Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Des syndiqué·es travaillant dans les écoles et hôpitaux de la province sont en grève ce matin pour augmenter la pression sur le gouvernement dans les négociations pour le renouvellement des contrats de travail du secteur public.

Depuis minuit dans la nuit de dimanche à lundi, la majorité des 420 000 syndiqué·es du secteur public représentés par le Front commun des quatre grandes centrales syndicales (CSN, FTQ, CSQ et APTS) sont en grève. Du côté des écoles, la grève doit durer jusqu’à 10 h 30 ou midi aujourd’hui, selon les établissements. Elle durera toute la journée dans le système de santé.

C’est une première journée de grève pour le Front commun qui n’est pas satisfait de la réponse du gouvernement à ses demandes déposées il y a plus d’un an dans le cadre du renouvellement des conventions collectives du secteur public. Les travailleur·euses membres des syndicats du Front commun ont voté à 95 % en faveur de la grève, qui prend d’abord la forme de journées de débrayage, mais qui pourrait aller jusqu’à la grève générale illimitée.

Dans l’ensemble, les syndicats demandent d’effectuer un rattrapage salarial progressif par rapport au secteur privé, auquel s’ajoutent des ajustements pour compenser l’inflation, ainsi que de meilleures conditions de travail.

De son côté, le gouvernement leur a présenté la semaine dernière une contre-offre d’une valeur qui n’atteint pas l’inflation, sauf pour quelques types d’emplois jugés prioritaires par le gouvernement comme les psychologues.

« C’est certain que [la contre-offre du gouvernement] était une douche d’eau froide. On s’attendait à avoir une offre qui permettrait à tout le moins de relancer les discussions sur d’autres bases – là on reste sur notre appétit », remarque Robert Comeau, président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Front commun : la force du nombre

C’est la première fois depuis 1982 que les principales centrales syndicales de la province négocient ensemble leurs conventions collectives, au sein d’un Front commun. La majorité des employé·es syndiqué·es qui ont le gouvernement du Québec comme employeur direct sont donc représenté·s en bloc aux tables de négociations pour une cinquième fois dans l’histoire du Québec.

Cela réunit les employé·es des systèmes d’éducation et de santé et ceux des ministères. Les médecins ainsi que les employé·es des sociétés d’État comme la SAQ, Hydro-Québec et Loto-Québec n’en font pas partie. Certains syndicats indépendants des grandes centrales, comme la FIQ et la FAE, négocient aussi hors du Front commun.

Le but de cette coalition : parler d’une seule voix pour avoir un plus grand pouvoir de négociation et éviter que le gouvernement ne règle des ententes à la pièce qui serviraient certains joueurs plus que d’autres, explique Robert Comeau, président de l’APTS. « À travailler toutes les centrales ensemble en front commun, on réalise qu’on vit les mêmes choses, c’est ce qui nous garde ensemble et nous solidifie. Ça va prendre beaucoup d’énergie au gouvernement pour essayer de nous diviser, même si c’est ce qu’il va essayer de faire dans les prochaines semaines, c’est évident. »

Écoles fermées, CPE ouverts, hôpitaux au ralenti

Plusieurs écoles primaires et secondaires ainsi que les cégeps et universités de la province sont donc fermés ce matin. Leur activité rependra dans la plupart des cas au cours de l’après-midi.

Par contre, plusieurs écoles primaires et secondaires de la région de Montréal, dont les employé·es sont affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) qui ne fait pas partie du Front commun, poursuivront leurs opérations de façon normale aujourd’hui. La FAE, elle aussi insatisfaite des offres gouvernementales, prévoit entrer en grève générale illimitée à compter du 23 novembre.

Du côté des services de santé, la majorité des établissements sont affectés par la grève, mais plusieurs services, notamment du côté des urgences, sont maintenus en vertu de la loi sur les services essentiels.

« On en a assez d’entendre que le gouvernement n’a pas d’argent, quand visiblement il n’en manque jamais pour le privé ».

Robert Comeau président de l’APTS

Les 80 000 syndiqué·es de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui réunit notamment les infirmières, ne sont pas en grève aujourd’hui, mais ont un mandat de grève pour les 8 et 9 novembre prochains et étudient la possibilité d’une grève générale illimitée. La FIQ a aussi rejeté les dernières offres du Conseil du Trésor.

Par contre les centres de la petite enfance (CPE) restent ouverts, leurs employé·es ne participant pas au débrayage cette fois-ci, même s’ils et elles sont majoritairement affilié·es au Front commun. Les services de garde en milieu scolaire seront toutefois fermés.

Un pas de plus vers la grève générale

À moins d’une volte-face du gouvernement, la journée de grève d’aujourd’hui sera le début d’une nouvelle phase dans l’escalade des moyens de pression, explique Robert Comeau. « C’est vraiment un coup de semonce pour annoncer qu’on est sérieux et pour préparer ce qui s’en vient », affirme le président de l’APTS.

Ainsi, d’autres journées de grèves devraient avoir lieu dans les prochaines semaines et une grève générale illimitée pourrait également être déclenchée, explique-t-il.

Si elle se concrétise, cette grève générale illimitée serait la plus importante de l’histoire du Québec, dépassant la grève du premier Front commun syndical qui avait mobilisé 210 000 employé·es de l’État sur dix jours de grève en avril 1972.

« On en a assez d’entendre que le gouvernement n’a pas d’argent, quand visiblement il n’en manque jamais pour le privé », lance Robert Comeau.

Malgré tout, les syndicats espèrent en arriver à une entente avant la fin de l’année, confie-t-il. Mais, « plus le temps passe, plus il sera difficile de faire accepter une entente par nos membres », prévient-il.

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