Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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En conférence de presse dimanche, le collectif La voix des jeunes compte martèle que « la loi, c’est fondamental » afin de lutter contre les violences sexuelles dans les écoles primaires et secondaires, comme il le fait depuis maintenant six ans. Plus d’un mois après la parution d’un rapport d’enquête qui met en lumière une situation accablante, les militantes s’indignent devant l’inaction du gouvernement caquiste.

« Aujourd’hui, je vais m’adresser à Bernard Drainville », déclare Theryanne, une jeune membre du collectif La voix des jeunes compte, en conférence de presse dimanche. « Vous devez savoir que la majorité de mes amies ont été victimes de violences sexuelles, qu’elles n’ont jamais été soutenues et écoutées. »

Une vingtaine de jeunes membres du collectif étaient également présentes, aux côtés de la députée libérale Marwah Rizqy, de l’ex-députée et actuelle porte-parole du Parti québécois Méganne Perry Mélançon, ainsi que de la présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Mélanie Laviolette.

Le groupe dénonce l’inaction du ministre de l’Éducation et du premier ministre François Legault, notamment depuis la parution en septembre dernier d’un rapport d’enquête sur la gestion des inconduites sexuelles dans les écoles primaires et secondaires québécoises.

Ce rapport « est sans équivoque », rappelle Mélanie Lemay, membre du collectif et cofondatrice de Québec contre les violences sexuelles. Le document met en évidence une « série de défaillances systémiques au sein de nos institutions éducatives et sportives ».

Elle cite notamment le manque d’information, de formation du personnel, la sous-utilisation des systèmes de plainte, les protocoles et les processus disciplinaires incohérents et non-exhaustifs. « Au sein de notre système éducatif, personne n’est actuellement correctement équipé pour répondre de manière adéquate aux besoins des jeunes en termes de prévention et de signalement. »

« La situation qu’on subit présentement reflète bien la réalité des victimes qui demandent de l’aide », fait remarquer Kenza Chahidi. « Déclencher des enquêtes pour ne rien faire par la suite, c’est gaspiller l’argent des fonds publics, en plus de contribuer activement à mettre en danger la vie des jeunes. »

« Pouvez-vous imaginer un instant les répercussions psychologiques qu’un jeune peut vivre à longueur de journée? » demande Theryanne. « Comment voulez-vous qu’on fasse confiance à nos institutions si personne ne nous protège et n’entend nos voix? »

En mars dernier, le ministre de l’Éducation avait commandé une enquête afin de documenter l’étendue des violences à caractère sexuelles dans les écoles primaires et secondaires au Québec.

Au moment de l’annonce, le Collectif remettait déjà en question déjà la valeur ajoutée d’une telle enquête, soulignant plutôt l’importance qu’une loi-cadre soit adoptée le plus rapidement possible. Une telle loi est déjà en vigueur dans les établissements d’éducation supérieure. Elle oblige les cégeps et les universités à se doter de protocoles adaptés afin de prévenir et combattre les violences sexuelles tout en offrant un soutien approprié aux victimes.

À l’heure actuelle, les élèves doivent transmettre leurs dénonciations au Protecteur de l’élève ou par le biais de la plateforme Je porte plainte, qui requiert une dénonciation par écrit. En cas d’enquête, les victimes doivent elles-mêmes faire un compte rendu à la police ou à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ).

Manque de volonté politique?

« On ne compte plus le nombre de sorties qui ont été réalisées au cours des six dernières années », a souligné la députée péquiste Méganne Perry Mélançon en saluant le travail des militantes du collectif.

Elle a également fait remarquer qu’un projet de loi visant à instaurer une loi-cadre dans les écoles primaires et secondaires avait été déposé par Québec solidaire, avec l’appui du Parti québécois et du Parti libéral à l’Assemblée nationale en avril dernier.

« Il y a un projet de loi déjà prêt », s’indigne-t-elle. « On achève encore une session et on a laissé aller tout ce temps-là, sans légiférer et sans protéger les jeunes et les jeunes victimes. »

Le ministre Drainville « a affirmé qu’il n’excluait pas de procéder à des changements législatifs », rétorque Florence Plourde, directrice des communications au cabinet du ministre de l’Éducation. « Cette option est toujours sur la table. »

Elle n’a toutefois pas voulu préciser quand ces modifications pourraient être faites.

Pour Mélanie Lemay, les délais témoignent d’un manque de volonté politique. « Je suis rendue à un stade où je ne peux pas faire autrement que de voir ça comme de la mauvaise foi », a-t-elle confié en entrevue.

« On ne leur demande pas de monter l’Everest, ils font ça tous les jours, d’adopter les projets de loi les plus bidon possibles. »

« Comment ça se fait que pour quelque chose qui est aussi fondamental, on doit encore faire des sorties publiques? C’est incommensurable. »

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