Le couperet est tombé la semaine dernière : le Sénat a adopté le projet de loi C-12, qui n’attend plus que la sanction royale.
La Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada introduit un régime centralisateur et arbitraire entre les mains du gouvernement fédéral dans le traitement des demandes d’asile.
En plus de l’introduction d’un examen administratif et de la limitation du droit d’appel, la loi conférera des pouvoirs quasi illimités au ministre et au gouvernement. Au nom de « l’intérêt public », ceux-ci pourront désormais rajouter des exigences procédurales, ou rejeter en bloc des demandes.
Les demandes d’asile devront maintenant être déposées dans un délai d’un an sous peine d’être rejetées. Une limitation aussi sévère qu’arbitraire, qui menace particulièrement les droits des femmes et des LGBTQIA+, rappellent les organismes de défense des droits humains. Imaginez devoir compléter ces procédures en cachette dans un contexte de violence conjugale ou parce que vous êtes dans le placard.
Seul·es les huit député·es vert et néo-démocrates se sont opposé·es à ces violations des obligations internationales du pays – dont Lori Idlout qui a traversé la chambre pour rejoindre le Parti libéral après cet échec historique.
Les libéraux n’ont pourtant pas besoin d’une majorité. Le bloc des droites règne en maître sur Ottawa.
Les commentateurs politiques font leurs choux gras à chaque transfuge à la Chambre des communes. Ça jase de politique comme d’autres parlent de sport.
Faux réfugiés, vraie exploitation
Ce qui ressort de la démarche du gouvernement Carney, c’est l’adhésion à la théorie des « faux réfugié·es » que promeut une grande portion de la classe politique québécoise et canadienne. Cette idée grotesque selon laquelle les gens viendraient au pays sous des prétextes fallacieux et s’engageraient dans une démarche de demande d’asile précaire, inutile et anxiogène, avec la certitude d’être déportés avec interdiction de séjour au Canada au bout des procédures.
Le député bloquiste Mario Simard le disait ouvertement en chambre en décembre dernier : « le gouvernement reconnait maintenant de façon explicite qu’il y a un problème avec les demandeurs d’asile ». Pas le traitement des demandes, les demandeurs eux-mêmes.
Ça fait un bon moment que notre élite coloniale locale ne se cache plus. Elle n’en a rien à faire des droits humains. Ce qu’elle cherche dans l’immigration, c’est uniquement de combler les besoins de main-d’œuvre de ses chums du Québec inc.
Ils ne sont pas contre l’immigration : ils la veulent indigne.
Le statut migratoire du livreur Amazon, de la travailleuse du Tim Hortons et du chauffeur Uber n’est pas un hasard : c’est le modus operandi du capital au 21e siècle. Et ce n’est pas différent pour les entreprises pures laines.
Les lois sur l’immigration, c’est leur méthode pour garder la classe ouvrière au pas. Des contrats de travail fermés qui donnent tout le pouvoir aux boss, du monde précaire qui ne peuvent pas se plaindre, qui ne se syndiquent pas, qui gardent les salaires bas et la cadence élevée. Du monde qui ne peuvent même pas voter, alors que le propriétaire de leur logement trop cher peut remplir les urnes dans chaque municipalité où il a un compte de taxes.
L’Espagne vient de reconnaître le statut de 500 000 personnes migrantes irrégulières qui font rouler l’industrie, au Québec ça prend un tribunal pour maintenir l’accès aux CPE que les gens financent avec leur paie. Et encore, les nationaleux ont l’écume au bord des lèvres.
Ils ne sont pas contre l’immigration : ils la veulent indigne. Pour les politicien·nes, augmenter la précarité, c’est augmenter les taux de profits. Et avec la crise du capitalisme que nous traversons, c’est devenu une nécessité économique.
Tout le monde paie pour leur crise
À l’heure actuelle, monopolisation, financiarisation et baisse du taux de profit se combinent pour créer une crise comme on n’en avait pas vu depuis très longtemps. Les revenus de l’État sont au plus haut, mais les services publics s’effondrent et la dette publique explose au même rythme que celle des ménages. Le système économique ne tient plus.
Les intérêts des classes dominantes demeurent et pour les protéger, la violence combinée de l’État et du capital est dirigée à la fois contre l’intérieur, par la précarisation du travail, et vers l’extérieur, par la guerre impérialiste.
Vous pensez que la position de Carney sur la guerre en Iran est incohérente? Think again.
Structurellement, le prix du pétrole albertain est fortement dévalué par rapport au Brent, le référent mondial, ou au WTI en Amérique du Nord. Le seuil de rentabilité du pétrole canadien est élevé, mais l’instabilité actuelle a gonflé le prix du baril significativement par rapport au début de l’année, ce qui rend le rend à la fois attrayant et rentable.
Mais il y a un équilibre à maintenir pour ne pas diminuer les profits des autres secteurs, qui consomment du pétrole. Le Canada est donc pour les frappes israélo-américaines, contre la guerre et va défendre les monarchies du Golfe, ou pas, selon le prix du baril et le coût politique au pays.
Les classes dominantes jouent aux équilibristes sur la corde raide d’un système économique sur le point de se rompre.
Mais les guerres et l’instabilité ont un coût humanitaire et génèrent des vagues de migration – les fameux « faux réfugiés » qui nous envahissent – dont l’effet économique sur les pays d’accueil doit être balancé. Profiter de la violence, mais sans déstabiliser l’économie et le système politique du cœur impérial, voilà la tâche des gouvernements capitalistes dans l’ordre post-libéral.
Les classes dominantes jouent aux équilibristes sur la corde raide d’un système économique sur le point de se rompre. Les guerres et les politiques migratoires leur donnent du mou, tout comme les lois anti-syndicales, islamophobes ou contre les locataires, le saccage des services publics, les coupes dans les groupes communautaires, etc.
C’est nous qui payons leur crise. Il est grand temps de leur rappeler qui les fait vivre.
