Maïté Paradis Journaliste · Pivot
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Des organismes à travers la province se soulèvent contre le sous-financement du système communautaire dans le cadre du mouvement « Communautaire à boutte ». À Ahuntsic, des organismes axés entre autres sur l’accès au logement et les familles se sont regroupés pour demander de meilleures conditions de travail.

Face à une crise du logement, une hausse généralisée du coût de la vie et un accès restreint aux soins de santé, les organismes communautaires québécois sont « à boutte » d’être le seul filet social pour une quantité croissante de la population. Poussés à la limite de leurs ressources, des centaines d’entre eux participent à des moyens de pression du 23 mars au 2 avril, allant de la participation à des activités de visibilité en passant par la réduction des services et même la grève.

Ils exigent des conditions de travail décentes, un financement suffisant pour accomplir leur mission, une reconnaissance de leur travail, la protection de leur autonomie et un financement à la mission.

Des actions de visibilité ont eu lieu simultanément dans une quinzaine de quartiers montréalais le 25 mars, dont à Ahuntsic où environ 25 organismes desservent le secteur.

« On doit toujours réinventer des projets au lieu de maintenir ceux qui fonctionnent et qui répondent directement aux besoins de la population », dénonce Maria-Josée Vargas, coordonnatrice au Centre de ressources périnatales (CRP) Autour du bébé.

Elle n’est pas la seule qui décrit le manque de financement durable du milieu communautaire. Myriam George est directrice générale de Pause Famille, un organisme d’Ahuntsic qui offre des services aux familles avec un enfant de moins de 12 ans. Elle dénonce qu’à chaque fois que son collectif va chercher du financement par projet, des tâches sont ajoutées à son équipe déjà « à bout de souffle ».

Selon le mouvement Le communautaire à boutte, ce sont 179 organismes montréalais ont obtenu un mandat de grève pour deux semaines et rejoignent plus de 1500 organismes en grève partout dans la province.

L’argent à la mauvaise place

« Si on n’existe pas, ce sera au gouvernement de reprendre [cette charge de travail], exprime Charles Bussières-Hamel, coordonnateur au Comité logement Ahuntsic-Cartierville (CLAC). Dans notre cas, ce serait le Tribunal administratif du logement qui va se ramasser avec une marée humaine et ils ne seront pas capables [de gérer tout ça]. »

Bas de vignette : Charles Bussières-Hamel dans le métro Henri-Bourassa à l’occasion de l’action de visibilité pour le communautaire.

« Le milieu communautaire est tanné d’être un pourvoyeur de services mal reconnu, mal financé », énonce Brigitte Robert, chargée de projet à Solidarité Ahuntsic. Celle qui travaille depuis 23 ans dans le milieu communautaire du quartier dénonce la faible rétention du personnel dans ce domaine. Elle ne met pas la faute sur les jeunes, « parce que [le communautaire] ne permet pas d’avoir une belle qualité de vie », remarque-t-elle.

« On a vécu l’austérité en 2015, on a vécu des coupures en 2008, on vit des coupures chaque année, le milieu communautaire doit déposer des projets, des projets, des projets, mais un projet c’est éphémère », dit Brigitte Robert. « On doit toujours recommencer, mais on perd tout notre monde, on n’est pas capable d’avoir des garanties qui offrent un milieu de travail compétitif parce qu’on n’a pas de financement. »

« Quand c’est rendu que nos employés vont chercher de la bouffe [aux banques de dépannage alimentaire], il y a un problème », souligne l’employée de Solidarité Ahuntsic.

D’après des données de l’Institut de la statistique du Québec, les 10 300 organismes d’action communautaire de la province ont enregistré, en 2023, des revenus totalisant près de 9,8 milliards $. Le milieu comptait alors 137 000 employés, dont une majorité marquée (67 %) de femmes.

Les organismes communautaires québécois ont des missions sociales aussi nombreuses qu’elles sont variées. En 2023, les domaines de mission sociale principaux les plus fréquents étaient les sports, les loisirs et le tourisme (15 %), les arts, la culture et les médias (12,3 %) ainsi que le développement des enfants, des jeunes et des familles (10,3 %). Les moins répandus étaient le logement (2,1 %), l’environnement (3,6 %) et l’emploi (4 %).

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