Quelles options s’offrent à ceux et celles qui ne souhaitent pas voter pour un des principaux partis, ou encore aux personnes qui résident dans le « château fort » d’un parti qui ne les enchante guère? Les votes enregistrés pour une formation politique perdante ont-ils une réelle valeur? Pivot s’est entretenu avec Élections Québec pour faire le tour de la question.
Une des premières choses qu’il faut savoir sur le système électoral québécois, c’est qu’il s’agit d’un système uninominal à un tour, signifiant que la somme provinciale des votes pour chacun des partis, bien qu’enregistrée, ne compte pas dans la distribution des sièges à l’Assemblée nationale ou pour la nomination d’un·e premier·ère ministre.
C’est ce qui fait qu’un parti qui n’aurait pas obtenu une majorité du vote en enregistrant environ 41 % des voix peut tout de même former une majorité absolue avec 72 % des sièges. C’est ce qui est arrivé à la Coalition avenir Québec lors de la dernière élection générale.
Inversement, un parti qui n’aurait enregistré que 13 % des votes, comme ça a été le cas du Parti conservateur lors des mêmes élections, ne peut obtenir aucune représentation à la chambre législative.
Par contre, les 530 786 votes enregistrés pour les conservateurs lors de la dernière élection n’ont pas été sans valeur pour le parti.
Un peu plus de 2 $ chaque année par vote
Chaque année, les partis politiques enregistrés qui ont participé à la dernière élection générale reçoivent une allocation de la part d’Élections Québec qui est calculée en fonction du nombre de votes qu’ils ont reçu. Le montant total des allocations s’élève à 1,99 $ par électeur·trice inscrit·e aux listes électorales. Cette somme est redistribuée selon le pourcentage de vote reçu par chaque parti lors de la dernière élection générale.
Le résultat des élections partielles n’influe pas sur ce calcul, pas plus que les variations dans le nombre de personnes inscrites à la liste électorale entre deux élections. Le montant des allocations est toutefois ajusté à l’inflation chaque année entre deux élections générales.
« Lorsqu’une personne décide d’annuler son vote en cochant deux ou plusieurs cases sur son bulletin, il sera tout simplement rejeté par les gens qui font le dépouillement le soir du vote »
Gabriel Sauvé-Lesiège, Élections Québec
Concrètement, cela mène à des montants légèrement supérieurs à 1,99 $ par vote puisqu’une bonne part des électeur·trices choisissent généralement de ne pas participer à la joute électorale. À la dernière élection générale, environ 34 % des gens ont ainsi décidé de ne pas voter.
Selon les données publiques d’Élections Québec, le Parti conservateur a ainsi reçu de l’État environ 1 579 000 $ en 2025 pour ses activités même s’il n’avait pas d’élu·es lors de la dernière élection générale. C’est seulement 179 000 $ de moins que l’argent reçu par le Parti libéral du Québec qui avait pourtant fait élire 21 député·es.
Par le même mécanisme, le Parti vert du Québec a reçu 92 402,12 $, Climat Québec 25 720,51 $ et le Parti marxiste-léniniste du Québec 2 008,48 $.
« C’est du financement qui contribue à maintenir leurs activités dans le temps, faire des activités politiques, leurs programmes, et finalement permettre à leur organisation de perdurer dans le temps », explique Gabriel Sauvé-Lesiège, porte-parole d’Élections Québec.
La possibilité de rembourser ses dépenses électorales
En plus de cette somme, les partis ou les candidat·es qui amassent suffisamment de votes peuvent se faire rembourser la moitié de leurs dépenses électorales. Pour un parti, le seuil est de 1 % du vote à l’échelle nationale et pour un·e candidat·e, le seuil est de 15 % au niveau de la circonscription.
À la dernière élection générale, seuls les cinq grands partis (PQ, PLQ, QS, CAQ PCQ) ont réussi à atteindre la barre de 1 % du vote au niveau national, le sixième parti en lice, le Parti vert du Québec n’ayant reçu que 0,76 % du vote.
Aucun·e candidat·e indépendant·e ou appartenant à un parti autre que les cinq plus grands n’a réussi à atteindre le seuil de 15 % du vote dans sa circonscription.
« Cette division entre les dépenses de parti et les dépenses de candidat·es reste très importante dans le contexte de notre système qui a la particularité de limiter les dépenses électorales », explique Gabriel Sauvé-Lesiège.
Il précise que pour la prochaine élection, un parti qui présente des candidats dans les 127 circonscriptions aura une limite de dépenses électorales attribuables à ses candidat·es qui s’élève à un peu plus de 6 200 000 $ et une limite de dépenses électorales du parti d’un peu plus de 5 700 000 $. En additionnant les deux plafonds, un parti pourrait dépenser jusqu’à 12 000 000 $ pour cette élection.
Le reste de l’argent, il vient d’où?
En plus de l’allocation versée en fonction du vote, les partis peuvent recevoir des dons d’un maximum de 100 $ par année par contributeur·trice, un montant qui peut être doublé lors d’années électorales.
Les dons sont bonifiés par Élections Québec qui verse aux partis un montant de 2,50 $ pour chaque dollar amassé pour la première tranche de 20 000 $ et de 1 $ pour le reste des contributions jusqu’à ce que le parti ait reçu 200 000 $ en dons. Un parti peut donc recevoir jusqu’à 230 000 $ supplémentaires d’Élections Québec s’il récolte au moins 200 000 $ en dons. Ces sommes, nommées « revenus d’appariement », sont doublées lors d’années électorales.
Les candidat·es indépendant·es ne reçoivent que 2,50 $ d’appariement pour les premiers 800 $ qu’iels collectent.
« C’est la notion d’équité qui est inscrite à la loi électorale par rapport au financement », souligne Gabriel Sauvé-Lesiège.
Et annuler son vote dans tout ça?
Il n’existe aucun mécanisme dans la loi électorale du Québec pour permettre aux électeur·trices d’annuler son vote à la manière d’un vote pour la chaise ou d’un vote blanc comme c’est le cas en France, précise Gabriel Sauvé-Lesiège.
La pratique reste toutefois bien implantée chez plusieurs citoyen·nes, concède-t-il.
« Lorsqu’une personne décide d’annuler son vote en cochant deux ou plusieurs cases sur son bulletin, il sera tout simplement rejeté par les gens qui font le dépouillement le soir du vote », explique-t-il.
« Non seulement il n’y a pas de cases prévues pour dire : “j’annule mon vote”, mais il n’y a pas non plus de compilation où l’on distingue ce vote de ceux qui ont été rejetés pour différents motifs. La seule chose, c’est qu’il comptera dans le taux de participation, comme l’électeur·trice s’est déplacé·e, mais c’est tout », précise-t-il.
S’il n’y a pas de compilation des votes rejetés, ceux-ci comptent généralement pour environ 1 % des votes et atteignent rarement le seuil de 2 % pour une même urne, estime le porte-parole d’Élections Québec. Durant la dernière élection générale, 1,33 % des votes ont été rejetés à l’échelle de la province
« On ne sait toutefois pas quelle était l’intention des personnes qui ont déposé ces bulletins », rappelle-t-il.
Un vote rejeté ne change donc rien à la distribution de l’allocation aux partis et, contrairement à ce que veut une rumeur persistante qui refait surface à chaque période électorale, ne revient pas à donner le 1,99 $ associé à son vote au parti gagnant. Rappelons que les allocations sont calculées à partir du nombre d’électeur·trices inscrit·es et non pas à partir du taux de participation.

