Les quatre prochaines années devraient être déterminantes pour la lutte aux changements climatiques et la protection de la biodiversité. Le prochain gouvernement du Québec aura un rôle central à jouer dans la coordination des efforts déployés dans la province pour courber ces crises. Voici ce que les cinq principaux partis offrent pour y arriver.
Bien que la lutte aux changements climatiques et à la crise de la biodiversité reste un enjeu important pour une grande partie de la population selon les experts, les propositions sur l’environnement se sont faites rares durant la campagne.
« Est-ce qu’on parle de climat puis de réduction de gaz à effet de serre? Non. Est-ce que c’est malheureux? Oui. », souligne Charles-Étienne Têtu, analyste en politiques climatiques et énergétiques chez Équiterre.
« Mais au final c’est interrelié à plein de politiques qui sont discutées dans la campagne », se console-t-il. « Que l’on parle du commerce avec les États-Unis, de la possibilité de produire du gaz de schiste, de construire des pipelines, de réduire le coût de l’épicerie, si on veut vraiment réduire le fardeau économique sur les Québécois·es, le meilleur moyen d’y arriver c’est de réduire notre dépendance aux énergies fossiles », rappelle-t-il.
Alain Branchaud, président de la section Québec de la Société pour la Nature et les parcs du Canada (SNAP) s’attriste aussi du fait que les questions environnementales n’ont toujours pas réussi à s’imposer durant la campagne.
« C’est triste parce que dans la vraie vie, sondage après sondage, on voit que les gens considèrent l’environnement comme hyper-important, mais on n’en parle pas dans les médias qui ont tout de même une part de responsabilité face à ça », remarque-t-il.
La CAQ : de peu à moins
De son côté, la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pratiquement pas fait d’annonce en environnement durant la campagne et ne prévoit pas de nouvelles dépenses en environnement dans son cadre financier.
Seules deux mesures annoncées peuvent s’apparenter à des mesures environnementales : la promesse de pérenniser le réseau de navettes fluviales reliant la Rive-Sud de Montréal à la métropole grâce à un investissement de 26 millions $ sur quatre ans; et un investissement supplémentaire de 200 millions $ dans la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ), entre autres pour lui permettre d’offrir un tarif préférentiel aux résident·es de la province du Québec.
La première ministre sortante s’est aussi engagée à reprendre la réforme du régime forestier, qui visait à réserver un tiers des forêts publiques à l’industrie du bois, et qui a été abandonnée sous le poids d’une forte mobilisation des communautés autochtones et de la société civile. Cette annonce a toutefois été faite en interpellant principalement l’industrie forestière, bien que le communiqué mentionne au passage un désir de faire de la forêt « un moteur de développement économique durable et local tout en permettant aux différents utilisateurs d’y trouver leur compte ».
Bien qu’il juge que la réforme du régime forestier devrait être une des priorités du prochain gouvernement, Alain Branchaud craint justement que celle-ci se fasse aux dépens des objectifs de protection des territoires et des espèces menacées. « C’est certain que le prochain gouvernement devra faire preuve de courage face à l’industrie forestière s’il veut respecter ses engagements de protection du territoire », rappelle-t-il.
« Est-ce qu’on parle de climat puis de réduction de gaz à effet de serre? Non. Est-ce que c’est malheureux? Oui. »
Charles-Étienne Têtu, Equiterre
Rappelons que le Québec s’est engagé en 2022 à protéger 30 % de son territoire dans la foulée de la COP15 sur la biodiversité à Montréal. Un engagement qui a mené à l’élaboration de centaines de projets d’aires protégées portés par les communautés allochtones et autochtones de partout dans la province. Ceux-ci n’ont toutefois pas encore été concrétisés, une tâche qui reviendra au prochain gouvernement.
Le président de SNAP Québec rappelle aussi que le gouvernement Couillard avait mis sur pied un chantier de modernisation des lois entourant la protection des espèces pour l’arrimer avec les nouvelles connaissances scientifiques qui a été abandonné lors de l’arrivée au pouvoir de la CAQ.
De plus, la dernière année de gouvernance caquiste a été marquée par un recul des objectifs environnementaux du Québec. En janvier, le gouvernement a par exemple annoncé qu’il repoussait de cinq ans son objectif de réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES) de 37,5 % par rapport au niveau de 1900 d’ici 2030.
