Lorsqu’ils ont plus de marge de manœuvre financière, les plus riches d’entre nous tendent à s’endetter davantage alors que les moins nantis tendent plutôt à rembourser leurs dettes, selon une nouvelle analyse de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques. Une meilleure redistribution de la richesse pourrait donc contribuer à renforcer l’économie en plus d’avoir des effets bénéfiques sur les inégalités.
Augmenter le revenu disponible des plus pauvres en augmentant l’impôt sur le revenu des plus riches pourrait « réduire à la fois l’endettement des ménages ainsi que les risques que fait peser cet endettement sur la prospérité économique québécoise future », selon une analyse de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Le revenu disponible correspond au salaire restant après impôts et cotisations auquel on ajoute les programmes d’aide et de subventions.
Cette dynamique s’explique principalement du fait que l’endettement a un effet direct sur le niveau de consommation des ménages, et donc sur leur contribution à la vigueur de l’économie.
Selon l’étude, augmenter de 10 % l’endettement des ménages au Québec entraîne une réduction de la consommation d’environ 165 millions $ sur quatre ans, ce qui mène en retour à une diminution du produit intérieur brut (PIB) d’environ 448 millions $ sur la même période.
Les plus riches achètent, les moins fortunés remboursent
Toutefois, les différentes tranches de la population ne se comportent pas de la même façon face à leur dette.
Selon l’analyse, la consommation du 20 % les plus riches n’est pas significativement affectée par leur niveau d’endettement et le 40 % le plus pauvre augmente même légèrement sa consommation lorsqu’il s’endette plus. Une situation probablement attribuable au fait que les gens avec de plus faibles revenus utilisent souvent le crédit pour financer leur consommation de base.
« Mais ce sont aussi les personnes qui consomment le moins, donc naturellement l’impact de leur consommation sur l’économie reste limité, » observe Raphaël Langevin, chercheur à l’IRIS et auteur de l’étude.
Par contre, les ménages entre ces deux pôles, soit ceux qui, selon les données de 2022 de l’Institut de la statistique du Québec, avaient un revenu familial annuel après impôts de 58 101 $ à 121 300 $, réduisent considérablement leur consommation à mesure qu’ils s’endettent davantage.
« Puisque ce sont ceux qui dépensent le plus, l’impact de leur consommation est plus important sur l’économie du Québec. En quelque sorte, l’endettement de cette partie de la population nous fait courir un risque collectif, parce qu’il impacte la croissance économique, qui s’ajoute au risque individuel que prennent les personnes qui contractent des dettes », ajoute le chercheur.
Mais surtout, l’analyse de l’IRIS démontre que les personnes avec ce niveau de revenu tendent à s’endetter plus lorsqu’elles disposent de plus de revenus, donc le simple fait de réduire leur revenu pourrait, à moyen et long terme, mener à une diminution de leur dette.
« D’un seul coup de crayon, d’un simple décret, le gouvernement pourrait agir sur l’endettement des ménages et renforcer l’économie. »
Raphaël Langevin, IRIS
« C’est une relation entre le revenu disponible et l’endettement qui reste très peu étudiée et donc difficile à expliquer », prévient Raphaël Langevin. « Mais on peut penser que ces personnes, lorsqu’elles ont plus de revenus, en profitent pour acheter des actifs comme de l’immobilier et qu’elles engendrent ainsi plus de dettes », poursuit-il.
Cette relation particulière entre le revenu disponible et l’endettement est unique à cette tranche mitoyenne, parce que les 20 % les plus riches ne changent pas vraiment leur rapport à l’endettement lorsque leur revenu augmente et qu’au contraire, les gens appartenant au 40 % le moins riche profitent généralement des hausses de revenu disponible pour rembourser une partie de leurs dettes, démontre l’analyse de l’IRIS.
Une meilleure redistribution des revenus, qui viendrait prendre une part du revenu disponible du 60 % le plus riche pour le redonner au 40 % du bas de la distribution, aurait donc le double avantage de diminuer l’endettement des plus pauvres et de la tranche mitoyenne du même coup.
« Donc c’est un lien qui est assez mécanique. D’un seul coup de crayon, d’un simple décret, le gouvernement pourrait agir sur l’endettement des ménages et renforcer l’économie. Il suffirait de revoir les tables d’imposition et on atteindrait ces effets désirables », conclut le chercheur.