Bercées par le son de l’oud et par les odeurs des plats qui mijotent, huit femmes canadiennes d’origine arabe se retrouvent autour d’un repas pour partager leurs idées. Allant à l’encontre des idées reçues, le documentaire offre un portrait inédit et intimiste des expériences vécues par les femmes arabes au Canada.
Produit par l’Office national du film (ONF), Les femmes arabes disent ÇA? est le deuxième documentaire de la réalisatrice Nisreen Baker qui signait en 2016 son tout premier film, Chez le barbier, réflexions d’hommes arabes.
À travers ces deux documentaires, Nisreen Baker s’est affirmée comme une réalisatrice de talent, utilisant le septième art pour déconstruire les stéréotypes et les clichés entourant le monde arabe. Les femmes arabes disent ÇA? s’inscrit donc comme une suite logique du travail accompli par Nisreen Baker au fil des années.
Cette fois, nous suivons un groupe de femmes arabes vivant au Canada qui se réunissent pour partager un repas et discuter de leurs vécus et expériences. Les sujets abordés soulèvent des enjeux majeurs tels que le féminisme, l’exil, l’intégration, l’assimilation culturelle, la guerre et la politique internationale du Canada.
Par sa proximité, le documentaire nous plonge dans la sphère privée de ces huit femmes arabes aux origines variées, Nedra, Camen, Aya, Sanaa, Tereza, Lylan, Hala et Nermeen.

Vivant toutes à Edmonton depuis de nombreuses années, ces femmes d’origines égyptienne, soudanaise, marocaine, iranienne ou tunisienne sont des amies de longue date qui, pour le documentaire, n’ont rien changé à leurs habitudes.
« Nisreen voulait vraiment que ce soit authentique et en direct. On n’a pas eu de rencontres préparatoires. On a échangé comme on fait d’habitude, comme s’il n’y avait pas de caméras. La seule chose qu’il fallait préparer, c’était de s’assurer que nous n’allions pas toutes parler en même temps », remarque Saana Khalil, l’une des huit femmes participant au documentaire, lors d’un entretien.
La force du documentaire réside alors dans sa manière de restituer fidèlement la réalité. Nous faisons face à une scène de vie ordinaire et honnête, venant casser les préjugés et les stéréotypes entourant les femmes arabes.
« Je pense que c’est un peu étonnant pour pas mal de gens de voir que les femmes arabes ont aussi des conversations comme ça, qu’on ose entre nous parler de sujets tabous. Souvent, on a une perception de la femme arabe timide, réservée, mal éduquée », lance Saana Khalil.
Vivre à la jonction entre deux cultures
Si les huit femmes n’ont pas toutes les mêmes opinions, la relation de confiance et la bienveillance partagée qui les unit permet à la discussion de faire émerger des idées pertinentes.
« On vit toutes des situations différentes, mais on partage des choses ensemble, on a une langue qui nous réunit, on est toutes des femmes arabes », souligne Saana Khalil.

Elles partagent toutes le fait de vivre entre deux cultures et cherchent à maintenir vivant leur héritage. Elles soulignent à ce titre dans le documentaire la fragilité de la ligne entre intégration et assimilation.
« Souvent, je trouve que je suis une hybride. Je comprends parfaitement la culture marocaine, mais j’ai absorbé d’autres choses dans les environnements où j’ai vécu. Quand je pars visiter ma famille au Maroc, souvent on m’appelle “la Canadienne” et ici, au Canada, “la Marocaine”. On vit un peu entre deux cultures et de mon côté j’essaye de prendre le meilleur des deux mondes », remarque Saana Khalil.
Ce double regard leur permet de mobiliser des leviers de comparaison pour venir déconstruire les idées dominantes voulant que la culture nord-américaine soit la plus évoluée.
Le documentaire offre ainsi un regard neuf et inédit sur les sphères intimes des femmes arabes vivant au Canada, autant qu’il dégage de nouvelles pistes de réflexion déconstruisant nos rapports ethnocentristes à la culture. À voir absolument.
La première montréalaise du film aura lieu en présence de Nisreen Baker et de Saana Khalil, dans le cadre du Festival du monde arabe de Montréal. L’événement se déroule ce mercredi 1er novembre à 18 h dans un pavillon de l’UQAM et est gratuit sur réservation de billet.