En 2023, lors du dernier inventaire disponible, le Québec avait réduit ses émissions nettes de GES de 19,7 % par rapport à 1990.
En juin dernier, la CAQ a annoncé une réduction de 1,9 milliard $ sur cinq ans des sommes prévues pour combattre les changements climatiques dans son plan pour une économie verte.
Le gouvernement Legault a aussi décidé de prendre ce qu’il qualifie de « surplus » au Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC – anciennement le Fonds vert) pour le transférer au Fonds des générations, donc au service de la dette. Rappelons que le FECC est constitué des revenus de la bourse du carbone et devrait servir exclusivement à des projets liés à l’environnement et à la transition énergétique.
« Réformer le FECC est souhaitable, mais si on s’en sert pour financer la dette, on peut comprendre pourquoi les gens se demandent ça sert à quoi le marché du carbone », remarque Charles-Étienne Têtu.
« Le gouvernement sortant en est un qui avait identifié de beaux problèmes dès le départ », explique-t-il. « Il voulait électrifier davantage l’économie de ses voisins en plus de la sienne, il a banni l’exploitation des combustibles fossiles sur son territoire, il voulait faire du Québec un champion de l’électrification des véhicules, mais au final il ne s’est jamais réellement donné les moyens de réaliser ses ambitions », résume-t-il.
Le PQ veut agir sur la consommation
Le Parti québécois (PQ) était l’un des deux seuls partis à avoir déposé un plan dédié aux questions environnementales à trois jours de l’ouverture du vote par anticipation. Le parti y dit qu’un gouvernement péquiste lèvera « les obstacles à l’action des citoyens, des municipalités, des entreprises, des producteurs agricoles, des institutions et des régions ».
Il y énonce une longue série d’engagements destinés à guider les consommateur·ices et les entreprises vers de meilleurs choix environnementaux, dont la mise en place de règles pour rendre plus circulaire l’économie québécoise, faciliter l’achat local, réduire le gaspillage d’énergie, améliorer la performance énergétique des bâtiments, accélérer l’électrification des transports, assurer la qualité de l’air, protéger et améliorer l’accès à l’eau et conserver le territoire.
Par contre, si le document affirme la vision du parti sur l’urgence climatique, déclarant plusieurs grands objectifs et énoncés de principe, il contient relativement peu de mesures concrètes assorties d’un budget chiffré.
La seule mesure environnementale du PQ qui se retrouve dans son cadre financier est sa promesse d’offrir une « passe mobilité » pour le transport en commun. Celle-ci serait universelle et fonctionnerait avec tous les services de transport collectif de la province et coûterait 95 $ par mois. Elle pourrait, selon le PQ, permettre d’économiser jusqu’à 2332 $ par année aux usagers qui paient présentement le plus pour leurs titres mensuels, soit les habitant·es de villes relativement éloignées de Montréal, comme Saint-Hyacinthe et Terrebonne, mais qui disposent d’un système de transport en commun pour les amener dans la métropole. La mesure qui serait aussi accompagnée d’une réduction des coûts du transport interurbain pourrait faire bondir la demande pour le transport collectif et mènerait à une modernisation rapide du réseau par effet de marché, selon les prédictions du PQ.
« C’est certain que le prochain gouvernement devra faire preuve de courage face à l’industrie forestière s’il veut respecter ses engagements de protection du territoire »
Martin Branchaud, SNAP Québec
La « passe mobilité » coûterait à l’État québécois 585 millions $ sur cinq ans qui seraient pris à même le FECC. Le parti souverainiste propose aussi de réformer le FECC pour « financer en priorité les mesures qui démontrent une contribution claire aux objectifs environnementaux du Québec ».
Il compte cesser de financer certains projets actuellement soutenus par le fonds à la hauteur de 450 millions $ par année pour les cinq prochaines années (1,8 milliard sur cinq ans) afin de compenser le coût d’une remise de la taxe sur l’essence. Celle-ci serait de 125 $ par année pour chaque personne gagnant moins de 40 000 $ par année, coûtant 1,8 milliard $ sur cinq ans au FECC.
Le PQ veut aussi diminuer de moitié la TVQ sur l’essence pendant un an, une mesure qui ferait baisser le prix à la pompe d’environ 7 cents le litre et coûterait 700 millions $ en revenu à l’État québécois.
