Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement montre que l’objectif de garder l’atmosphère terrestre à une température excédant seulement par 1,5 °C celle qui prévalait avant l’ère industrielle reste possible, même si cette marque sera inévitablement dépassée dans les prochaines années. Agir ainsi ferait une grande différence pour les écosystèmes qui seront malgré tout malmenés, mais demanderait un rebond de l’action climatique.

Les températures globales devraient excéder de plus de 1,5 °C la moyenne de l’ère préindustrielle avant la fin de la décennie, selon les calculs du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). En fait, selon un récent rapport, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l’activité humaine à zéro d’ici 2031 pour espérer arrêter à ce plateau, ce qui n’arrivera tout simplement pas selon les experts.

Limiter le réchauffement à 1,5 °C, comme 195 pays se sont engagés à le faire à Paris en 2015, doit toutefois rester l’objectif de l’action climatique, insiste Inga Anderson, directrice générale du PNUE, en conférence de presse. « Même si on le dépasse, ça doit rester le but, il faut simplement le regarder d’un autre angle. Ça veut dire s’engager dans la voie de la réduction, et ça veut aussi dire qu’il faut atteindre l’apogée du réchauffement aussi vite que possible », poursuit-elle.

« Notre rapidité d’action va déterminer si les effets du réchauffement dureront des décennies ou des millénaires », urge Deborah Roberts, co-autrice du rapport.

Limiter l’excédent

Pour arriver à ramener le réchauffement planétaire à 1,5 °C avant la fin du siècle, il faudrait réalistement limiter le pic de la hausse des températures à environ 1,8 °C, selon le rapport. Une cible ambitieuse étant donné l’état actuel de l’action climatique, mais tout à fait réalisable sur le plan technique, prévient Joeri Rogelj, chercheur au PNUE et co-auteur du rapport.

« Pour y arriver, il faut environ diminuer nos émissions de moitié d’ici 2035. Pour chaque tranche de cinq ans de plus que nous prendrons pour y arriver, ça devrait ajouter environ 0,1 degré de plus au réchauffement », a-t-il expliqué durant la conférence de presse.

« Ça semble beaucoup, mais c’est ce que les pays ont déjà promis de faire », rappelle-t-il.

Par contre, les politiques déjà mises en place sont loin d’être suffisantes pour y arriver, rappelle le rapport. Selon la trajectoire actuelle, si aucune autre mesure n’est mise de l’avant, nous devrions plutôt observer un réchauffement de 2,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle avant la fin du siècle. Les scénarios les plus pessimistes placent même la barre jusqu’à 3,2 °C.

« Revenir à 1,5 °C, ne veut pas dire que nous revenons au monde comme il est actuellement. Certaines pertes seront irrécupérables. »

Deborah Roberts, PNUE

« Évidemment, on a procrastiné sur l’action climatique, mais il y a plusieurs signes encourageants, comme le coût des énergies renouvelables, qui diminue à une vitesse que peu de personnes avaient prévue. Lors de la signature de l’accord de Paris, notre trajectoire nous menait à 4 degrés de réchauffement, nous ne sommes plus là », rappelle Inga Anderson.

Des conséquences irréversibles

La possibilité de renverser la vapeur sur les changements climatiques ne doit pas être une excuse pour retarder encore plus la réduction des émissions, prévient la directrice du PNUE, bien au contraire.

« Revenir à 1,5 °C, ne veut pas dire que nous revenons au monde comme il est actuellement. Certaines pertes seront irrécupérables », ajoute Deborah Roberts.

« La cible de 1,5 °C n’est pas quelque chose qu’on peut abandonner, c’est absolument nécessaire pour notre survie collective! », conclut Inga Anderson.

Pour plusieurs systèmes à risques, comme les écosystèmes polaires, montagneux et côtiers, la réduction des températures viendra trop tardivement et plusieurs milieux subiront des dommages irréversibles. « Plusieurs de ces écosystèmes peuvent atteindre des points de non-retour durant la période excédentaire et être perdus à jamais », explique Deborah Roberts.

