Nous sommes en Amérique du Nord, quelque part durant l’automne 2028.
L’Empire américain se prépare à réélire Donald Trump pour une troisième fois après que la Cour suprême du pays ait statué qu’un président pouvait servir plus que deux mandats, à condition qu’ils ne soient pas consécutifs.
Au cours des quatre années précédentes, le régime du Parti républicain, qui contrôle le Sénat, la Chambre des représentants et la moitié des États, a procédé à une immense purge de ce que le président avait appelé, en mai 2024, la « racaille gauchiste radicale », terme choisi pour décrire tout ce qui penchait légèrement à gauche de l’idéologie trumpiste.
Le département de l’Éducation, l’Agence de protection de l’environnement, et le FBI ont été abolis, ce dernier remplacé par une police fédérale qui relève directement du Bureau ovale et est essentiellement chargée d’enquêter et de poursuivre les « ennemis du peuple ».
Les curriculums scolaires sont décidés au niveau local par des comités composés de parents, ce qui a permis, dans les communautés de la Bible Belt, d’imposer un programme scolaire entièrement religieux et suivant les préceptes de l’évangélisme chrétien.
Dans cette région, les femmes sont désormais encouragées à revenir à un rôle plus traditionnel et les lois sur le mariage permettent désormais à des hommes d’épouser des jeunes femmes d’âge mineur. Les personnes LBGTQ+ font face, depuis l’adoption d’une loi consacrant la suprématie de la souveraineté des États face au pouvoir fédéral, à d’innombrables persécutions et au moins une centaine ont été tuées par des milices citoyennes, tout comme les Afro-Américain·es.
Mais où se trouve donc la résistance face à ce fascisme pan-continental?
Même sort pour la Securities Exchange Commission, autrefois chargée de réglementer les marchés financiers, désormais contrôlée par trois ou quatre grandes sociétés de portefeuille, dont la Trump Organization.
Les syndicats ont été éradiqués dans presque tout le pays et leurs chef·fes emprisonné·es ou poursuivi·es pour « trahison », tout comme les éditeur·trices de médias et les journalistes d’enquête l’ont été pour « espionnage », suite à la jurisprudence créée par la condamnation de Julian Assange. Dans un surprenant coup de théâtre, Fox News a été nationalisé et est devenu le seul média autorisé à la Maison-Blanche.
Les parcs naturels fédéraux ont perdu leur statut protégé afin de permettre l’exploitation du pétrole qui se trouve dans leur sous-sol.
Les forces armées, de leur côté, continuent leur avancée à l’intérieur du Mexique quelques mois après l’invasion du pays, alors que des équipes des forces spéciales continuent d’entrainer des groupes para-militaires un peu partout en Amérique du Sud, surtout au Venezuela, où Juan Guaidó se prépare à exécuter un coup d’État avec l’aide de la puissance états-unienne.
Droitisation de la droite canadienne
Pendant ce temps, au Canada, le régime conservateur a lui aussi le vent dans les voiles malgré qu’il forme un gouvernement minoritaire, aidé en cela par un Bloc québécois déjà rompu aux alliances de circonstance.
Le Bloc a été apaisé par un projet de loi entériné par le gouvernement sur le renforcement du bilinguisme obligatoire dans l’appareil sécuritaire canadien, ce qui permet aux citoyen·nes dissident·es d’être persécuté·es, jugé·es et condamné·es dans la langue de leur choix.
Le premier ministre Pierre Poilievre, gonflé à bloc par des sondages favorables et la percée du Parti conservateur du Québec dans de nombreuses régions de la province, songe à déclencher des élections avant la fin de son mandat pour consolider sa mainmise sur le pouvoir. Il cherche désespérément à calquer le régime trumpiste, mais il n’a qu’un succès mitigé, bien qu’il soit arrivé à imposer un conservatisme radical camouflé sous le mirage du « gros bon sens ».
Vous trouvez sans doute ce récit exagéré, mais…
Même le mouvement indépendantiste québécois, jadis radicalement campé dans une idéologie politique inspirée par les grandes révolutions anti-impérialistes et décoloniales d’il y a un demi-siècle, trouve son compte dans le conservatisme des Poilievre et Duhaime, qui leur a permis de forger un nationalisme ethnique plus sophistiqué et de pervertir encore davantage l’histoire réelle du mouvement.
C’est désormais le Québec Inc. qui est le fer de lance de l’indépendance du Québec, même si, malgré les apparences d’un patronat blanc et francophone, il loge essentiellement sur les marchés boursiers de New York et, non sans ironie, Toronto.
Mais où se trouve donc la résistance face à ce fascisme pan-continental?
Ici et là, éparpillée par la géographie et la traque des appareils sécuritaires.
Au Québec, les syndicats se sont regroupés avec des organisations indépendantistes rebelles et des regroupements formés de membres des Premiers Peuples, ainsi que des grands mouvements sociaux qui ont dû par la force des choses se radicaliser : écolos, anti-racistes, féministes, queers, etc.
Leur lutte ne fait que commencer.
***
Vous trouvez sans doute ce récit exagéré, mais l’inspiration m’est surtout venue d’une lecture rapide du très réel Projet 2025 de la Heritage Foundation, think tank américain de droite…