Le PQ dit vouloir conserver l’objectif d’atteindre la carboneutralité en 2050, mais devoir conserver des objectifs mitoyens réalistes pour s’y rendre. Le premier des jalons que le parti s’impose est de réduire les émissions de GES de 42,5 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2034.
« Cet engagement, qui tient compte du contexte géopolitique actuel et des délais de mise en œuvre, sera assorti d’une accélération des actions après 2030, garantissant ainsi le maintien de notre trajectoire vers la carboneutralité », promet le plan du PQ.
QS: un plan à plus de 4 milliards $
Québec solidaire (QS) est de loin le parti qui offre le plus de mesures concrètes pour adresser les crises climatiques. Son cadre financier prévoit 4,18 milliards $ de nouvelles dépenses au cours des cinq prochaines années pour mettre en œuvre son plan de transition écologique.
De ce nombre, 840 millions $ sur cinq ans seront consacrés au transport collectif. QS veut offrir le transport en commun gratuitement pour les moins de 25 ans et les plus de 65 ans, réduire en général le prix des titres de transport et offrir une déduction d’impôt de 20 % sur ceux-ci, en plus d’investir dans le réseau existant et d’assurer que le financement du transport en commun soit au moins aussi important que celui du réseau routier. Le parti s’engage aussi à mener à bien les tramways de Québec et de Gatineau ainsi qu’à prolonger la ligne orange du métro de Montréal sur le territoire lavallois.
L’équipe solidaire souhaite aussi investir 640 millions $ sur cinq ans dans « l’électrification des voitures, l’autopartage et le transport actif » et « soutenir l’agriculture et les pêches pour une alimentation de proximité » à la hauteur de 830 millions $ sur cinq ans. Elle prévoit aussi 1,87 milliard $ sur cinq ans pour l’ensemble des autres mesures qu’elle propose dans son plan, allant d’une meilleure gestion des déchets à la protection du territoire, en passant par le développement de l’économie verte, l’amélioration de la performance énergétique des bâtiments et l’adaptation aux changements climatiques.
Sinon, parmi les mesures originales soutenues seulement par QS durant la campagne nous retrouvons : accorder un statut juridique particulier au fleuve Saint-Laurent afin d’assurer sa protection à long terme; protéger Hydro-Québec de toute forme de privatisation et fermer progressivement la porte au privé dans les projets de génération d’énergie; faire de la transition énergétique un projet de réconciliation en développant des partenariats avec les Premières Nations et les Inuits; réserver les aides financières gouvernementales aux entreprises respectant les normes environnementales et qui sont engagées dans une trajectoire crédible de réduction de leurs émissions; et exiger des compensations financières substantielles des grandes industries responsables de dommages causés à l’environnement.
« On a beau dire que ce n’est pas la priorité du moment, ça demeure un enjeu prioritaire, la crise de la biodiversité ne va pas disparaître, la crise climatique non plus, il faut vraiment s’y attaquer. »
Martin Branchaud, SNAP Québec
En plus des sommes liées à son plan de transition, QS prévoit la création d’un Fonds d’urgence climatique pour aider les communautés à se remettre des désastres liés à la météo extrême. Celui-ci serait alimenté à la hauteur de 500 millions $ par année.
Le parti se donne pour objectif de réduire les GES de la province par rapport à 1990 de « 37,5 % et idéalement de 45 % » d’ici 2030. Par courriel, le parti précise que cet objectif de rencontrer minimalement la cible abandonnée par la CAQ et d’essayer de faire mieux correspond aux recommandations du comité consultatif sur les changements climatiques, un groupe d’experts indépendants qui conseille le ministre de l’Environnement du Québec.
QS précise aussi qu’il souhaite réaliser son plan en s’assurant que le rythme de décarbonation s’harmonise avec la protection du pouvoir d’achat et la requalification de la main-d’œuvre, visant un objectif de zéro perte nette d’emploi en région en lien avec le remaniement de l’économie. « Les investissements nécessaires prendront un certain temps à se réaliser », souligne le parti par courriel.
Comme le PQ, QS veut redonner une partie des revenus recueillis par la tarification du carbone sur l’essence aux ménages les moins nantis, une formule qui coûterait 150 millions $ en 2027 et 160 millions $ par an les années suivantes, selon le parti.
