Sous son nouveau nom, l’Initiative JAPA continue de mener les activités controversées de vente de chocolat d’Ado-Actif. Après avoir été trouvée coupable d’avoir fait travailler des enfants n’ayant pas l’âge minimal, l’entreprise s’était transformée en OBNL, un statut qui pourrait lui permettre de contourner l’esprit de la loi.
Après avoir fait l’objet de constats d’infraction pour avoir fait travailler des enfants, l’entreprise de vente de chocolat Ado-Actif a fait peau neuve, adoptant le nom Initiative JAPA, et obtenant le statut d’organisme à but non lucratif (OBNL) au Québec.
Une précédente enquête de Pivot avait révélé que le propriétaire d’Ado-Actif, désormais Directeur général de l’Initiative JAPA, Benjamin Lussier, embauchait des jeunes de moins de quatorze ans, l’âge minimal pour travailler au Québec depuis l’adoption de la Loi sur le travail des enfants en 2023.
« Changer de nom ou devenir un OBNL ne permet pas de se soustraire à la Loi sur les normes du travail », a déclaré le ministre du Travail Jean Boulet dans un courriel à Pivot.
« La loi que nous avons adoptée vise d’abord et avant tout à protéger les enfants; aucune organisation ne doit pouvoir en contourner l’esprit ou les exigences par un simple changement de structure juridique », a-t-il ajouté.
« Il revient à la [Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du Travail] d’analyser les faits et d’intervenir lorsque la situation le justifie », a conclu le ministre.
Or, l’organisation poursuit ses activités depuis qu’elle a fait peau neuve. Plusieurs témoignages récoltés par Pivot indiquent qu’elle continuerait d’embaucher des enfants de moins de quatorze ans.
Des exceptions trop permissives?
Depuis septembre 2023, la loi sur les normes du travail interdit l’embauche des enfants de moins de quatorze ans au Québec. Or, les OBNL à vocation sociale ou communautaire peuvent bénéficier d’une exemption à condition que les enfants soient sous la supervision d’un adulte en tout temps.
La CNESST, qui avait collé deux constats d’infraction à Ado-Actif pour avoir fait travailler des enfants de moins de quatorze ans en 2025, n’est pas en mesure d’indiquer si elle a reçu des plaintes, ou des signalements contre l’Initiative JAPA.
Selon l’Office de la protection du consommateur, Initiative JAPA et Ado-Actif ont tous fait l’objet d’une plainte au cours des deux dernières années pour « pratique trompeuse ou déloyale ».
Continuation… dans la légalité?
Pivot a recueilli une quinzaine de témoignages de personnes ayant été abordées par de jeunes vendeur·euses depuis le début de l’été. Comme auparavant, la grande majorité des interactions ont eu lieu dans des parcs de la métropole, parfois dans la rue, et les tarifs par tablettes sont les mêmes, soit 6 $.
Tous les témoignages indiquent que les enfants étaient seul·es ou, dans une minorité des cas, en groupe de deux.
La plupart des jeunes vendeur·euses des chocolats ont été décrits comme étant d’une minorité visible. L’objectif présenté sur ses pamphlets est le financement d’activités qui permettraient « d’éloigner les jeunes des problèmes de la rue ».
Selon les témoignages recueillis, il n’est pas clair si les vendeur·euses sont toujours payé·es à la commission comme c’était le cas avec Ado-Actif. L’été dernier, les jeunes touchaient 1,50 $ par tablette de chocolat vendue.
« J’avoue parfois avoir été très perplexe de l’âge de certains », confie Florence Labrie qui a été abordée à maintes reprises au courant de l’été. Elle affirme avoir demandé l’âge des vendeur·euses dans deux situations distinctes. Iels lui auraient affirmé avoir 11 et 12 ans.
« [Le vendeur] avait environ onze ou douze ans et il a dit que c’était un organisme à but non lucratif pour aider les jeunes désavantagés comme lui », explique Charlie* qui a préféré que son témoignage reste anonyme.
Comme Charlie, plusieurs témoins qui se sont confiés à Pivot ont estimé que les enfants avaient entre dix et douze ans.
Plusieurs témoins ont aussi affirmé que les jeunes semblaient « fatigués », « nerveux », « pressés », voire « insistants ».
« Ça parait qu’ils font de la vente pendant de longues heures, il m’est arrivé de me faire accoster par le même vendeur à six heures d’intervalle », raconte Ève Pépin, qui affirme avoir souvent été approchée par des vendeur·euses aux parcs Laurier et Lafontaine.
« Il y avait une sensation de “travail à la chaîne” », explique Hugo Comte, qui affirme avoir croisé des jeunes aux mêmes endroits.
« On était curieux, on a posé des questions pour comprendre le projet et les réponses semblaient très vagues et préparées », raconte-t-il. Dans un des cas, les questions sont simplement restées sans réponse.
En décembre dernier, des vendeur·euses d’Initiative JAPA avaient également été aperçu·es à Chambly.

