Montréal pendant la COVIDMontréal en avril 2020. Josie Desmarais

L’Institut de la statistique le confirme : la pandémie a renforcé les inégalités

Ces données viennent confirmer la perception d’une majorité de la population et les constats d’une multitude d’organisations.

Les personnes pauvres, les femmes et les jeunes ont été plus touchés par les effets socio-économiques néfastes de la COVID-19, montre une enquête de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) rendue publique mardi.

En 2020-2021, le quart de la population québécoise (26%) a eu de la difficulté à répondre à ses besoins essentiels ou à respecter ses obligations financières. Or, les personnes déjà démunies ont été encore plus durement touchées : près des deux tiers (63%) des personnes qui se disent « pauvres ou très pauvres » ont connu des difficultés économiques supplémentaires avec la pandémie.

Pour Julia Posca, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), cela s’explique par certains avantages dont bénéficient les plus riches, mais pas les plus pauvres. Elle indique par exemple que l’extrême majorité des locataires ont dû continuer à payer leur loyer malgré une perte de revenu. À l’inverse, plusieurs propriétaires ont profité d’un report de leurs paiements hypothécaires.

Une mesure comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU) a toutefois « permis d’éviter que la situation devienne trop catastrophique », souligne Julia Posca.

« La pandémie a révélé des inégalités qui existaient déjà dans la société et elle les a exacerbées. »

Julia Posca, chercheuse à l’IRIS

Difficultés pour les femmes et dans les emplois précaires

Les répercussions liées au travail, quant à elles, ont affecté une forte majorité des gens, mais particulièrement les femmes et les jeunes. Près des trois quarts (72%) des femmes ont vécu des changements dans leur emploi, contre environ les deux tiers des hommes (64%). Les femmes sont notamment surreprésentées parmi les personnes forcées de faire du télétravail (27%, contre 23% des hommes). Une enquête de Statistique Canada réalisée en 2020 montrait que le télétravail des femmes renforçait le partage inégal des tâches parentales, contrairement au télétravail des hommes.

Les pertes d’emploi ont affecté de façon disproportionnée les plus jeunes et les plus vieux. Durant la pandémie, 40% des jeunes de 15 à 24 ans ont perdu leur emploi ou connu la fermeture de leur entreprise, de manière temporaire ou définitive. La proportion est d’un tiers (33%) chez les plus de 65 ans, mais descend à un quart (27%) dans la population générale.

Selon Julia Posca, les pertes d’emploi des plus jeunes peuvent s’expliquer par le fait qu’ils occupent beaucoup les emplois les plus précaires, directement touchés par la COVID, dans le commerce de détail ou la restauration notamment. Quant aux plus vieux, ceux qui continuent de travailler passé 65 ans sont souvent aussi les moins favorisés, forcés de garder un petit emploi pour joindre les deux bouts.

Renforcer le filet social

La pandémie a aussi d’importantes conséquences sur la santé mentale des Québécois et des Québécoises, notamment sur le sentiment d’isolement : ces conséquences touchent plus fortement les groupes sociaux déjà désavantagés. Ainsi, les femmes, les jeunes de moins de 35 ans, les personnes pauvres ou encore celles ayant une mauvaise santé ont connu davantage de solitude, selon un indicateur développé par l’ISQ qui tient notamment compte de « l’impression d’être laissé de côté ».

Cela s’explique en partie par le manque d’accès aux soins de santé mentale, notamment dans le réseau public, surtout pour les personnes moins nanties, mentionne Julia Posca. À ses yeux, le renforcement des inégalités par la pandémie devrait nous inciter à « renforcer le filet social ».

« Tout ça nous dit qu’il faut travailler à renforcer le filet social dans les prochaines années. Il faut éviter que les plus vulnérables tombent entre les mailles lors de la prochaine crise. »

Julia Posca

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, plusieurs spécialistes et de nombreux groupes avaient déjà souligné la hausse des inégalités, comme la Commission canadienne des droits de la personne ou encore le Conseil du statut de la femme. De plus, dès octobre 2020, 71% des Québécois et Québécoises considéraient que la pandémie avait augmenté les inégalités.

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