Gaza : pourquoi fête-t-on les années?

Ce n’est pas l’âge qu’on célèbre, c’est le fait d’avoir survécu.

24 ans de vie, plus de 700 jours de survie.

Je me demande qui je serais si j’étais née ailleurs. Qu’est-ce que la sécurité aurait été pour moi? Comment aurais-je fêté mon anniversaire?

Aujourd’hui, ce n’est pas un anniversaire comme les autres. Je ne ressens pas la joie habituelle.

Cette journée me rappelle tout ce que j’ai traversé cette année et tout ce à quoi j’ai survécu. Je repense à ma dernière fête d’anniversaire, en novembre 2022. À l’époque, je croyais que la vie suivait son cours, je riais avec ma famille, mes ami·es étaient autour de moi, et la sécurité semblait normale, presque acquise.

Aujourd’hui, tout est différent.

Les rues que je connaissais ont changé, ma famille et mes amis ont été marqué·es par la peur, les pertes et les déplacements…

Vieillir

Et moi, je suis devenue quelqu’un d’autre, façonnée par les jours de guerre, par les nuits de crainte et par la nécessité de survivre. Entre cette date et celle d’aujourd’hui, il ne s’est pas écoulé seulement 365 jours, mais trois ans. Chaque jour a laissé sa trace, et chaque souvenir a un poids que je porte encore.

En plus de 700 jours de guerre, j’ai vieilli plus que durant mes 21 années précédentes.

Ces 21 années auraient dû suffire pour apprendre à vivre. Mais en plus de 700 jours, j’ai appris à survivre.

Je n’ai pas grandi, j’ai vieilli.

J’ai appris à emballer ma vie dans un petit sac. À calmer un enfant tremblant à cause des explosions.

À attendre des heures dans des files pour du pain et de l’eau, parfois pour rien. J’ai appris que du pain rassis peut être plus délicieux qu’un festin, lorsqu’on le partage avec quelqu’un qu’on aime.

J’ai appris à fuir la mort, à perdre des visages que je n’ai jamais pu revoir, à comprendre que certains silences pèsent plus que le bruit des bombes.

Survivre

Être née à Gaza signifie que ta première berceuse est le bruit d’un missile. Que tu passes tes anniversaires sous le rugissement des avions. Que tu grandis parmi les ruines.

Cette année a été remplie de violences, de déplacements, de privations et de pertes. Une année entière où j’ai dû faire face à des situations que je n’aurais jamais imaginées. Et pourtant, je suis encore là.

Mon vrai triomphe n’est pas d’avoir atteint un an de plus ni d’avoir réalisé un objectif. Mon triomphe, c’est d’être encore vivante. Chaque jour où je continue, malgré tout, est un acte de survie.

En plus de 700 jours de guerre, j’ai vieilli plus que durant mes 21 années précédentes.

Aujourd’hui, lorsque je marque cette année, je ne fais pas de vœu traditionnel. Mon vœu s’est déjà réalisé : je suis encore là pour raconter mon histoire.

Je célèbre ma force, ma capacité à continuer malgré les difficultés et le fait que je peux encore espérer un avenir meilleur.

Ce n’est pas juste une année de plus dans ma vie. C’est une année gagnée sur tout ce qui a voulu m’arrêter.

Je suis toujours là. Et ça, c’est déjà beaucoup.

Vous pouvez faire un don pour soutenir Sarah Emad et ses proches.
L’argent amassé doit aider sa famille à évacuer Gaza.

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