Nenad Stojkovic (CC BY 2.0)

Des organismes anti-avortement dans le répertoire du ministère de la Santé : « il faut toujours vérifier »

Pour les centres pro-choix, ces organismes – qui ont été très récemment retirés du répertoire du MSSS – doivent absolument être plus transparents sur leurs visées.

Jusqu’au mois dernier, des organismes anti-avortement étaient intégrés au répertoire des ressources du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Ils ont été retirés après que Pivot ait interrogé le ministère à ce sujet. Pour les organismes pro-choix de la province, il est impératif que ces organismes soient plus transparents sur leur politique, afin que les femmes puissent prendre une décision éclairée.

Malgré une apparence de neutralité, des centres de grossesse sont en réalité anti-avortement et utilisent diverses méthodes pour orienter les femmes vers la poursuite de la grossesse. Les conseils biaisés de ces organismes ont été mis en lumière par Urbania, en février. Et ce n’est pas la première fois que des journalistes se penchent sur la question. En 2010, un reportage de Gabrielle Duchaine était publié par Rue Frontenac et Ricochet a publié une enquête similaire en 2014.

Suite à l’article d’Urbania, Pivot a constaté que deux des organismes anti-avortement évoqués dans la publication étaient présents dans la liste du répertoire des ressources en santé et services sociaux du MSSS disponible sur le Web. Ce répertoire a pour but de fournir aux citoyen.nes des références vers des organismes communautaires, des cliniques et autres ressources publiques ou privées qui offrent des services sociaux ou de santé.

Nous avons demandé des explications au MSSS. La porte-parole du MSSS nous a répondu que « l’ajout de ressources au Répertoire de ressource en santé et service sociaux (RRSS) est assuré par la région responsable de la mise à jour [sur] son territoire ». Elle précise que ces « deux organismes sont connus du MSSS pour leur position, mais ceux-ci ne reçoivent pas de fond de la part du MSSS ». Un mois plus tard, nous avons néanmoins constaté que ces organismes ne figuraient plus sur la liste.

Seulement trois centres pro-choix

Situé dans la Capitale nationale, SOS Grossesse a pour mission d’accueillir les personnes touchées de près ou de loin par la grossesse. Sa philosophie est pro-choix, nous explique la directrice générale, Sylvie Pedneault, c’est-à-dire que l’organisme laisse la personne qui vit la grossesse, planifiée ou non, décider d’aller vers la poursuite, l’adoption ou l’interruption de la grossesse. 

« Ce qu’il faut savoir », dit-elle, « c’est qu’on est trois organismes pro-choix dans la province, contre environ une trentaine [d’organismes anti-avortement] ». Ces organismes s’affichent pourtant comme étant pro-choix. Mais, pour Sylvie Pedneault, « c’est super sournois. »

« C’est difficile de faire la distinction, car quand on va sur le site des groupes anti-choix, le discours est beau, ça ne paraît pas. Mais les femmes qui vont aller à la rencontre de ces intervenants-là, elles vont être orientées vers la poursuite de la grossesse. »

Sylvie Pedneault

Pour la directrice de SOS Grossesse, ces biais ne sont pas sans conséquences et certaines femmes vont vivre des traumatismes. « Il y a des femmes qui sont ambivalentes, qui ne savent pas quoi faire, elles vont être orientées vers la poursuite de la grossesse soit par la culpabilisation ou par des mythes sur l’avortement » dit-elle. Pour elle, ce qui est important, c’est de donner l’information juste, pour permettre aux femmes de prendre une décision éclairée.

Elle constate le même problème dans le répertoire 211, un répertoire en ligne créé par le Centre de référence du grand Montréal avec la participation de Centraide. Ce répertoire recense les organismes communautaires et publics présents sur le territoire selon leur mission. Étant donné que les organismes remplissent eux-mêmes leurs fiches, certains s’affichent comme étant pro-choix, alors qu’ils ne le sont pas. « Il faut militer constamment, il faut toujours vérifier », déplore Mme Pedneault.

Sylvie Pedneault conçoit que ces groupes peuvent répondre à certains besoins. Mais pour elle, la transparence est primordiale : « Il y a des organismes anti-choix qui peuvent réellement aider une personne. Cela dit, je pense que les femmes devraient être au courant. Cela devrait être transparent que l’organisme est anti-choix qu’il vont donner l’aide nécessaire si on décide de poursuivre la grossesse. »

Même constat dans les conclusions d’un rapport de recherche publié en 2014 sur l’écosystème des organismes anti-avortement rédigé par Audrey Gonin, Véronique Pronovost et Mélissa Blais, de l’Université du Québec à Montréal. Dans leurs recommandations, on peut lire que « les centres reliés au mouvement « pro-vie » devraient limiter leur action au soutien des femmes enceintes qui ont déjà pris la décision de poursuivre leur grossesse » et que « cette activité caritative devrait être clairement différenciée de celle d’accompagnement à la prise de décision, qu’il est pour le moins délicat de mener lorsqu’un biais favorable à la poursuite de la grossesse préside aux visées d’un organisme ».

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