« Le temps est venu de doubler la mise sur l’action climatique, pas de l’abandonner. »

Inga Anderson, PNUE

Un scénario où l’on reviendrait à 1,5 °C avant la fin du siècle risque tout de même de voir la disparition de la majorité des coraux. Même avec les scénarios les plus optimistes, le rapport note « une faible probabilité de voir les coraux survivre à ce siècle […] mais leur récupération est possible si on parvient à garder la hausse des températures sous le seuil de deux degrés ».

La perte de la couverture de glace aux pôles et la hausse du niveau de la mer qui en découle perdureront aussi beaucoup plus longtemps, des centaines, voire des milliers d’années après que les températures aient recommencé à descendre. L’avenir de plusieurs communautés côtières et de nations insulaires resterait donc compromis malgré tout.

« Chaque fraction de degré évitée, chaque année passée en moins au-dessus de 1,5 °C, chaque mesure d’adaptation mise en place, va sauver des vies, protéger des écosystèmes et réduire les pertes économiques », souligne Inga Anderson.

Vers des émissions négatives

Même dans un scénario idéal où les pays respectent leurs engagements et atteignent la carboneutralité d’ici 2050 tout en limitant les hausses de température autour de 1,8 °C, retourner à une hausse de 1,5 °C d’ici la fin du siècle nécessitera d’augmenter la capacité planétaire de captage du carbone. Celle-ci est présentement d’environ 2,2 gigatonnes de CO2 par année et devrait atteindre entre 2,1 et 4,7 gigatonnes d’ici 2035, et de 6,5 à 13,3 gigatonnes d’ici 2050, selon les différentes estimations. Retarder l’action climatique et ne pas respecter les engagements de réduction pourraient obliger à augmenter cette capacité à 23,6 gigatonnes d’ici la fin du siècle, soit plus de 10 fois la capacité actuelle.

« L’adaptation doit tenir compte des limites que nous rencontrerons et des enjeux de justice et d’iniquité », prévient Joeri Rogelj.

Actuellement, presque toute la capacité de captage du carbone est assurée par des processus naturels, comme l’absorption par la biomasse des forêts et tourbières, l’absorption des océans et le ruissellement. « Mais si on dépasse le 1,8 °C, la dégradation des écosystèmes limitera grandement cette capacité d’absorption », ajoute-t-il.

Pour ce qui est des technologies de captage et de stockage du carbone, le rapport rappelle qu’elles sont encore loin d’être au niveau requis pour faire une grande différence. « C’est évident qu’il y a plusieurs enjeux. Qui va les gérer? Qui vont-elles servir? Qui va payer? Vont-elles même fonctionner à l’échelle dont on aura besoin? », interroge Deborah Roberts.

Le rapport souligne d’ailleurs que la plupart de ces technologies demandent énormément d’énergie, de superficies de terre et de minéraux, en plus d’être très coûteuses. Par contre, l’analyse souligne qu’en envoyant le signal clair que l’objectif est de revenir à 1,5 °C de réchauffement, les gouvernements encourageraient les secteurs académique et privé à continuer les recherches nécessaires à l’amélioration et au développement de ces technologies.

« Notre rapidité d’action va déterminer si les effets du réchauffement dureront des décennies ou des millénaires. »

Deborah Roberts, PNUE

« Ce qui est certain, c’est que leur mise en œuvre sera complexe et interreliée. C’est pourquoi il est important de se concentrer d’abord sur la réduction des émissions. C’est la meilleure façon d’y arriver et de s’assurer que cela se fasse d’une façon équitable pour les populations les plus vulnérables qui sont aussi celles qui ont le moins contribué à la crise », rappelle-t-elle.

Joeri Rogelj souligne qu’il faudra réserver la majeure partie du potentiel de captage du carbone pour la période qui suivra l’atteinte de la carboneutralité. Il sera nécessaire pour compenser les émissions de secteurs difficiles à décarboner, comme le ciment, mais il ne faut pas s’en servir comme excuse pour ne pas électrifier les secteurs qui pourraient l’être, selon lui.

« Vu comme cela, renverser le réchauffement sera juste la continuité des efforts mis en place pour l’arrêter », raisonne-t-il.

« Le temps est venu de doubler la mise sur l’action climatique, pas de l’abandonner », conclut Inga Anderson.

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