Le 12 avril, la Global Sumud Flotilla a lancé une nouvelle mission maritime visant à briser le blocus illégal à Gaza imposé par Israël, à acheminer de l’aide humanitaire et à soutenir les efforts de reconstruction. Un millier de militant·es venu·es du monde entier, dont une vingtaine du Canada, prendront la mer au mois d’avril.
Dimanche dernier, les premiers bateaux de la flottille ont quitté le port de Barcelone, à destination de Gaza. D’autres partiront dans les prochains jours. Il s’agira de la plus grande flottille en soutien à Gaza à ce jour, composée de plus de 70 bateaux, soit une trentaine de plus que lors de la dernière tentative de bris du blocus israélien sur Gaza.
Il s’agit également de la plus grande délégation canadienne ayant participé à une telle mission maritime. Coordonnée par Global Sumud Canada et Canadian Boat to Gaza, la délégation rassemble une vingtaine de professionnel·les et de militant·es engagé·es dans des mouvements pro-palestiniens partout dans le pays.
« Ce qui distingue cette flottille des initiatives précédentes ne réside pas uniquement dans son ampleur inédite ou dans l’élargissement des solidarités internationales, elle porte également une vision politique alternative, celle d’un plan de reconstruction par des Palestinien·nes, soutenu par des réseaux de la société civile, des professionnel·les et des mouvements engagés à travers le monde », a déclaré Safa Chebbi, porte-parole et membre de la délégation canadienne, lors d’une conférence de presse tenue à Montréal le 18 mars dernier.
Elle soulignait que la mission s’organise en concertation avec les Palestinien·nes, la municipalité de Gaza et les acteurs civils sur le terrain, visant « une reconstruction fondée sur les droits des Palestinien·nes, leurs droits d’autodétermination et une solidarité internationale active refusant toute instrumentalisation politique ou coloniale », notamment le Conseil de la paix dirigé par le président étasunien Donald Trump qui exclut les voix palestiniennes et propose de prendre le contrôle de Gaza.
La délégation canadienne bénéficie d’un large soutien de la société civile, notamment d’une centaine de groupes et d’organismes à travers le pays, et de plusieurs député·es fédéraux·ales des partis libéral, néo-démocrate et vert.
« Il ne faut jamais croire que ce genre d’initiatives ne mène à rien. Au contraire, plus on insiste, plus on est nombreux. »
Safa Chebbi, Global Sumud Canada
Les crimes d’Israël se poursuivent
Les porte-parole de la délégation canadienne soulignent que le cessez-le-feu dans la bande de Gaza est extrêmement fragile et constamment violé par Israël.
Selon les derniers chiffres disponibles, en date du 11 avril, plus de 700 Gazaoui·es ont été tué·es par l’armée israélienne depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 11 octobre 2025.
Le passage de Rafah, la seule voie d’accès à Gaza sans passer par Israël et le plus important corridor humanitaire du territoire occupé, n’avait été partiellement ouvert que pendant une vingtaine de jours avant sa réouverture récente le 18 mars.
Cependant, l’entrée de l’aide humanitaire, notamment des fournitures médicales et des matériaux de reconstruction, reste strictement contrôlée par les autorités israéliennes et loin de répondre aux besoins pressants sur le terrain.
Plus de 90 % des hôpitaux dans la bande de Gaza ont été endommagés ou détruits par Israël, moins de la moitié sont opérationnels aujourd’hui, dont la plupart confrontés à une pénurie critique de fournitures médicales, selon l’ONU et l’Organisation mondiale de la santé.
De plus, Israël menace depuis fin décembre de suspendre les activités de 37 organisations humanitaires internationales opérant à Gaza, dont Médecins sans frontières et Oxfam, invoquant des raisons de « sécurité ».
« Il est important de souligner qu’il ne s’agit pas seulement d’une crise humanitaire, mais aussi d’une crise politique découlant de l’occupation, du blocus, du déni persistant des droits humains fondamentaux et des crimes de guerre commis par les forces de défense israéliennes », a dénoncé Jenny Kwan, députée néo-démocrate, lors d’une conférence de presse tenue au Parlement du Canada le 26 mars, en soutien à la délégation canadienne à la flottille.
« Quiconque détourne le regard ou garde le silence se rend complice. Je ne pense pas qu’il y a d’autre choix [que d’agir] pour quiconque se considère comme un être humain consciencieux », a lâché Shahid Mahmood, membre de la délégation, soutenant ses motivations pour participer dans la mission de Global Sumud Flotilla.
