En conférence de presse lundi matin, la coalition Nous ne serons pas sages a dénoncé l’absence de représentativité et d’expertise du Comité des sages, créé en décembre dernier par la ministre de la famille Suzanne Roy. Le groupe, constitué de 118 organisations féministes, syndicales, étudiantes et communautaires, s’inquiète des répercussions qu’aura le comité dans un contexte où la haine envers les personnes trans et non binaires croît rapidement.
« Nos communautés ne peuvent tout simplement pas accepter l’existence de ce comité. »
C’était le mot d’ordre que portait lundi matin la coalition Nous ne serons pas sages, qui regroupe 118 organisations ainsi que des militant·es et de chercheur·euses qui s’opposent au Comité des sages.
Fortement critiqué depuis sa création en décembre dernier à l’initiative du gouvernement de la CAQ, ce comité a pour but d’orienter les politiques du gouvernement provincial « sur les questions sensibles liées à l’identité de genre ».
Il est composé de trois personnes qui ne sont ni trans ou non binaires, ni expertes de ces réalités : l’ancien directeur général adjoint au Collège des médecins du Québec, Jean-Bernard Trudeau, l’ancienne candidate du Parti québécois et ex-présidente du Conseil du statut de la femme, Diane Lavallée et le professeur en droit constitutionnel Patrick Taillon.
Ces deux derniers ont par ailleurs déjà défendu des opinions qui inquiètent au sein des communautés concernées.
« Il est juste inadmissible qu’en 2024, un comité statuant sur les réalités des communautés trans et non binaires ne compte aucune personne experte, ni aucune personne des communautés », a déclaré Désirée Duchesne, organisatrice communautaire au TRAPs. « Cette lacune flagrante soulève de sérieuses questions quant à sa capacité à prendre des décisions éclairées et respectueuses des droits de nos communautés. »
« Après examen attentif de son mandat, nous constatons que malgré ses objectifs apparemment neutres et analytiques, il existe un risque sérieux que ce comité serve de véhicule pour des agendas transphobes, ce que nous ne pouvons tolérer », a martelé Virginie Mikaelian, de la Fédération des femmes du Québec.
« La Fédération des femmes du Québec estime que toute initiative visant à évaluer ou influencer des politiques relatives à l’identité de genre doit être menée avec les personnes concernées, c’est-à-dire les personnes trans et non binaires », a-t-elle ajouté. « Ce sont elles les sages, ce sont elles les expertes. »
Contexte de haine
« C’est un jeu dangereux que jouent certains médias et politiciens, de donner de la légitimité à ce discours et cette panique morale sans fondement que font émerger les factions radicales de l’extrême droite », pense Zaël Gourd, militante trans et membre de la coalition.
« C’est important de garder en tête le contexte dans lequel le Comité des sages s’inscrit », a aussi souligné Anne Cockerton, chargé·e de projet à TransEstrie, en rappelant que les crimes haineux envers les communautés LGBTQ+ ont augmenté de 64 % entre 2020 et 2021, selon Statistique Canada.
Au sein des communautés, plusieurs rapportent un sentiment d’insécurité croissante au cours des dernières années, dont les effets auprès des jeunes sont particulièrement préoccupants.
« C’est un jeu dangereux que jouent certains médias et politiciens, de donner de la légitimité à ce discours et cette panique morale sans fondement que font émerger les factions radicales de l’extrême droite. »
Zaël Gourd
Le mois dernier, le Service canadien du renseignement et de la sécurité prévenait aussi que le mouvement anti-trans pose un risque de « violence extrême » qui perdurera très probablement au cours de l’année à venir.
En créant un Comité des sages, la ministre de la Famille avait assuré vouloir répondre à « l’intensification des tensions sociales » après que des manifestations anti-trans aient été orchestrées par le mouvement mouvement transphobe 1 Million March 4 Children partout au pays, y compris à Montréal, et que des contre-manifestations leur aient répondu.
« Pour la coalition, ce comité est un symptôme d’un gouvernement déconnecté des intérêts, des réalités et des besoins des communautés trans et non binaires, qui demeurent vraiment précaires », résume Désirée Duchesne.
En région
La coalition dénonce que les « questions sensibles » qui justifieraient la création du Comité des sages concernent une campagne de peur liée à l’avancement des droits des personnes trans et non binaires, plutôt que les difficultés bien réelles vécues par ces personnes.
« Il y a de multiples facteurs qui amplifient la marginalisation [de certaines personnes trans et non binaires], comme l’ethnicité, l’âge, le statut migratoire, [le fait d’]habiter en région… », a ajouté Anne Cockerton. En Estrie, comme dans plusieurs autres régions du Québec, les ressources et les soins disponibles ne font pas le poids par rapport aux besoins grandissants de la population, prévient-iel.
« Les professionnels non spécialisés ont déjà de la difficulté en ville, imaginez en ruralité. C’est juste une barrière parmi tant d’autres que les personnes trans et non binaires doivent surmonter pour accéder à leurs droits fondamentaux », a-t-iel explicité.
« Le comité des sages n’est pas en mesure de considérer ce genre de réalité. »
La coalition Nous ne serons pas sages invite aussi les membres des communautés LGBTQ+ et leurs allié·es à prendre part à une grande manifestation le 31 mars prochain pour la Journée de la visibilité trans. Ceux et celles qui souhaitent y participer sont prié·es de se rendre devant les bureaux du ministère de la Famille à Montréal, au 600 rue Fullum, dès 14 h.