Sous ce magnifique soleil de juillet, où est la pandémie? « Elle est terminée », a déclaré le roi, il y a quelques temps ! Sortez trompettes et tambours, le monarque dernier s’en va prendre des bains dans sa villa avant sa grande parade de promesses et ses quelques joutes oratoires, lors des moissons.
Sauf que l’ennemi invisible a refait surface. Du bout des lèvres, le gouvernement caquiste a reconnu l’existence de la 7e vague le 7 juillet dernier. On s’est beaucoup questionné·es sur le caractère saisonnier de la COVID-19. Bien que cette variable ne puisse être mise de côté, force est de constater que la nouvelle vague vient apporter un éclairage plus complexe sur la situation pandémique.
Elle n’est pas terminée
Durant les six derniers mois de la « victoire », sont décédées 500 personnes de plus qu’au cours de toute l’année 2021. 2021, c’est-à-dire l’année où on a fermement installé un régime autoritaire musclé au Québec pour nous « protéger » inefficacement de la COVID-19. Comme écrivait Camus dans L’Été, « la force et la violence sont des dieux solitaires. Ils ne donnent rien au souvenir. »
J’ai l’impression de me répéter inlassablement, mais nous vivons présentement un gérontocide qui s’étire – nous laissons mourir les personnes vieillissantes, en masse et dans l’indignité. Cela ne semble pas entraver outre mesure la marche des choses ni indigner quiconque.
La mort est cachée, reléguée, invisible, mise sous clé, on ne peut la nommer, la voir, la saisir, la trouver terrible. Trame invisible de notre quotidien, elle est pourtant bien présente, elle en est sa fondation macabre, le ciment de nos destins.
Saviez-vous que les décès ont recommencé à augmenter? Que les hospitalisations grimpent maintenant de manière exponentielle ?
Malheureusement, notre insouciance et nos oublis sont en effet la meilleure arme du pouvoir, qui a tout intérêt à passer à autre chose, à cacher ces urgences qui craquent, à taire la souffrance sous le son des Formule 1 pour se faire réélire. À enfouir les morts indignes sous un paquet de niaiseries, à commencer par l’ethno-nationalisme.
Cette septième vague est bel est bien installée, même si l’opacité épidémiologique est maintenant la norme.
Oui, les statistiques sont d’abord et avant tout un outil de l’État, mais pas quand elles disent le contraire de ce qu’il veut entendre. Alors on s’emploie à les masquer. Heureusement, les données sur la présence du virus dans les eaux usées – maintenant publiées par l’INSPQ alors que le fédéral le faisait depuis un bon moment – montrent clairement des hausses exponentielles de la présence de charge virale dans tous les sites (Montréal, Québec, Gatineau et Laval) à partir du 20 juin environ.
Augmentation des risques
Quand le ministre de la Santé Christian Dubé affirme « qu’on peut se fier à la bonne volonté des gens », il veut tout simplement dire : attraper la COVID, c’est votre problème. Encore une fois, le fardeau se retrouve sur les épaules des personnes « à risque », qui doivent prendre les mesures adéquates pour se protéger. C’est-à-dire, pour beaucoup, s’infliger une mort sociale pour ne pas mourir pour de bon.
Sauf que cette catégorie de « personnes à risque » est en train de s’élargir considérablement pour englober une partie de plus en plus importante de la population. Elle ne se confine plus à la catégorie des « vieux », ce groupe « autre », inactif et vulnérable, tellement utile pour les caquistes pour marquer une frontière avec le « nous » productif, qui peut reprendre ses activités sans soucis.
Nous savions déjà que la COVID longue peut atteindre des personnes adéquatement vaccinées n’ayant pas d’antécédents médicaux. Une récente étude (qui n’a pas été révisée par les pairs) a étudié un échantillon important de patient·es dans les établissements du United States Department of Veterans Affairs et a découvert que deux infections ou plus augmentaient de 200 % les risques de décès et de 300 % les risques d’hospitalisations sur six mois. Les personnes réinfectées avaient également davantage de séquelles au niveau des poumons, du cœur, de la digestion, du système rénal ainsi qu’une prévalence plus élevée de fatigue, de diabète et d’enjeux neurologiques.
Bref, il faudra certainement suivre cette piste davantage et en exposer les complexités, car elle semble indiquer que les réinfections sont, finalement, assez néfastes. Reste à savoir pour qui, comment, en fonction de quel statut vaccinal, etc. J’interviewerai prochainement des spécialistes en microbiologie qui pourront vulgariser les mécanismes de ces dynamiques de réinfection et leurs effets délétères, notamment en ce qui a trait à la prévalence de la COVID longue.
Cirque électoral et éternel retour du même?
Le cirque électoral qui approche à grands pas, avec ses amuseurs publics, ses figures inféodées à la « ligne du parti », ses contorsionnistes du discours, ses autobus bondés parcourant le Québec en caravanes, nous offrira certainement son meilleur produit : le divertissement politique. Encore une occasion pour nous détourner de la pandémie.
Mais ces petites bonimenteries risquent d’être entachées par le virus qui, tel un Joker dans Gotham City, pourrait bien semer le chaos. D’abord, je parie qu’il y aura des éclosions parmi le staff politique, dans tous les partis. Ensuite, il est fort probable que le système hospitalier soit exsangue, car il l’est déjà maintenant, en plein été. Le virus s’invitera, mais il ne faudrait surtout pas qu’on laisse la CAQ s’épancher une fois de plus sur l’excellence de son bilan en la matière.
Combien de temps serons-nous condamné·es à rester enfermé·es dans ce cauchemar? À attendre sagement que la CAQ daigne faire quelque chose?
À quémander des bouts de pain, à nous mettre à genoux comme des gueux·ses pour que le gouvernement veuille bien mettre des filtres HEPA dans les écoles, afin que nos enfants ne deviennent pas malades chroniques – un exemple parmi tant d’autres?
Prendre la rue, masqué·es au KN95, devient, dans ce contexte, la voie de l’avenir. Tout comme installer dans toutes les classes de la province – simultanément, sans autorisation – des boîtes Corsi-Rosenthal, faciles à fabriquer, pas chères et presque aussi efficaces qu’un filtre HEPA commercial.
Les idées sont là. La colère est légitime, justifiée. Elle seule peut briser cet enchantement mortifère qu’est le mépris bourgeois pour l’intégrité des gens et la santé des populations.
