L’archevêque Desmond Tutu fait partie de notre patrimoine

En apprenant la mort de l’archevêque Desmond Tutu, cette phrase de bell hooks m’est revenue à l’esprit : « La véritable résistance commence avec des personnes qui affrontent la douleur… et veulent faire quelque chose pour la changer. »

Desmond Tutu a voué sa vie pour que les histoires des exclus de l’humanité à cause de leur « race », de leur orientation sexuelle, de leur classe sociale, soient entendues. Il rejetait toutes les classes sociales, toutes les castes que certaines sociétés érigent. 

Pour moi, l’archevêque Tutu a une importance toute particulière. Son travail, au sein de la Commission de vérité et réconciliation d’Afrique du Sud a été un élément qui a non seulement été au cœur de ma vie, mais aussi au cœur de celles des Autochtones et des Canadien·nes.

Retour sur l’histoire : les réserves autochtones ont été un modèle au cœur de la politique de l’apartheid 

En 1947 l’apartheid sud-africain voyait le jour. Inspiré des lois ségrégationnistes du sud des États-Unis (Jim Crow), de la Loi sur les Indiens qui a créé les réserves indiennes au Canada, des politiques réglementant la vie des indigènes de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

Alors qu’il recevait le prix Nobel de la paix en 1984,  Desmond Tutu faisait état de la situation en Afrique du Sud : 

« La nouvelle constitution qui prévoit trois chambres, une pour les Blancs, une pour les gens de couleur et une pour les Indiens, ne mentionne les Noirs qu’une seule fois, puis les ignore complètement. Ainsi, cette nouvelle constitution, saluée dans certaines parties de l’Occident comme un pas dans la bonne direction, consacre le racisme et l’ethnicité (…) cette constitution maintient et consacre la domination de la minorité blanche. »

Pour lui « Les Noirs sont systématiquement déchus de leur citoyenneté sud-africaine et sont transformés en étrangers dans leur pays de naissance. » (…) « L’apartheid a cependant fait en sorte que les enfants de Dieu, simplement parce qu’ils sont noirs, soient traités comme s’ils étaient des choses, et non comme des êtres d’une valeur infinie, créés à l’image de Dieu. »

Le Canada et l’apartheid 

Lors d’une rencontre entre le premier ministre Brian Mulroney et l’archevêque Tutu, celui-ci a plaidé pour l’abolition de l’apartheid. C’est ainsi que le premier ministre Mulroney, à l’instar du premier ministre Diefenbaker avant lui, a vertement dénoncé ce régime.

En effet en 1988, alors que l’Angleterre, l’Allemagne et les États-Unis appuyaient toujours le régime d’apartheid, le premier ministre Mulroney a fait une allocution devant l’Assemblée générale des Nations Unies le dénonçant. Il a été un leader antiapartheid en orchestrant une campagne de sanctions économiques contre l’Afrique du Sud qui a mené à la fin de ce régime inhumain.

La Commission de vérité et réconciliation

L’apartheid a profondément marqué l’Afrique du Sud. Il fallait reconstruire ce pays en proie à d’importantes violations des droits humains. Pour reconstruire ce pays mutilé, le président Nelson Mandela a confié à l’archevêque Desmond Tutu la présidence de la Commission vérité et réconciliation qui devait « enquêter sur les violations flagrantes des droits de l’homme perpétrées pendant la période du régime d’apartheid, de 1960 à 1994. » L’archevêque considérait que « la justice occidentale est largement rétributive [qui récompense ou punit selon les actes, sans tenir compte des circonstances]. La conception africaine de la justice va au-delà de la réparation – il ne s’agit pas de punir, mais de redresser ou de rétablir un équilibre social qui a été rompu. » La Commission avait pour but de permettre que la vérité soit dévoilée après avoir entendu toutes les parties.

Le retour du balancier  

Les Canadien·nes ont dû se pencher sur leur passé colonial, particulièrement sur les séquelles laissées par les pensionnats indiens qui ont des conséquences sur les relations entre les peuples autochtones et les allochtones. C’est dans ce contexte que la Commission de vérité et réconciliation du Canada a vu le jour. 

En ayant à l’esprit le contexte canadien, lorsque nous avons négocié les termes de la Commission, les travaux de la Commission de vérité et réconciliation de l’Afrique du Sud ont été une source d’inspiration. C’est ainsi que la justice réparatrice, voulant que les victimes, les auteurs de délits et la communauté puissent dialoguer afin d’identifier et considérer les causes sociales et politiques de l’acte délictueux, a été au cœur des réflexions menant à la création de notre Commission. 

Un autre objectif de ces commissions est de combler les « silences qui sont au cœur des processus de production historique : au moment de la création des faits (la création des sources) ; lors de l’assemblage des faits (la création des archives) ; au moment de la récupération des faits (la création des récits) ; et lors de la signification rétrospective (la création de l’histoire) ». Michel-Rolph Trouillot. Or, l’objectif ultime des commissions de vérité est la réconciliation.

Et c’est en écoutant les histoires que les vainqueurs ont voulu effacer que la Commission vérité et réconciliation donne une voix aux vaincus. Elles permettent de « raconter des histoires afin de vivre » comme le disait Joan Didon. 

L’archevêque Desmond Tutu fait partie de notre patrimoine canadien  

Desmond Tutu fait en quelque sorte partie de notre histoire canadienne et universelle. Il éclaire toujours notre chemin par ses enseignements .

« Si nous ne travaillons pas assidûment pour que tous les enfants de Dieu, nos frères et sœurs, les membres de notre unique famille humaine, jouissent tous des droits humains fondamentaux, du droit à une vie épanouie, du droit de circuler, de travailler, de la liberté d’être pleinement humain, avec une humanité mesurée par rien de moins que l’humanité de Jésus-Christ lui-même, alors nous sommes sur la voie inexorable de l’autodestruction, nous ne sommes pas loin du suicide mondial ; et pourtant il pourrait en être autrement. » 

Extrait du discours de Desmond Tutu lors de la remise du prix Nobel de la paix 1984.
Tamara Thermitus

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