D’Israël au Canada : l’inversion du Mal

Cessez-le-feu ou non, en Israël comme au cœur de l’Empire, l’extrême droite est bien installée et compte bien détruire les « Autres » et l’opposition politique.

Au moment d’écrire ces lignes, on souligne un peu partout dans les médias le possible accord de cessez-le-feu entre le Hamas et l’armée d’occupation israélienne. Presque deux ans jour pour jour après les attaques du 7 octobre 2023 qui ont servi de casus belli aux croque-morts de la Knesset pour finaliser leur projet de nettoyage ethnique de la bande de Gaza.

Sans surprise, dans les Médias des Gens de Bien, on a généralement mis l’accent sur les actions du Hamas, comme s’ils étaient les responsables de l’ampleur de la riposte israélienne. Pourtant, n’importe qui avec un peu plus de perspective qu’une andouillette sait très bien que Netanyahou et ses alliés de l’extrême droite n’attendaient que ce genre de prétexte pour justifier d’en finir avec le peuple palestinien. Le cessez-le-feu? Ne nous laissons pas berner.

D’autant que la bénédiction états-unienne leur a été octroyée sans limites ni conditions depuis déjà longtemps, sans compter la folie trumpienne de vouloir transformer le territoire palestinien en « Gaza-Lago ». On peut donc douter des bonnes intentions du médiateur américain.

Et puis l’assaut décomplexé de l’État contre ses ennemis intérieurs et extérieurs n’est pas le propre d’Israël, s’inscrivant plutôt dans une tendance mondiale. D’ailleurs, il existe mille et un parallèles entre ce qui se passe au cœur de l’empire états-unien et ce qu’on voit en Israël.

Prenons quelques exemples.

Définir un ennemi avec lequel en finir pour de bon : le peuple palestinien pour l’un, les démocrates et les immigrant·es pour l’autre.

Déployer une force d’occupation militaire dans les portions de territoire peuplé par cet ennemi : Gaza et la Cisjordanie pour l’un, les grandes villes démocrates et peuplées de nouveaux arrivant·es pour l’autre.

Les élites antagonisent et dépeignent comme adversaires non pas les fossoyeurs d’Humanité, mais ceux et celles qui s’y opposent!

Pactiser avec le Diable et créer des alliances machiavéliques avec les pires fanatiques : dans les deux cas, l’extrême droite religieuse.

Employer une rhétorique avilissante visant à déshumaniser l’ennemi désigné.

Commettre des crimes de guerre et s’en laver les mains en se soustrayant au droit international.

Mais le pire de ces parallèles est conséquemment celui qui permet aux régimes Trump et Netanyahou de poursuivre leur œuvre de terreur et de destruction.

La complaisance et la complicité tacite des élites politiques occidentales et des Médias des Gens de Bien, qui antagonisent et dépeignent comme adversaires non pas les fossoyeurs d’Humanité, mais ceux et celles qui s’y opposent!

« T’es de quel bord? »

« Hey, t’es de quel bord, toé? »

Cette petite question en apparence anodine et qui semblait souvent prononcée en guise de boutade, je l’ai reçue et entendue souvent, de la part d’autres militaires, lors de mon déploiement au sein de la force d’occupation atlantiste en Afghanistan il y a déjà plus de quinze ans.

Avec le recul, je dirais qu’elle reflétait quelque chose de pourri au sein de notre contingent, une sorte de racisme exprimé à travers l’idée que derrière toute personne afghane – civils, militaires, policiers, interprètes, travailleurs pour notre compte, etc. – se cachait un insurgé taliban ou un de leurs sympathisants.

Ceux et celles d’entre nous qui socialisaient un peu trop avec eux au goût de certain·es passaient au pire pour des possibles traîtres à surveiller, au mieux pour des idéalistes naïf·ves qui refusaient l’évidence que nous étions en guerre même avec la population que nous étions censé·es être venus aider.

Remarquez que c’était la même chose en Bosnie alors que la population était largement blanche – mais musulmane, donc on avait affaire à un nid probable de terroristes, bien sûr.

Cette anecdote, j’y repense périodiquement ces jours-ci, car je la trouve emblématique de la perception publique généralisée de ceux et celles qui s’élèvent contre les forces mortifères du capitalisme, du racisme, du fascisme et de l’impérialisme.

Il existe mille et un parallèles entre ce qui se passe au cœur de l’empire états-unien et ce qu’on voit en Israël.

Dans les larges tribunes des Médias des Gens de Bien, on laisse des polémistes d’extrême droite traiter les militant·es anti-génocides de suppôts de l’islamisme radical.

Et pendant ce temps, chez les déconnecté·es branché·s d’Urbania qui semblent prendre le pouls du monde en lisant dans les feuilles de sencha bio, on aborde l’extrême droite comme une espèce de curiosité sociale et politique. On applaudit le cabotin d’Infoman quand il rigole de bon cœur avec des crapules comme Jean Charest, Pierre Fitzgibbon et notre gérant de charcuterie déguisé en premier ministre.

À l’inverse, on ridiculise les forces anti-obscurantistes. François Cardinal, éditorialiste en chef de La Presse, ne rate jamais une occasion pour nous rappeler que pour lui, les médias « militants » sont une plus grave menace au débat public que la normalisation des discours fascisants. Il a réussi par ce triple salto intellectuel à faire aussi piètre figure que Philippe Lorange – un de ces dilettantes adhérant à l’esthétique du penseur parisien qu’on fait passer pour la nouvelle garde des « jeunes intellectuels conservateurs » – quand il a subordonné l’urgence climatique à l’islam comme menace civilisationnelle!

Sans la moindre entrave, CHOI, la Radio Libre des Mille Conneries, continue de polluer les ondes avec sa propagande cheap, mais efficace, s’en prenant à tout ce qui n’est pas un bon banlieusard de droite.

Bref, cette injonction à refuser leur humanité aux Afghan·es, elle se reflète dans le traitement qu’inflige aux militant·es de gauche la société des respectables. 

À la solde des forces obscurantistes

Chez les politiques, Mark Carney gratte lui-même le vernis progressiste avec lequel on l’a beurré épais pendant la dernière élection et redevient le grand banquier sioniste qu’il a toujours été au contact du amerikanischer Führer.

François Legault maintient ouvert le bureau du Québec à Tel-Aviv et repart en croisade contre « l’islamisme », comme si on s’en ennuyait!

Paul St-Maurice-Duplessis continue de jouer à un jeu dangereux en accélérant la spirale identitaire dans laquelle il fera sombrer le Parti québécois, et il nous fait miroiter un Québec-pays qui sera à la solde états-unienne, alors qu’il se refuse à puiser dans le riche héritage anti-impérialiste du mouvement indépendantiste. Rien de surprenant, donc, à le voir tolérer comme il le fait l’entrisme d’organisations d’extrême droite comme Nouvelle Alliance dans les rangs du PQ.

Pendant ce temps, on traine Ruba Ghazal, Québec solidaire et les organismes indépendantistes progressistes dans la boue parce qu’ils adhèrent à l’idée d’une indépendance forgée dans ce qui a de plus beau et de plus profond chez l’humain, soit la solidarité dans la lutte contre les réels empêcheurs de liberté!

Il serait temps de voir qu’ici comme ailleurs, les élites politiques et médiatiques ne sont en fait que les baise-la-bague d’un Empire prêt à tout pour régner sur un champ de ruines.

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