Francis Hébert-Bernier Journaliste à l’actualité · Pivot
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Des collégien·nes et universitaires du Québec sont en grève du 23 au 27 mars pour dénoncer le manque de financement qu’iels observent dans le réseau d’enseignement supérieur québécois. Le mouvement, qui a déjà mené à certains gains, pourrait culminer en une plus grande mobilisation dans les prochains mois.

Environ 65 000 étudiant·es de cégep et d’université débrayent cette semaine pour lutter « contre l’austérité et la précarité étudiante ».

Le mouvement organisé par la Coalition de résistance pour l’unité étudiante (CRUES) est pour l’instant principalement composé d’associations étudiantes de la région de Montréal, mais son message résonne dans tout le Québec, selon ses porte-parole.

« C’est le fun de voir qu’on peut se rassembler à plusieurs et faire une différence. Pour l’instant, on n’est pas encore un mouvement à la grandeur du Québec, mais ça part bien », fait valoir Sarah Jeanne Marquis, de l’Association facultaire étudiante de science politique et droit (AFSPED) de l’UQAM.

« C’est une semaine de grève qui s’inscrit dans une escalade suite à une journée de débrayage et de manifestation à l’automne dernier. Mais on voit bien que le gouvernement n’est pas prêt à bouger, alors il va falloir continuer les efforts de mobilisation », remarque Elki Mercier, responsable à la coordination de la CRUES et étudiante à l’UQAM.

Concrètement, les grévistes revendiquent des réinvestissements massifs dans le réseau d’éducation post-secondaire, une réforme du système d’aide financière aux études pour que celui-ci permette réellement de joindre les deux bouts, et la rémunération des stages.

Un réseau négligé

« Je suis fier d’être ici et de supporter les étudiants qui ont le courage d’aller au front contre l’austérité et les mesures liberticides de la CAQ », remarque Benoît Lacoursière, professeur de science politique au Collège de Maisonneuve et représentant syndical des enseignants du cégep, rencontré par Pivot sur les lignes de piquetage.

« On est rendu qu’on doit limiter le nombre de personnes qui peuvent utiliser les gymnases parce que ce serait dangereux, ce n’est pas normal », remarque quant à elle Amélianne, une étudiante de sciences naturelles du Collège de Maisonneuve.

 « C’est important de lutter maintenant et de ne pas attendre que ça se détériore encore plus avant d’agir pour que ça change », poursuit-elle.

« L’austérité, c’est concret, on le vit directement tous les jours lorsqu’on nous demande de payer pour des activités qui devraient être gratuites ou simplement lorsqu’on réalise que le cégep n’arrive pas à nous fournir tous les services qu’il devrait », renchérit son ami Nourim.

Un gain à l’UQAM

Quatre des associations étudiantes de l’UQAM participent au mouvement de grève. En plus des revendications nationales, elles avaient aussi un enjeu local, celui de faire annuler de nouveaux « frais de rédaction et de thèse ». Ces frais d’environ 500 $ par session étaient imposés aux étudiant·es des cycles supérieurs depuis l’automne 2025.

Mercredi, le conseil d’administration de l’UQAM a décidé d’annuler ces frais et de rembourser les étudiant·es qui ont dû les payer à l’automne et au printemps.

« C’est la première fois depuis 2007 qu’un mouvement étudiant réussit à obtenir gain de cause! » s’enthousiasme Sarah-Jeanne Marquis.

« Mais on ne se fait pas d’illusions, ce sont 600 000 $ de moins dans le budget annuel de l’UQAM avec cette annulation et il y a de bonnes chances que ça se traduise en coupes dans les services aux étudiants ou en de futures hausses de frais. On doit rester vigilant·es », nuance-t-elle.

Démonstration de force du SPVM à Maisonneuve

Jeudi matin, après avoir obtenu la levée des cours sans trop d’opposition, une centaine d’étudiant·es du Collège de Maisonneuve ont quitté leurs lignes de piquetage et entrepris d’aller bloquer l’axe des rues Sherbrooke et Pie-IX. Une action visant à la fois la perturbation et la visibilité.

Quelques cégépien·nes en ont profité pour ramasser du matériel de construction sur le site du cégep pour monter une barricade sur le site de l’occupation.

Iels ont finalement à peine réussi à sortir du terrain du cégep que les forces de police les ont contraint·es à rebrousser chemin, usant de quelques coups de matraque et des gaz irritants.

Les cégépien·nes ont ensuite procédé à manifester dans les rues du quartier d’Hochelaga pendant moins d’une heure, escorté·es par une lourde présence policière. En tout, c’est près d’une vingtaine de véhicules du SPVM qui les suivaient et les encadraient dans les rues du quartier résidentiel.

Une démonstration de force qui n’est pas passée inaperçue des nombreux passant·es, qui soulignaient systématiquement le caractère abusif du déploiement. « Ben voyons, il y a plus de policiers de que de manifestants! » nous a confié une dame qui promenait son chien avant de démarrer sa journée en télé-travail.

Les cégépien·nes se sont finalement dispersé·es au métro Joliette, la majorité entreprenant d’aller rejoindre leurs camarades à l’UQAM.

Scène un, prise deux

En après-midi, un contingent d’environ 80 étudiant·es provenant principalement de l’UQAM ont entrepris d’occuper le coin des rues Sherbrooke et Saint-Denis. Encore une fois sous haute surveillance policière, iels sont cette fois parvenu·es à leurs fins pendant environ 45 minutes avant de se diriger vers l’UQAM dans le but de se dispercer.

Juste avant d’atteindre l’université iels ont été intercepté·es par les policiers du SPVM qui les ont empêché·es de procéder plus loin. Comme au matin, les policiers ont fait usage de la force, distribuant les coups de bâton et usant du poivre éritant, cette fois avec une vigueur et une intensité décuplée. Une personne a en plus été arrêtée.

La semaine de grève devrait culminer dans une manifestation de masse qui aura lieu vendredi à Montréal.

« Sinon, plusieurs associations ont le mandat de réfléchir à une éventuelle grève générale illimitée qui pourrait avoir lieu en 2027, mais pour l’instant, on n’est pas encore là », souligne Elki Mercier.

« C’est certain que la grève générale illimitée, c’est l’arme nucléaire. Mais ça fait plus de 40 ans que les gouvernements se succèdent et font une forme ou une autre d’austérité, c’est peut-être ça qu’ils ont besoin pour écouter », conclut-elle.

En attendant, certaines associations, dont l’Association des étudiant·es en philosophie de l’Université de Montréal (ADEPUM) et de l’Association générale étudiante du campus à Rimouski de l’Université du Québec à Rimouski (AGECAR), ont voté de poursuivre la mobilisation la semaine prochaine pour accentuer la pression sur le gouvernement en solidarité avec la grève du milieu communautaire.

Correction : Une version antérieure de cet article mentionnait que la manifestation près de l’UQAM s’était dispersée sans histoire ce qui n’est pas avéré. (2026-03-26)

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