurer que les populations les plus vulnérables aient un accès juste à la nature. « En plus, les quartiers pauvres sont souvent ceux qui ont le plus de pollution en raison de la proximité des usines et des systèmes autoroutiers. Les espaces revitalisés aident à la qualité de l’air en absorbant les polluants », souligne-t-elle. Elle croit qu’avec suffisamment de volonté politique, le gouvernement serait en mesure de reverdir les quartiers plus démunis tout en conservant leur mixité sur le plan social.

Le rapport du CCCC abonde dans le même sens en suggérant d’investir massivement dans des programmes de logements sociaux pour éviter que le reverdissement mène à une vaste injustice environnementale où seuls les plus riches auront droit aux bienfaits de la nature.