Le socialisme par la grande porte

Judith Lefebvre Chroniqueuse · Pivot
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Le socialisme par la grande porte

Le camp socialiste a des solutions nécessaires aux maux de notre époque, il suffit de les faire entendre et de les défendre.

Un an après les dernières élections fédérales et à six mois de la campagne électorale provinciale, les rassemblements politiques se multiplient.

À titre d’exemple, il y a deux semaines on a pu entendre Rima Hassan, eurodéputée de La France Insoumise, bloquée à la frontière canadienne sous les pressions du lobby sioniste. Contrainte à la visio, elle a quand même pu échanger sur le génocide et le droit international avec Safa Chebbi, Haroun Bouazzi, Émilie Nicolas et Jonathan Durand-Folco dans une discussion animée par Nimâ Machouf devant une salle bien remplie.

Malgré des éléments d’analyse pertinents, le panel est malheureusement resté en surface, laissant des trous béants pour la suite des mouvements. Je ne vais pas mentir, on aurait pris plus de discussions stratégiques et terre-à-terre. Le choix des intervenant·es sur un spectre idéologique aussi large aurait pu donner lieu à des débats urgents sur les orientations de la gauche québécoise. Prochaine fois.

C’est que le camp progressiste est à un tournant historique. Devant l’échec consommé de la gauche culturelle et du compromis social-libéral, des choix s’imposent. Et c’est la conjoncture mondiale qui dicte la suite.

Guerre de position

Au Canada, l’illusion des voies ensoleillées du capitalisme bienveillant de Trudeau laisse place à la realpolitik imposée par l’effondrement accéléré de l’impérialisme en crise. La majorité parlementaire de Carney, s’est construite sur une conscience de classe aiguisée par les perturbations du système-monde. La partisanerie de la droite culturelle sauce MAGA semble ridicule devant les menaces qui pèsent sur les intérêts nationaux, c’est-à-dire sur le capital au pouvoir. Le pragmatisme s’impose.

Après l’adoption successive des lois C-2, C-5 et C-12, la différence entre le parti de la bourgeoisie de l’Est et celle de l’Ouest – libéraux et conservateurs – est devenue essentiellement esthétique. Et Poilièvre a beau faire de la musculation, il ne fait pas le poids face au timonier de la finance. Le Bloc hoche la tête en silence.

Devant cette radicalisation soudaine et visible de la guerre des classes à la Chambre des communes, le NPD a été appelé à faire un choix historique lors de son congrès. L’élection d’Avi Lewis était une évidence et une nécessité tant pour le parti que pour la classe ouvrière. Les militant·es ont choisi l’histoire.

La prise en charge collective de la production est devenue une question cruciale, tant sur le plan économique, que stratégique, et même environnemental. 

Que ce soit clair, même si Lewis est loin d’être un marxiste-léniniste, son chemin ne sera pas facile pour autant. Cet arrière-petit-fils de bundiste a beau avoir réussi à conquérir l’exécutif par l’élection, notamment, du camarade Niall Ricardo à la présidence, les entraves de l’establishment professionnel du parti seront nombreuses.

Les bulletins étaient à peine comptés que Mulcair pleurait déjà des larmes de social-traitre, se faisant le porte-parole de la frange réactionnaire du parti qui avait fait retirer la référence au socialisme dans sa charte en 2013 et, depuis, l’avait mené d’échec en catastrophe électorale.

Les centristes aiment perdre et prétendre que la victoire est toujours un peu plus à droite.

L’économie dans les tranchées

L’élection de Lewis a fait grand bruit dans la médiasphère, et tant mieux! Que les colonnes du temple de la tranquillité néolibérale soient ébranlées par une proposition économique ambitieuse plutôt que les délires de la droite identitaire, ça fait tout un coup de fraîcheur.

En effet, pour la première fois depuis plus d’une décennie, le candidat d’un parti mainstream ose aborder la nécessaire question de la propriété des moyens de production. Proposer un réseau national d’épiceries publiques? Mettre sur pied une entreprise de télécommunication pour briser l’oligopole? Protéger la mission de Postes Canada? On croirait rêver.

Les centristes aiment perdre et prétendre que la victoire est toujours un peu plus à droite.

Et pourtant, la prise en charge collective de la production est devenue une question cruciale, tant sur le plan économique, que stratégique, et même environnemental.

L’exemple de la Fonderie Horne saute aux yeux. La mise en opposition de la santé publique et de la vitalité économique de Rouyn-Noranda n’est rendue possible que par la propriété privée des moyens de production. C’est parce que l’usine roule pour des milliardaires qu’elle peut se permettre de tuer ses travailleur·euses et tout le voisinage.

Personne à Rouyn n’a intérêt à la fermeture de la fonderie, ni à respirer son atmosphère contaminée par l’arsenic.

Le socialisme invite à sortir de l’opposition entre fermeture et passe-droit. Plutôt que de glisser des millions aux capitalistes dans le dos de la Santé publique comme le font la CAQ et le fédéral, on peut se permettre d’envisager la collectivisation immédiate des usines de Glencore.

On se met soudain à contester les subventions aux riches que promettent Fréchette, Milliard et Duhaime. On se permet de trouver des solutions pragmatiques et ambitieuses aux problèmes du logement et de la vie chère. On se met à ignorer les distractions identitaires de ceux qui n’ont pas de proposition économique pour la classe ouvrière.

PSPP aboie, la caravane passe.

Guerre de mouvement

Il y a encore fort à faire pour rallier les forces les plus importantes des classes populaires dans le camp socialiste. On n’a qu’à regarder l’étrange choix des syndicats nationaux de déplacer la manifestation du premier mai au lendemain pour s’en convaincre.

Une tâche monumentale se dresse devant nous, mais l’espoir fait vivre et le travail ne nous fait pas peur. Nous serons dans la rue ce premier mai, et nous passerons les prochains mois à mobiliser en vue de la grève sociale qu’agitait Magali Picard l’automne dernier.

Plus personne ne peut nier l’effet des décennies d’austérité et de l’explosion du coût de la vie. La grogne est palpable dans les milieux populaires, la situation mondiale se dégrade de jour en jour, la solidarité nous appelle et les options politiques qui s’offrent à nous sont au mieux décevantes, au pire terrifiantes.

Par leurs errements, les classes dirigeantes nous ont ouvert grandes les portes. Montrons-leur de quoi est capable la classe des travailleur·euses quand elle décide de prendre le pouvoir.

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