L’anticonformisme des cadeaux usagés

Je songeais souvent à offrir des choses usagées comme cadeaux, mais j’avais peur d’avoir l’air « cheap » auprès des gens que j’aime. Fouiller le web et les friperies demande pourtant beaucoup plus de temps et d’inventivité qu’un simple clic sur Amazon. Sans compter que les prix des biens de seconde main défient les meilleures réductions de n’importe quelle boutique, de quoi avoir plus pour moins. Avec autant d’arguments en sa faveur, comment se peut-il que j’aie hésité aussi longtemps à franchir le cap du vieux, offert comme du neuf ?

Ce Noël, je suis fière de mes trouvailles, dénichées grâce à une fouille méticuleuse de Kijiji, de Facebook Market et de Renaissance durant des semaines. Pourtant, je ne cache pas que j’appréhende les réactions lors du fameux échange des cadeaux : ça fait quoi de recevoir un cadeau un peu usé? De ne pas ouvrir la jolie boîte et sentir l’odeur du neuf? Honnêtement, je ne sais : à mon plus grand désarroi, malgré le fait que je suis une environnementaliste, je reçois toujours du neuf.

Ce dont je suis pas mal certaine en revanche, c’est que je ne dois pas être la seule à ressentir cette dissonance… et je pense avoir trouvé le coupable idéal : le maudit biais de conformisme. En 1970, deux psychologues, Daniel Kahneman et Amos Tversky, ont exposé au grand jour les fameux biais cognitifs, et depuis on en a découvert des tonnes. Il s’agit d’une sorte de raccourcis mentaux, qui nous aide à prendre rapidement des décisions sans trop dépenser d’énergie. Ça évite, par exemple, de longues conversations mentales pour peser le pour et le contre de chaque décision, comme le choix du thé ou du café le matin.

50 ans plus tard, les biais cognitifs permettent de mieux comprendre bon nombre d’incohérences qui rendent la vie dure aux actions environnementales. Ce sont par exemple eux qui font croire à la majorité des gens qu’ils ont de meilleurs comportements environnementaux que les autres, selon cette étude sortie en 2019, la faute cette fois au biais d’auto-complaisance qui fait croire, en gros, qu’on fait mieux que son voisin. Je pourrais me lancer dans une énumération sans fin de biais cognitifs néfastes pour l’environnement, mais j’aime mieux laisser la parole à une experte en vulgarisation psychologique : la Psy Qui Parle. Elle pointe cinq biais qui rendent difficile le passage à l’action climatique, et qui permettent de répondre un peu mieux à la sacro-sainte question : pourquoi on n’agit pas davantage et plus vite? 

Eh non, je ne vais pas écrire quels sont ces biais ni les expliquer car je ne voudrais pas nourrir votre biais du temps présent (la fameuse procrastination), qui vous pousserait sans doute à retarder (à jamais), le visionnement de cette vidéo. 

Surtout, c’est que les mots passent vite et je ne veux pas manquer la chance de vous faire découvrir une solution qui pourrait nous aider à lutter contre ces biais qui nous pourrissent l’environnement. Chères lectrices, chers lecteurs, j’ai le plaisir de vous présenter… les nudges ! 

Les nudges, qu’on pourrait traduire par « coup de pouce » (ou tout autre terme communicationnel sexy à venir) peuvent, dans certaines situations, faciliter l’adoption de solutions environnementales. N’est-il pas plus facile de sauver du papier et du temps lorsque, par défaut, l’imprimante est configurée en mode recto verso ? Ne serait-ce pas intéressant que les résidents reçoivent tous, à la fin de l’année, un smiley d’appréciation de la consommation énergétique de leur maison par rapport à celles similaires à la leur dans leur quartier. Clairement, un ☹ suffit à faire passer le message, n’en déplaise au biais d’auto-complaisance. Ça vous dit d’en savoir plus? Jetez donc un œil à l’essai de Philippe Dubé, sous la direction de l’excellent économiste environnemental François Delorme : « Les nudges verts : un outil novateur pour inciter les Québécois à adopter des comportements à faible empreinte carbone ». 

Eh bien, que de digressions pour vous parler de mes cadeaux de Noël usagés… Tout cela étant dit, oserez-vous aussi franchir le cap avec moi ou peut-être l’avez-vous déjà fait?

Coralie Beaumont

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