Les Mères Mohawks, un groupe de femmes de Kahnawake, accusent l’Université McGill et la Société québécoise d’infrastructure de « traiter indûment » des preuves potentielles de la présence de tombes autochtones non marquées sur le campus de l’Université. Elles déplorent aussi une mauvaise communication de la part des deux institutions, qui informeraient mal les moniteur·trices autochtones chargé·es de surveiller les travaux.

Les Mères Mohawks (Kahnistensera en langue kanien’kéha) accusent l’Université McGill et la Société québécoise d’infrastructure (SQI) de « malmener » des artefacts et de « nier » des preuves potentielles de sépultures autochtones non marquées qui auraient été trouvées sur le chantier du futur centre de recherche Nouveau Vic.
Cela inclut notamment un soulier et des ossements.
Dans un communiqué, les Mères Mohawks se disent aussi « extrêmement préoccupées » du « refus systématique [de McGill et de la SQI] de coopérer » à travers le processus de fouilles.
Un long combat
Le groupe de femmes autochtones est engagé depuis plus d’un an dans une bataille juridique contre McGill et la SQI pour freiner les travaux d’excavation organisés sur le site de l’ancien hôpital Royal Victoria. Elles soupçonnent que des sépultures non marquées d’enfants autochtones pourraient s’y trouver, victimes des expériences psychologiques illégales qui ont été menées à l’Institut Allan Memorial entre 1957 et 1964 dans le cadre du projet MK-Ultra de la CIA.
Dans une victoire historique, elles avaient remporté en octobre dernier une injonction pour la suspension des travaux. Après des séances de médiation, les parties impliquées sont parvenues à un accord en avril dernier. Ce dernier stipule notamment que la reprise des travaux devait se faire sous la supervision d’un panel indépendant d’archéologues, en plus de donner aux Mères Mohawks le droit de nommer des moniteurs culturels autochtones qui seraient présents tout au long du processus.
Les Mères Mohawks accusent maintenant l’Université McGill et la SQI de ne pas respecter les termes de l’entente établie en avril dernier, des accusations qui sont niées par les deux institutions.
Artefacts et ossements
Les Mères Mohawks dénoncent que des objets trouvés sur le site et qui présentaient un intérêt potentiel pour la recherche de sépultures n’aient pas été signalés. C’est le cas d’une chaussure semblant appartenir à un enfant, qui a été retrouvée par un moniteur culturel sur une pile de terre.
« Quelqu’un l’avait trouvée et l’avait simplement jetée sur le côté », déplore Kwetiio, membre des Mères Mohawks, en conférence presse lundi.
Kwetiio raconte aussi qu’en allant rapporter la chaussure, les Mères Mohawks ont été choquées d’apprendre que des ossements avaient également été trouvés sur le site, mais ne leur avaient pas été signalés. Kwetiio assure ne pas avoir reçu d’information sur la localisation des os depuis et ne pas savoir s’il s’agit de restes humains ou animaux.
Selon l’Université McGill, les ossements auraient été identifiés par des bio-archéologues comme appartenant à des animaux. McGill affirme que les objets trouvés ne représenteraient pas des « découvertes significatives » pour la firme archéologique chargée des fouilles.
Terre à fouiller
Par ailleurs, les Mères Mohawks dénoncent que l’Université et la SQI déplacent des piles de terre « hautement susceptibles de contenir des restes humains » sans les tamiser directement sur le site. En effet, ces piles de terre ont été prélevées dans une zone où des chiens renifleurs entraînés pour repérer des restes humains avaient relevé des odeurs anormales en juin dernier.
Contactée par Pivot, la SQI assure que les piles de terre sont déplacées à la demande des archéologues afin d’être tamisées dans un endroit « propice et sécuritaire ».
L’Université McGill assure pour sa part que « l’enquête approfondie menée par la firme archéologique recommandée par le panel d’experts n’a trouvé aucun élément permettant à ces experts de déterminer la présence de restes humains ou de sépultures anonymes ».
Les Mères Mohawks avaient déposé une motion d’urgence à la Cour supérieure du Québec pour demander l’arrêt des travaux d’excavation, motion qui a été rejetée par le juge Gregory Moore le 18 septembre dernier.