Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Le conseiller municipal Robert Beaudry est intervenu pour bloquer le permis du festival Defund la police, qui devait avoir lieu dans un parc de Montréal. Mais la quatrième édition du festival a tout de même été une réussite, selon les organisateur·trices, qui dénoncent une ingérence politique.

La quatrième édition du festival Defund la police, organisé par le groupe du même nom et le Groupe de recherche d’intérêt public du Québec (GRIP) de l’Université Concordia, s’est finalement tenue dimanche dernier dans un centre communautaire du Quartier chinois de Montréal.

L’événement annuel vise à faire de l’éducation populaire sur les enjeux de sécurité et à discuter des alternatives communautaires aux interventions policières dans une ambiance décontractée, familiale et festive. Defund la police propose notamment de réduire le budget du SPVM pour réinvestir dans d’autres initiatives de prévention et de soutien.

Mais l’événement est passé près de ne pas avoir lieu après que le conseil d’arrondissement de Ville-Marie soit directement intervenu pour empêcher qu’il puisse se tenir au parc Sun-Yat-Sen dans le Quartier chinois, en adoptant un amendement spécialement à cet effet.

L’attribution des permis pour ce type d’événement est normalement adoptée en bloc par le conseil, en fin de séance, parmi une série de résolutions adoptées sans discussion ni débat.

Or, lors du conseil d’arrondissement de Ville-Marie du 9 septembre dernier, soit à moins de deux semaines de la tenue de l’événement, le conseiller du district Saint-Jacques, Robert Beaudry, de Projet Montréal, a proposé d’amender la résolution d’attribution de permis pour retirer spécifiquement le festival de la liste parce qu’il « n’avait pas décrit toutes ses activités ».

L’amendement ainsi que la résolution ont été adoptés à l’unanimité par le conseil composé de cinq membres de Projet Montréal, dont la mairesse Valérie Plante, et d’un conseiller indépendant.

Une intervention politique?

Pourtant, les organisateur·trices avaient fourni tous les documents requis bien avant la date limite prévue pour demander les autorisations et s’étaient fait confirmer à plusieurs reprises par des employé·es de l’arrondissement que tout était conforme, dans des courriels que Pivot a pu consulter.

Interrogé sur le raisonnement qui a mené à l’intervention de Robert Beaudry, un attaché du conseiller nous a répondu que celui-ci avait le sentiment qu’on avait tenté de cacher la véritable nature de l’événement, présenté comme une fête d’automne par ses organisateur·trices, qui n’avaient pas non plus souligné la participation du groupe Defund la police.

L’attaché insiste toutefois ce ne serait pas en raison de la présence de Defund la police, mais bien en raison du langage trompeur utilisé dans la demande de permis que Robert Beaudry a refusé le permis pour tenir l’événement.

« Le message passe, même si l’administration municipale ne veut pas que ces conversations prennent place dans la ville. »

Wawa Li, Defund la police

Dans les documents et formulaires de demande de permis transmis à la Ville, que Pivot a pu consulter, il est vrai que le GRIP est présenté comme organisateur de l’événement et que le groupe Defund la Police n’est pas mentionné.

Dans le premier formulaire présenté à l’arrondissement, l’activité est simplement nommée « événement du Groupe de travail sur la sécurité publique GRIP (au Quartier chinois) ». Dans les communications suivantes, on fait plutôt référence à un « festival sur la sécurité communautaire ».

La nature des activités qui doivent y être tenues est toutefois explicitée à plusieurs reprises dans la demande originale.

Par exemple, la vision à long terme de l’événement est présentée comme étant d’« établir un modèle de sécurité publique redéfini et communautaire, menant à des quartiers plus justes et inclusifs ». Parmi les retombées pour les résident·es de Ville-Marie, on cite « une meilleure compréhension et une appropriation des enjeux de sécurité publique ».

De plus, une liste détaillée des activités prévues a bel et bien été transmise à l’arrondissement, incluant le nom des conférences et l’identité des intervenant·es.

Wawa Li, une des organisateur·trices du festival, rejette les explications fournies par la Ville et rappelle qu’elle et ses collègues ont procédé de la même façon que lors des trois premières éditions, qui s’étaient déroulées sans entorses administratives.

« Dans le Quartier chinois, la police a surtout été une source de violence plutôt que de sécurité. Ils ont toujours stigmatisé et criminalisé les gens »

Wawa Li, Defund la police

Il s’agit, selon elle, d’une ingérence politique de la part de Robert Beaudry et de l’administration municipale pour faire taire le discours sur les alternatives à la police pour gérer les enjeux de sécurité.

La seule différence, pour Wawa Li, était que l’événement se tenait dans le Quartier chinois pour la première fois cette année et a donc été soumis à un arrondissement différent.

Un lieu symbolique

Heureusement, après avoir été avisé·es qu’iels n’obtiendraient pas leur permis, les organisateur·trices ont pu trouver une alternative in extremis pour que l’événement puisse se tenir comme prévu dans le Quartier chinois.

« C’était important pour nous de tenir l’événement dans le quartier pour commémorer la mort de Ronnie Kay, tué par la police il y trois ans, et parce qu’il y a des voix réactionnaires dans le quartier qui demandent plus d’intervention de la police comme solution aux enjeux de cohabitation », explique Wawa Li.

« Dans le contexte, c’était important pour nous de faire connaître d’autres solutions et de rappeler qu’historiquement, dans le Quartier chinois, la police a surtout été une source de violence plutôt que de sécurité. Ils ont toujours stigmatisé et criminalisé les gens », poursuit-elle.

Les foules ont été au rendez-vous pour entendre des conférencier·es et participer à des activités pour apprendre dans une ambiance joviale et décontractée sur les enjeux de sécurité, de logement, de santé communautaire et de mémoire collective.

« On a eu un full house presque toute la journée. Ça montre que ces sujets sont importants pour la communauté et que les gens sont intéressés à avoir ces discussions », remarque Wawa Li.

« Le message passe, les gens sont réceptifs, et ce, même si l’administration municipale qui a donné les plus gros budgets à la police ne veut pas que ces conversations prennent place dans la ville », conclut-elle.

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