Cette lettre, initiée par Solidarité sans frontières, a été endossée par 42 organismes, dont des organisations de défense des droits, ainsi que des regroupements communautaires et syndicaux.
À Tiohtià : ke/Montréal, des dizaines de milliers de Montréalais·es vivent et travaillent dans la peur d’être arrêté·es, tout en étant privé·es de leur dignité et de leurs droits humains. Ils et elles n’ont aucun droit politique, économique ou social. Ils et elles souffrent de la violence et de l’exploitation, tant sur leur lieu de travail que dans leur logement. Ils et elles n’ont aucun recours pour se défendre des abus et de la brutalité auxquels les expose leur absence de statut.
Que faites-vous pour représenter et défendre le droit des Montréalais·es sans papiers et de statut précaire à vivre et exister dans le respect de leurs droits les plus fondamentaux?
Nous, un réseau de sans-papiers et leurs allié·es, ainsi que toutes les organisations soussignées, vous demandons, Soraya Martinez Ferrada, de vous rallier à nous pour bâtir une ville sanctuaire pour les personnes migrantes, et de soutenir avec conviction et détermination la lutte pour la régularisation des sans-papiers et le statut permanent pour tous et toutes.
Face à l’accumulation brutale des mesures anti-migrant·es – l’augmentation des déportations, l’abolition du PEQ, le projet de loi C-12 qui ferme encore davantage les frontières et restreint considérablement le droit d’asile, l’allongement inhumain des délais de traitement des demandes humanitaires, les coupes dans le Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI) – nous vous demandons de faire de Montréal une véritable ville sanctuaire.
Protection face à la précarisation
Les personnes sans statut et à statut migratoire précaire sont parmi les membres les plus vulnérables de nos communautés, n’ayant accès ni à l’emploi, ni aux soins de santé, ni à l’éducation, ni à l’aide sociale.
La précarité et les crises de l’itinérance et du logement que vous souhaitez combattre affectent tout particulièrement les migrant·es. Nous vous demandons d’agir pour que leur soient garanties la dignité et l’accessibilité aux services essentiels et à la protection sociale.
Une ville sanctuaire doit avant tout protéger les personnes migrantes des arrestations et des déportations. Ainsi, alors que les médias nous exposent à la violence sans précédent qui s’abat sur les migrant·es, nous exigeons l’arrêt de la communication entre le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et l’Agence des services frontaliers canadiens (ASFC), agence frontalière équivalente à ICE.
Faire pression à Ottawa
De plus, nous souhaitons que notre ville, Montréal, fasse entendre sa voix et exige du gouvernement fédéral la régularisation des personnes sans-papiers et l’octroi du statut permanent pour toutes les personnes migrantes à statut précaire.
Soraya Martinez Ferrada, vous êtes la première femme racisée issue de l’immigration à exercer les fonctions de mairesse de Tiohtià : ke/Montréal. Lors de votre campagne, vous avez évoqué votre statut de réfugié et votre sympathie à l’égard de la communauté migrante. Votre voix doit maintenant s’élever pour défendre concrètement les migrant·es qui résident à Montréal et que vous représentez.
Face à la violence de Trump, face à la persécution et la criminalisation des migrant·es par le Canada et le Québec, nous réclamons une position forte et exemplaire des représentant·es des villes dans lesquelles nous vivons, étudions et travaillons. La solidarité que vous avez exprimée à l’égard de celles et ceux d’entre nous affecté·es par l’abolition du PEQ doit s’étendre à toutes les personnes migrantes de statut précaire, et encore davantage aux sans papiers qui sont extrêmement marginalisé·es.
Nous attendons de vous que vous représentiez toutes et tous les Montréalais·es, cela veut dire aussi celles et ceux parmi nous qui sont invisibles et sans papiers. Comme la pandémie l’a démontré, ces personnes à statut précaire font fonctionner les restaurants, les usines, les hôpitaux, et le secteur de la construction; prennent soin de leurs proches; et espèrent vivre dans la dignité et le respect de leurs droits humains fondamentaux.
Nous aimerions également attirer votre attention sur la situation particulièrement critique des femmes migrantes sans-papiers et à statut précaire. Elles sont exposées à l’exploitation et aux abus de toutes sortes sur leur lieu de travail, et n’ont pas accès aux soins de santé ni à la prévention – sans parler des suivis de grossesse qui leur sont tout simplement inaccessibles. Parmi elles se trouvent également des mères qui tentent de survivre tout en luttant pour leurs droits et leur dignité, ainsi que celle de leurs enfants. D’autres encore ne peuvent poursuivre leurs études en raison de leur statut. Garantir à toutes les migrantes l’accessibilité aux protections sociales fondamentales dont elles sont privées, et qu’elles ne seront pas arrêtées ni séparées de leurs proches, c’est faire en sorte que la lutte contre toutes les formes de violence que subissent les femmes ne reste pas lettre morte.
Madame la mairesse, nous demandons à vous rencontrer et vous partager la situation des personnes sans papier afin que vous puissiez agir maintenant pour mettre en place une vraie ville sanctuaire et contribuer à une solution permanente pour les migrant·es sans papiers et à statut précaire. Nous voulons un programme de régularisation continu et complet et un statut permanent pour tous et toutes. Nous réclamons une ville qui nous protège, nous soutient et nous écoute.
Nous exigeons la liberté d’exister, de circuler et de rester en toute égalité et dignité.
Signataires
- Academics and Staff for Palestine – Concordia
- Action Réfugiés Montréal
- Afrique au Féminin
- ASTTeQ Montréal
- Au bas de l’échelle
- Centre des femmes d’ici et d’ailleurs
- Centre des travailleurs et travailleuses immigrants (CTTI)
- CERAS (Forum sur l’Asie du Sud)
- Clinique pour la justice migrante
- Coalition pour le définancement de la police (DEFUND)
- Collectif Désinvestir pour la Palestine
- Comité Action Parc-Extension (CAPE)
- Comité d’Action des Personnes Sans Statut (CAPSS)
- Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL)
- Comité femmes du CTTI
- Concordia Student Union (CSU)
- Conseil central du Montréal Métropolitain – CSN
- Conseil Migrant
- Conseil régional FTQ Montréal métropolitain
- Femmes du monde à Côte-des-Neiges
- Front Antifasciste Populaire (Frontpop)
- Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
- Head & Hands
- Justice climatique Montréal
- L’Écho des femmes de la Petite-Patrie
- Le Collectif Bienvenue
- Le Québec c’est nous aussi
- Ligue des droits et libertés (LDL)
- Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA)
- Palestine Vivra – Montréal
- Palestinian Youth Movement (PYM) – Montreal
- Projet d’accompagnement solidarité Colombie (PASC)
- Quebec Public Interest Research Group – Concordia
- Quebec Public Interest Research Group – McGill
- Regroupement des tables de concertation de La Petite-Patrie
- Social Change and Solidarity program, Local Stream – Dawson College
- Soignons la justice sociale (SJS)
- Solidarité sans frontières (SSF)
- South Asian Diaspora Action Collective (SADAC)
- Centre Communautaire des Femmes sud-asiatiques
- Stella, l’amie de Maimie, Montréal
- Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI)
- Voix juives indépendantes – Montréal (IJV-MTL)