Complicité du Canada
« Lorsque les gouvernements refusent d’agir, les peuples s’organisent », a lancé Safa Chebbi, toujours en conférence de presse.
Pour les participant·es et ceux·elles qui les soutiennent, la mission porte également un message politique, visant à exhorter le gouvernement à agir concrètement pour mettre fin au blocus illégal à Gaza et à l’occupation illégale du territoire palestinien par Israël, ainsi que pour faire respecter les droits des Palestinien·nes conformément au droit international.
Iels pointent du doigt la complicité du Canada, qui ne cesse d’alimenter la machine de guerre israélienne.
Le 11 mars dernier, malgré les appels pressants de la société civile à un embargo complet et immédiat sur les échanges d’armes avec Israël, la Chambre des communes a rejeté le projet de loi C-233 déposé par la députée néo-démocrate Jenny Kwan, « loi visant à éliminer les échappatoires », qui aurait comblé une lacune qui permettent toujours aux exportations militaires canadiennes d’atteindre Israël via les États-Unis.
« [Les institutions et le gouvernement] ont le mandat, les moyens et l’obligation légale d’agir. Et pourtant, on continue d’assister à l’inaction, aux retards et à la complicité », a dénoncé Jenny Kwan en conférence de presse.
« On ne saurait non plus passer sous silence les tentatives du gouvernement canadien de criminaliser le soutien au peuple palestinien en tentant d’amalgamer l’opposition au projet colonial sioniste et l’antisémitisme », a également rappelé Diane Lamoureux de la Coalition du Québec URGENCE Palestine.
Missions précédentes
En 2025, la société civile internationale a multiplié les tentatives pour briser le blocus illégal imposé par Israël à Gaza, dont trois navires de la Freedom Flotilla Coalition, une flottille d’une quarantaine de bateaux de la Global Sumud Flotilla et de Thousand Madleens To Gaza, ainsi que la Marche mondiale vers Gaza, un convoi terrestre rassemblant des milliers de militant·es venu·es du monde entier.
À ce jour, aucune mission n’a encore pu atteindre Gaza. Les flottilles ont été systématiquement interceptées, voire attaquées, par les forces israéliennes dans les eaux internationales, en violation du droit international. Les militant·es à bord ont été enlevé·es et détenu·es en Israël, soumis·es à des traitements humiliants, des abus physiques et psychologiques, avant d’être expulsé·es vers leur pays d’origine.
« S’il y a une chose qu’on a apprise, c’est qu’on ne va jamais lâcher », a affirmé Safa Chebbi, ayant également participé dans la Marche mondiale vers Gaza l’été dernier.
« Il ne faut jamais croire que ce genre d’initiatives ne mène à rien. Au contraire, plus on insiste, plus on est nombreux. »
En effet, la flottille qui a levé les voiles dimanche compte près de deux fois le nombre de bateaux et de participant·es de la précédente, lancée en automne dernier par la Global Sumud Flotilla et Thousand Madleens To Gaza.
Les coordonnateur·trices de la mission actuelle affirment également avoir reçu beaucoup plus de candidatures que dans les missions maritimes précédentes, malgré les risques que cela implique.
« Les personnes qui s’y rendent sont conscientes des risques auxquels elles s’exposent. Et elles sont conscientes que, quels que soient ces risques, ils sont bien moindres par rapport à ceux auxquels sont confronté·es les Gazaoui·es en ce moment », a affirmé Ehab Lotayef, porte-parole de Canadian Boat to Gaza.
« Quiconque détourne le regard ou garde le silence se rend complice. Je ne pense pas qu’il y a d’autre choix [que d’agir] pour quiconque se considère comme un être humain consciencieux. »
Shahid Mahmood, membre de la délégation canadienne
Les participant·es sont d’avis que l’importance de telles initiatives réside non seulement dans leur objectif d’atteindre Gaza et de briser le blocus, mais aussi dans l’attention qu’elles attirent sur la situation à Gaza et dans la solidarité internationale qu’elles consolident.
Pour maintenir l’attention sur Gaza, ainsi que pour assurer leur propre sécurité, les participant·es exhortent le public à suivre les nouvelles de la flottille et à continuer à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils exigent la levée du blocus illégal et le respect des droits des Palestinien·nes.
Cet article a été produit grâce à la contribution financière de l’Initiative de journalisme local.
