Près de deux fois plus de personnes sans papiers ont été retournées de force dans leur pays d’origine dans les six premiers mois de 2023 que lors de la même période en 2021 et 2022. Cela, alors que le gouvernement Trudeau avait promis un programme pour régulariser le statut de ces personnes, qui se fait toujours attendre.
Durant la première moitié de cette année, 7032 personnes sans papiers ont été déportées, soit près du double comparé aux deux années précédentes. En effet, on comptait en moyenne 39 personnes déportées par jour durant la première moitié de 2023, alors qu’on en comptait 21 en moyenne en 2021 et 23 en 2022.
C’est ce que révèle une compilation réalisée par le groupe Migrant Rights Network (MRN) à partir d’une demande d’accès à l’information.
Le phénomène était particulièrement marqué durant le premier trimestre : 3832 déportations ont eu lieu, un bond de 104 % par rapport à la moyenne de la même période des deux années précédentes.
Les données pour le reste de l’année 2023 ne sont pas encore disponibles.
Derrière chaque déportation, il y a un visage, par exemple celui de Rajan Gupta, qui avait fui l’Inde pour le Canada il y a quatre ans, après des menaces de mort proférées par des membres du parti au pouvoir. En novembre dernier, il s’est fait déporter.
« Aujourd’hui, en Inde, je ne peux pas retourner chez moi parce que ma vie est menacée. Je vis dans un endroit tenu secret, loin de ma ville », raconte-t-il. « Je n’ai pas d’argent ni de source de revenus et je ne peux pas travailler à l’extérieur en raison des risques de mort. »
Pourtant, le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait promis, il y a maintenant près de deux ans, un programme de régularisation des personnes sans papiers. Depuis, malgré la pression des groupes communautaires, le programme n’a toujours pas vu le jour.
« Le premier ministre a promis la dignité et les droits, mais il est aujourd’hui responsable de 39 déportations par jour, pour un coût de près de 50 millions $ par an. Il est injuste et absurde de séparer des familles aujourd’hui alors qu’elles seront régularisées demain », s’indigne Syed Hussan, secrétaire de MRN.
Mercredi, le ministre fédéral de l’Immigration Marc Miller a promis pour le printemps prochain un programme « large et inclusif » de régularisation pour les personnes sans statut, en avertissant toutefois qu’il n’inclurait pas tous les sans-papiers.
Les groupes qui viennent en aide aux sans-papiers, comme MRN, Solidarités sans frontières et le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI), demandent l’arrêt immédiat des déportations ainsi qu’un programme de régularisation inclusif pour toutes les personnes sans statut.