Oser lutter, oser vaincre

Judith Lefebvre Chroniqueuse · Pivot
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Oser lutter, oser vaincre

La victoire de Zohran Mamdani aux primaires démocrates pour la mairie de New York pave la voie à une nouvelle tactique électorale socialiste.

Contre toute attente, le candidat à la mairie de New York pour le Parti démocrate sera le premier musulman, le premier Indien et le premier socialiste à briguer ce poste.

Zohran Mamdani a pourtant été l’objet d’une critique constante et acerbe du camp MAGA comme du camp démocrate, pour ses positions anti-sionistes en particulier.

En fait, l’ancien rappeur et militant syndical était tellement critiqué dans les médias traditionnels qu’il était quasiment impossible de réellement connaître ses propositions pour la ville avant sa victoire de mardi. Depuis, l’establishment découvre avec horreur une plateforme faite de gratuité des transports, de protections accrues pour les minorités et de gel des loyers.

Les électeur·trices de la Grosse Pomme qui ont plébiscité le champion des chauffeurs de taxi l’ont donc fait pour des raisons qui échappent aux canaux officiels du pouvoir. Et c’est bien normal, puisque c’est son intégrité qui l’a rendu populaire – une valeur qui est étrangère à ces institutions.

Faire communauté

Sans accès aux canaux traditionnels pour communiquer sa plateforme avec ses concitoyen·nes, l’équipe de Mamdani s’est rabattue sur deux stratégies : la mobilisation en personne et les médias sociaux.

On fera certainement grand cas dans les prochaines semaines de la campagne virtuelle du candidat et elle vaut certainement la peine de s’y intéresser. Mais il y a peut-être plus à dire sur le travail de terrain déployé lors de cette campagne financée par les dons individuels.

Zohran Mamdani tisse des solidarités réelles et fait confiance à l’intelligence du public.

Le candidat et son équipe ont sillonné les rues de la ville pour faire du porte-à-porte, évidemment, mais ils sont aussi allés à la rencontre des gens dans leur milieu de vie. Zohran s’est rendu sur place, dans les communautés, là où les gens s’entraident et tissent leur lien social. Face à face avec les électeur·trices, il a écouté patiemment leurs critiques et a pris le temps de leur répondre. Une personne à la fois.

Quand il se fait accuser d’antisémitisme, il rappelle avec éloquence les violences vécues par la communauté juive new-yorkaise, la plus grande au monde. Il ne met pas les minorités en opposition, il tisse des solidarités réelles et fait confiance à l’intelligence du public.

Parce qu’il est si profondément ancré dans la ville et ses communautés, personne n’a pu douter de son émotion quand il a finalement admis le coût psychologique que prend la campagne de salissage à son égard.

Élire des camarades

Mais le fait le plus frappant de cette candidature exceptionnelle dans un paysage politique dominé par l’opinion et les sondages, c’est la sincérité de son engagement. Mamdani n’a pas peur de se battre et ne s’excuse pas de le faire.

Pour le candidat, la lutte s’inscrit dans le corps et dans l’espace d’abord.

Il était des gens qui ont fait la grève de la faim pour effacer la dette des chauffeurs de taxi en 2021, alors qu’une vague de suicide emportait les membres de la Taxi Workers Alliance en raison de dettes exorbitantes. Il a marché aux côtés de ses adelphes juif·ves et palestinien·nes pour mettre fin au génocide qui dure depuis bientôt 19 mois.

Mamdani n’a pas peur de se battre et ne s’excuse pas de le faire.

Pendant sa campagne, il est allé dans des rassemblements et des manifestations pour montrer son soutien aux revendications populaires qu’il porte au sein des institutions.

Zohran Mamdani n’est pas un simple politicien, c’est un camarade.

Et à New York comme ailleurs, le peuple sait très bien que ce sont les politicien·nes qui ont créé les nombreuses crises qui menacent nos vies et notre dignité.

Avec l’approche des élections provinciales de 2026, on ne peut qu’espérer que Québec solidaire prenne des notes et laisse enfin son aile gauche faire campagne. Il y a encore des camarades de bonne volonté qui veulent se battre, mais si les politicien·nes du parti ne se laissent pas convaincre, il faudra les dépasser d’une façon ou d’une autre.