Lors de son instauration, le Programme d’habitation abordable Québec visait à accélérer les mises en chantier en permettant aux entreprises privées d’obtenir du financement public pour leurs projets de logements sociaux et « abordables ». Deux ans plus tard, les promoteurs ne sont pas au rendez-vous et les logements se font attendre.
Deux ans après sa création, le Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ) a permis de financer 55 projets visant à construire 2803 unités de logement social et abordable, selon les données de la Société d’habitation du Québec (SHQ) qui opère le programme. Du nombre, seulement 8 projets (15 %) comptant 187 unités (7 %) seront réalisés par un organisme privé.
Or, le programme prétendait justement accélérer la création de logements abordables pour les ménages à faible et moyen revenu en faisant une place au privé, rappelle Véronique Laflamme, porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).
« Le privé n’est visiblement pas intéressé par le PHAQ, alors pourquoi s’entêter à avoir un programme qui n’est pas fait pour le logement social et communautaire hors marché privé? », questionne-t-elle.
En effet, depuis que le gouvernement du Québec a officiellement mis fin en février 2023 au programme AccèsLogis, qui était consacré exclusivement aux logements sociaux hors du marché privé, le PHAQ est le seul programme permettant aux offices municipaux et aux OSBL d’habitation de faire financer leurs projets de logements sociaux. Toutefois, le programme étant conçu pour faciliter la participation des entreprises privées, il est très mal adapté à la réalité de ces organismes, qui peinent à le naviguer.
Des logements qui se font attendre
Le FRAPRU dénonce aussi la lenteur du programme, qui a pourtant comme objectif d’accélérer les mises en chantier. Par exemple, le budget provincial de mars dernier prévoyait le financement de 1500 unités de logement social et abordable, mais cet argent n’a été octroyé à des projets qu’à la mi-décembre et leur construction n’a toujours pas commencé, rappelle Véronique Laflamme.
De plus, la construction de 500 de ces 1500 unités sera finalement pilotée par les fonds fiscalisés de Desjardins et du Fonds de solidarité FTQ grâce à un financement de 262,5 millions $ provenant de Québec. Un partenariat qui contourne les règles de sélection du PHAQ, car ce sont les fonds fiscalisés qui choisissent et pilotent les projets ainsi financés.
« C’est peut-être plus rapide d’y aller avec les fonds fiscalisés – même si ça reste à prouver –, mais ça n’assure surtout pas que l’argent ira aux besoins les plus prioritaires », remarque la porte-parole du FRAPRU.
Elle craint aussi que les 8000 unités supplémentaires dont le financement a été prévu à la mise à jour budgétaire de l’automne tardent tout autant à voir le jour. « En ce moment, il y a déjà près de 5000 projets de logements social et communautaire hors marché privé qui ont été déposés au PHAQ », remarque Véronique Laflamme. « Pourquoi ne pas annoncer leur financement maintenant? »
« Le privé n’est visiblement pas intéressé, alors pourquoi s’entêter à avoir un programme qui n’est pas fait pour le logement social et communautaire? »
Véronique Laflamme, FRAPRU
Interrogée à ce sujet, la Société d’habitation du Québec nous a répondu par écrit que « jusqu’à présent, un premier projet a été sélectionné, mais [que] d’autres annonces sont à venir ».
La SHQ espère aussi accélérer le rythme des mises en chantier de logement social dans les prochains mois, sans préciser comment. « La Société d’habitation du Québec travaille de concert avec l’ensemble de ses partenaires, incluant les municipalités, pour accélérer le rythme des mises en chantier. Les efforts se poursuivent pour diminuer les obstacles et continuer d’accélérer le rythme des mises en chantier. »
Invité à défendre le bilan du PHAQ dans le cadre de cet article, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation a renvoyé Pivot vers la SHQ.