L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a été déclenchée en février 2022. Proximité géographique, pays qui craignent d’être les prochains dans la mire de Moscou, hausse du coût de l’énergie, inflation et pression sur le monde agricole : tous ces facteurs font de ce conflit et de ses conséquences un enjeu des élections européennes.
Le taux de participation aux élections européennes est traditionnellement assez bas, celles-ci étant souvent vues comme des élections de « second ordre ». Cette tendance pourrait toutefois être inversée cette année en raison du conflit en Ukraine.
« Les sondages donnent un taux de participation beaucoup plus élevé que d’habitude », rapporte Laurie Beaudonnet, professeure de sciences politiques à l’Université de Montréal, directrice du Centre Jean Monnet de Montréal et chercheuse affiliée au CÉRIUM. « Je pense que l’enjeu de la guerre en Ukraine et la proximité de la menace à l’Est, ça fait beaucoup pour mobiliser les gens. »
Pour la professeure, le fait que des pays comme l’Estonie et la Pologne procèdent à des exercices militaires en prévision de la possibilité d’une invasion russe aura un impact sur les électeur·trices.
Ces élections seront vues comme plus importantes, car la question de la défense commune de l’Europe n’est pas un enjeu simplement théorique.
DOSSIER SUR LES ÉLECTIONS EUROPÉENNES
Pivot propose un dossier de cinq textes pour présenter quelques grands enjeux des élections européennes : montée de l’extrême droite, guerre en Ukraine, crises environnementales et agricoles, économie et inflation, etc. Et pour comprendre le fonctionnement des élections européennes, lisez notre texte introductif.
La réalisation de ce dossier s’appuie notamment sur des recherches et des informations du Centre Jean Monnet de Montréal à l’UdeM. Le dossier propose des infographies réalisées par des étudiant·es de science politique et revues par des chercheur·euses, exposant les enjeux propres à différents pays.
« Les pays membres de l’Est n’ont pas tous le même vécu et les mêmes relations avec la Russie », remarque la professeure. Cette réalité fait en sorte qu’il « y a des divisions très fortes au sein du Conseil européen » sur la réaction à avoir face à l’invasion de l’Ukraine. La Hongrie, par exemple, n’a pas caché sa réticence à envoyer de l’aide militaire à l’Ukraine.
C’est d’ailleurs un des points de fractures les plus évidents entre les deux groupes à l’extrême droite de l’échiquier politique : le groupe Conservateurs et réformistes européens (ECR) est plus « atlantiste », alors que les partis du groupe Identité et démocratie (ID) sont beaucoup plus russophiles.
Une guerre aux impacts multiples
La question du coût de la vie et de l’inflation arrive « en tête des préoccupations des électeurs dans tous les pays », explique Laurie Beaudonnet.
Cette préoccupation est très présente depuis la crise économique de 2010, mais « avec la question de l’Ukraine et les relations avec la Russie, la dimension [du prix de l’énergie] prend une ampleur européenne qu’elle n’avait pas nécessairement avant ».
Une autre question qui a été exacerbée par le conflit en Ukraine, c’est la question de l’agriculture, explique Laurie Beaudonnet.
« Tout l’automne, il y a eu énormément de mobilisations du monde agricole dans plusieurs pays : la Roumanie, l’Espagne, la Belgique, la France », rapporte-t-elle. Ces manifestations avaient pour but de protester contre le « pacte vert ». Ce plan « comprend tout un volet qui touche la politique agricole commune », explique la professeure.
Or la situation en Ukraine joue lourdement sur l’agriculture à l’échelle européenne. L’aide à l’Ukraine, et surtout la décision d’importer du grain ukrainien, « ça vient rajouter de la pression [économique] » sur le monde agricole.
De plus, la perspective que l’Ukraine, qui a une économie fortement agricole, intègre l’Union européenne, cela inquiète les secteurs agricoles de pays comme la France ou la Pologne, qui y voient l’arrivée d’un compétiteur supplémentaire.
