Le seuil de revenu qu’une personne doit atteindre pour se permettre de vivre dignement augmente plus vite que le salaire minimum, les prestations d’aide sociale et l’inflation dans la majorité des grandes villes québécoises. Une réalité causée en grande partie par la flambée des loyers et qui témoigne de la dégradation des conditions de vie des Québécois·es à faible revenu.
En 2026, une personne seule vivant à Montréal doit gagner 41 585 $ après impôts et allocations pour atteindre le revenu viable, une mesure du seuil de sortie de la pauvreté publiée annuellement par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).
C’est 13 938 $ de plus que le revenu d’une personne qui travaillera toute l’année au rythme de 35 heures par semaine au salaire minimum, et ce malgré l’augmentation de 0,50 $ pour atteindre 16,70 $ l’heure à partir du 1er mai 2026. D’ailleurs, dans presque toutes les situations – à l’exception d’une famille monoparentale à Sherbrooke et d’une personne seule à Saguenay – les ménages des sept grandes villes du Québec prises en compte dans l’analyse de l’IRIS ont vu le seuil de revenu qu’elles doivent atteindre pour vivre dignement augmenter plus vite que le salaire minimum.
« C’était déjà impossible de subvenir à tous ses besoins en travaillant au salaire minimum, mais ce que ça veut dire c’est que ce sera encore plus difficile », remarque Eve-Lyne Couturier, auteure de l’analyse.
Cet écart entre la hausse du revenu viable et le salaire minimum se creuse depuis maintenant quatre années consécutives, ajoute la chercheuse.
« Les Québécois·es ont généralement l’impression que le salaire minimum est une sorte de pacte social suggérant qu’une personne qui travaille à temps plein pourra vivre dignement. Ce qu’on voit c’est que ce n’est pas le cas, même qu’on s’en éloigne, » ajoute-t-elle.
En fait en 2026, un salaire de 20 $ de l’heure et un horaire de 35 heures par semaine ne permettaient pas non plus d’atteindre le revenu viable en travaillant à temps plein dans chacune des villes incluses dans l’analyse. À 30 $ de l’heure, une personne seule peut sortir de la pauvreté dans toutes les villes sauf Sept-Îles. Par contre, ce même taux horaire n’est pas suffisant pour une famille monoparentale avec un enfant.
Deux parents travaillant trente-cinq heures à 30 $ et ayant deux enfants en CPE dépassent le revenu viable dans toutes les villes sauf Montréal et arrivent presque à égalité avec celui-ci à Gatineau. Des parents travaillant à 20 $ l’heure à temps plein atteignent le revenu viable dans aucune des sept grandes villes du Québec incluses dans l’analyse de l’IRIS.
Le revenu viable a également augmenté plus vite que l’inflation dans presque tous les cas.
Rappelons que la majorité des programmes d’aide aux démunis (aide sociale, revenu de base, solidarité sociale, aide pour contraintes sévères à l’emploi) sont indexés en fonction de l’inflation. En 2026 à Montréal, une personne seule qui doit compter sur l’aide sociale dispose d’un revenu qui ne correspond qu’à 30 % du revenu viable, selon les calculs de l’IRIS.
La flambée des loyers, principale responsable
Le coût du logement est le principal facteur qui pousse vers le haut le seuil de revenu viable à travers la province, remarque Eve-Lyne Couturier. « C’était aussi le logement l’année dernière et le logement l’année d’avant. Le coût du logement augmente à une vitesse qui est beaucoup plus rapide que l’inflation et même que les seuils fixés par le Tribunal administratif du logement (TAL) », rappelle-t-elle.
Le taux d’augmentation des loyers est plus important dans les villes où les loyers sont plus bas, comme à Sept-Îles et à Trois-Rivières, mais en chiffres absolus, les coûts réels il augmentent tout de même plus rapidement là où il est le plus élevé rappelle la chercheuse.
« À Montréal, on parle d’une augmentation de 9 % pour un cinq et demie ce qui représente près de 150 $ de plus, alors qu’à Trois-Rivières l’augmentation est de 13,5 %, mais ça ne représente qu’environ 50 $ parce que les loyers y sont beaucoup plus bas », illustre-t-elle.
À noter que l’IRIS utilise une mesure qui diffère du loyer moyen pour calculer le poids du logement dans son calcul du revenu viable. Elle ne correspond pas non plus à la moyenne des loyers disponibles sur le marché qui est généralement beaucoup plus élevée que la moyenne de l’ensemble des logements.
« La moyenne des loyers est influencée par le logement des personnes qui demeurent au même endroit depuis très longtemps qui paient beaucoup moins cher que celles qui viennent de déménager, notre méthodologie nous permet d’arriver en quelque sorte entre les deux », explique Eve-Lyne Couturier.
L’importance de la mobilité durable
En dehors du loyer, un autre des facteurs qui fait différer le revenu viable d’une ville à l’autre est la qualité du transport en commun dans chacune de celles-ci. En effet, si l’IRIS considère dans son calcul qu’une personne seule peut s’en tirer sans avoir de voiture dans six des sept villes de son analyse, cela n’est pas possible à Sept-Îles en raison de la quasi-absence de transport en commun. C’est également la seule ville où l’analyse considère qu’une famille avec deux enfants doit posséder une deuxième voiture pour subvenir à ses besoins de transport.
« En même temps, ça met en perspective à quel point les loyers sont rendus élevés à Montréal. Même si une famille n’a pas besoin d’une deuxième voiture, la différence de prix entre un cinq et demie [à Montréal par rapport à Sept-Îles] est telle que c’est l’équivalent de posséder une deuxième voiture », remarque-t-elle.
C’est pourquoi pour la première fois cette année, Montréal est la ville au Québec où le revenu viable pour une famille de quatre est le plus élevé à 88 812 $.

