Itinérance dans les médias : donnez-nous du contexte!

Partager

Itinérance dans les médias : donnez-nous du contexte!

Les biais dans la couverture médiatique des enjeux d’itinérance ont des conséquences bien réelles.

Une photo, un titre choc, un reportage diffusé en boucle : chaque fois que l’itinérance fait les manchettes, ça participe à façonner l’image et la compréhension qu’on a du phénomène. Ça influence nécessairement les décisions politiques et ce, sans ancrage réel avec les réalités des personnes premières concernées. Dans les dernières années, la présence plus visible de la détresse des personnes qui vivent des situations d’itinérance dans l’espace public a attiré l’attention médiatique; les reportages et les chroniques se sont multipliés. C’est dans ce contexte que la semaine dernière, le milieu communautaire en itinérance montréalais s’est réuni pour faire le point. Des constats clairs sont ressortis face à la couverture journalistique de l’itinérance. 

Une couverture médiatique qui fait mal

D’un côté, il y a une hypervisibilité médiatique de ce qu’on appelle les inconvénients liés à l’itinérance et de l’autre, une invisibilisation des causes du phénomène et des réalités des personnes qui la vivent. Une augmentation de la déshumanisation des personnes est constatée. On les présente comme des nuisances, comme un danger, comme de la saleté. L’itinérance et les personnes qui la vivent sont dépeintes comme quelque chose à diluer, à contenir, à effacer. 

Dans les couvertures journalistiques, des affirmations erronées sont parfois présentées comme des faits, les organismes communautaires en itinérance sont relayés à des groupes d’intérêts avec peu de crédibilité, et les personnes premières concernées ne sont que rarement entendues au-delà des anecdotes. Or, les experts du phénomène de l’itinérance sont justement ces personnes qui la vivent. Pourquoi n’écoutons-nous presque jamais leur parole sur les enjeux, sur les besoins? 

Les impacts sur le terrain sont clairs. Pour les personnes, plus de stigmatisation, de la discrimination dans l’accès aux soins, du racisme vécu et un sentiment d’exclusion. Pour les organismes, des milliers de dollars et une énergie immense dépensés dans la gestion de crise médiatique au lieu d’aider les personnes. Un climat de méfiance, d’hypervigilance, et de repli sur soi s’installe. C’est normal dans un contexte où on voit des actes de violence envers des collègues : se faire huer, traquer, insulter dans les lieux publics par les personnes logées mécontentes. Nous avons même vu des fermetures de services et l’abandon d’ouverture de projets nécessaires suite à des levées de boucliers de quelques citoyens, amplifiées par la couverture médiatique. 

Comment s’améliorer?

Qu’est-ce que l’itinérance, réellement? Les médias ne présentent qu’un aperçu de cette réalité, en offrant très rarement une analyse plus large du phénomène. Comment un consommateur de nouvelles peut-il espérer bien comprendre les causes structurelles de l’itinérance si on ne lui offre jamais le contexte historique, le contexte de désinvestissement, si on présente toujours l’itinérance comme une accumulation d’anecdotes et d’histoires individuelles? 

Nos souhaits sont simples : journalistes, donnez-nous les outils pour avoir une meilleure compréhension du monde qui nous entoure. On ne peut parler d’itinérance autochtone sans parler de discrimination, de pensionnats, de génocide. On ne peut parler d’une femme qui dort dans son auto sans parler des coupures historiques dans les programmes en logement. On ne peut parler de personnes en crise dans le métro sans parler de désinvestissement et d’austérité dans le système de santé.

Donnez-vous la peine de mieux connaître l’organisme sur lequel vous braquez les projecteurs. Assurez-vous de vérifier les faits rapportés, même lorsqu’il s’agit d’une citation. Donnez-vous le temps et les moyens de parler directement aux personnes expertes du vécu, qui ont toutes des perspectives uniques et qui devraient constituer les sources premières de tous les articles qui analysent leurs conditions de vie. Le rôle du journaliste est crucial afin d’informer la population des enjeux sociaux complexes qui exigent des actions politiques. Une chose sur laquelle tout le monde semble d’accord, c’est qu’il est inacceptable que nos voisins et voisines n’aient pas accès à des conditions de vie dignes. Si on veut réellement agir, il faut commencer par mieux comprendre. Et pour mieux comprendre, il faut raconter autrement. Responsabiliser. Contextualiser. Humaniser.

Joannie Veilleux, Alexandra Tanguay et Catherine Marcoux font partie du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)