Le PCQ mise sur le gaz
Le Parti conservateur du Québec (PCQ) identifie clairement la réglementation environnementale actuelle comme un frein à l’économie québécoise qui doit être combattu dans sa plateforme électorale. Les rares mentions de l’environnement dans sa plateforme viennent soit dans la section sur les ressources, où il évoque le besoin d’« un meilleur équilibre entre développement économique, sécurité énergétique, environnement et acceptabilité sociale », ou dans la section sur le fardeau administratif des entreprises. On peut y lire : « En additionnant les taxes sur la masse salariale, les cotisations, les droits, les écofrais, les redevances environnementales, les permis, les taxes foncières et municipales ainsi que les autres prélèvements, le coût de faire des affaires au Québec freine l’investissement, la croissance et la création de richesse ».
Le parti y évoque aussi que la prospérité permettra de « réduire la pauvreté, ce qui allège la pression sur l’environnement tout en favorisant la prospérité et l’épanouissement humain ».
Une des mesures phares du parti est d’autoriser la production et la transformation d’hydrocarbures, notamment du gaz de schiste, dans la province, ce que le gouvernement de la CAQ avait interdit.
« Ce qui est inquiétant, c’est le virage à droite pris par quasiment tous les partis pour des raisons électoralistes. »
Martin Branchaud, SNAP Québec
Le PCQ veut aussi retirer le Québec du Système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre (SPEDE) qu’il tient conjointement avec la Californie depuis 2013. Le parti souhaite aussi abolir la taxe québécoise sur l’essence pour une période d’au moins cinq mois, ce qui réduirait selon eux le prix à la pompe de 19,2 cents et priverait l’État de 570 millions $ en revenus.
Le parti s’engage aussi à revoir le régime forestier, notamment pour alléger la réglementation de l’industrie forestière.
Questionné par Pivot pour connaître ses cibles de réductions des GES, le parti ne nous était pas revenu au moment d’écrire ces lignes.
Le silence du PLQ
Il aura fallu attendre très tard dans la campagne pour que le Parti libéral du Québec (PLQ) mette de l’avant des propositions en matière d’environnement. Son site internet, qui met de l’avant plus de 80 engagements du parti, n’en présentait aucun lié à l’environnement avant le jeudi 24 septembre. Il a finalement dévoilé huit engagements environnementaux à trois jours du vote par anticipation, le lendemain du dernier grand débat télévisé.
Le cadre financier du parti ne contient aucune mesure chiffrée reliée à l’environnement.
Le PLQ affirme vouloir conserver la cible révisée par la CAQ de réduction des GES (- 37,5 % en 2035), clamant que leur « priorité sera de redoubler d’efforts pour l’atteindre plutôt que de modifier une nouvelle fois la cible ».
Le parti souhaite aussi garder la tarification du carbone dans sa forme actuelle tout en réformant la méthode d’attribution des montants du FECC.
« Réformer le FECC est souhaitable, mais si on s’en sert pour financer la dette, on peut comprendre pourquoi les gens se demandent ça sert à quoi le marché du carbone. »
Charles-Étienne Têtu, Equiterre
Sinon, il propose de mieux étudier nos ressources en eau afin de mieux les protéger, et d’investir pour aider les municipalités à rendre leurs infrastructures plus résistantes aux inondations. Le parti souhaite aussi dresser un inventaire québécois des PFAS, ces produits chimiques cancérigènes qui se bioaccumulent dans l’environnement et qui sont présents dans une foule de produits industriels, dont les poêles en téflon.
Le PLQ s’engage aussi à prioriser l’attribution des blocs d’énergie d’Hydro-Québec à des entreprises québécoises cherchant à décarboniser leurs activités plutôt que de les promettre à des entreprises étrangères pour les attirer ici.
Un virage à droite au pire moment
S’il est prêt à travailler avec chacun des partis pour assurer la protection des espèces dans la province, Alain Branchaud rappelle que le traitement des questions environnementales durant la campagne est un bien mauvais signe pour la suite.
« Ce qui est inquiétant, c’est le virage à droite pris par quasiment tous les partis pour des raisons électoralistes », résume-t-il.
« Ce n’est pas nécessairement la meilleure approche en ce moment avec les défis environnementaux auxquels on fait face. On a beau dire que ce n’est pas la priorité du moment, ça demeure un enjeu prioritaire, la crise de la biodiversité ne va pas disparaître, la crise climatique non plus, il faut vraiment s’y attaquer », conclut-il.
