
La Couronne a demandé mardi de condamner à un mois de prison Olivier Huard, récemment reconnu coupable d’avoir bloqué, avec d’autres, le terminal pétrolier de Valero à l’automne 2022. Il s’agit d’une requête plus sévère que pour ses co-accusé·es, puisque la Couronne estime qu’il aurait eu un rôle de meneur. Olivier Huard est candidat pour le Parti vert dans les actuelles élections fédérales, tout comme son co-accusé Jacob Pirro.
Le procureur de la Couronne, Me Olivier Sirard, a réclamé une peine d’emprisonnement de 30 jours contre le candidat du Parti vert du Canada, Olivier Huard pour son implication dans un geste de désobéissance civile ciblant une installation pétrolière. Alternativement, il a aussi suggéré que l’activiste purge une peine d’emprisonnement à domicile, pendant 90 jours.
La Couronne, qui avait déjà manifesté ses intentions lors d’audiences précédentes, a présenté sa requête devant le juge Randall Richmond de la Cour municipale de Montréal mardi après-midi, alors que la cour doit débattre de la sentence d’Huard.
Olivier Huard est aussi candidat pour le Parti vert dans la circonscription de La Pointe-de-l’île.
« Tout le monde est surpris de la proposition du procureur », a réagi Olivier Huard en entrevue avec Pivot lundi.
L’objectif d’une telle sentence, « c’est la dissuasion », explique-t-il, mais dans le contexte de crise climatique « c’est futile : ils peuvent nous donner autant de jours de prison qu’ils veulent, ça ne va dissuader personne. »
« On trouve que c’est vraiment dommage d’instrumentaliser la prison comme le procureur le fait », dénonce-t-il.
« C’est injuste et manifestement déraisonnable », a plaidé l’avocate de la défense, Me Barbara Bedont. « Les accusés et M. Huard ne sont pas des criminels […] Ils se soucient de la société, ils ne veulent faire de mal à personne. »
En octobre 2022, Olivier Huard avait occupé, aux côtés d’une dizaine d’activistes écologistes, le terminal pétrolier de Valero, dans la circonscription où se présente Olivier Huard. Les activistes du collectif Antigone, à l’origine de l’action, avaient paralysé le terminal pendant 24 heures. Douze personnes avaient été arrêtées.
Les activistes demandaient l’arrêt complet du pipeline 9B d’Enbridge, qui achemine du pétrole en provenance de l’Alberta et est responsable de plusieurs déversements.
Le 14 mars dernier, dix activistes ont été trouvé·es coupables de méfait et d’entrave à un agent de la paix, et cinq d’entre eux et elles ont aussi été trouvé·es coupables d’introduction par effraction. Les activistes avaient plaidé non coupables, invoquant la « défense de nécessité », affirmant que de tels gestes de désobéissance civile sont nécessaires afin de garantir l’avenir face à la crise climatique.
Une peine plus sévère
Le 18 mars dernier, le procureur a demandé une peine de travaux communautaires pour les autres militant·es, parmi lesquel·les figure un autre candidat du Parti vert, Jacob Pirro, qui se présente dans Hochelaga–Rosemont-Est.
Me Bedont réclame que les peines soient les mêmes pour tous les activistes, dont son client.
La Couronne demande toutefois une peine plus sévère pour Olivier Huard, considérant qu’il aurait joué un rôle prédominant dans le blocage, notamment du fait qu’il est le plus « âgé parmi le groupe ». Le procureur argue qu’il aurait enjoint des jeunes à participer à une action risquée, ce qu’a nié la défense.
En entrevue avec Pivot lundi, Olivier Huard a aussi vivement rejeté ces accusations. « Comme dans toutes les actions similaires, c’est une co-responsabilité : on prend tout à charge égale, il n’y a pas de chef, c’est horizontal », défend-t-il. « Ce n’était pas moi le chef la journée de l’action, pas plus que les autres. »
« Les activistes ont occupé le terminal pour attirer l’attention des médias, et pour tirer la sonnette d’alarme », a défendu Me Bedont. « Ce n’est pas un crime odieux qui mérite une peine d’emprisonnement. »
Elle a rappelé que ce genre d’action doit être différencié de celles menées par le convoi de la liberté à Ottawa, défendant que l’action à Valero était un geste de désobéissance civile « pacifiste et peu dérangeant » motivé par la perception d’urgence dans un contexte de crise climatique.
Le procureur a également plaidé qu’Olivier Huard, qui avait obtenu une absolution dans une autre affaire remontant à 2013, devrait obtenir une peine plus sévère en raison des risques de récidives.
Olivier Huard avait participé au blocus du site de construction d’une centrale hydro-électrique à Val-Jalbert. Lui et les autres activistes avaient plaidé coupables et obtenu une peine de travaux communautaires.
Dans son argumentaire pour qu’Olivier Huard obtienne une absolution conditionnelle, la défense a soutenu que son récent engagement politique à travers le Parti vert du Canada devrait être « encouragé ». « Je préfère que les gens s’engagent politiquement qu’en commettant des crimes », a acquiescé le juge Randall.
Les sentences du militant écologiste et de ses co-accusé·es devraient être déterminées d’ici le 28 avril, date qui coïncide avec la tenue des élections fédérales. L’avocate de la défense a toutefois demandé de devancer cette date dans le cas d’Olivier Huard, ce qu’a refusé la cour.
Dans l’éventualité d’une peine d’emprisonnement, le Parti vert du Canada a indiqué qu’il continuera de soutenir son candidat.
Tendance carcérale
Olivier Huard et deux autres activistes impliqué·es dans le procès Valero, Michèle Lavoie et Jacob Pirro font face à d’autres accusations de méfait dans le cadre d’un autre procès, cette fois en lien avec le blocage du pont Jacques-Cartier en octobre dernier.
Iels demandaient au gouvernement fédéral d’adhérer au traité de non-prolifération des combustibles fossiles, de mettre fin à l’utilisation de ces énergies d’ici 2030 et de créer une agence nationale de gestion des urgences pour répondre aux catastrophes climatiques, dont les feux de forêt et les inondations qui continueront d’être plus fréquentes dans le futur.
Les trois militant·es avaient été emprisonné·es pendant plusieurs jours, une première au Québec pour un geste de désobéissance civile et avaient vivement dénoncé leurs conditions de détention.
En entrevue avec Pivot, Olivier Huard avait aussi alors parlé de « commande politique », après que le ministre de la Sécurité publique du Québec, François Bonnardel, ait fortement dénoncé le geste de désobéissance civile.
Mise à jour : Cet article, d’abord publié lundi pour présenter les intentions du procureur et la réaction de l’accusé, a été mis à jour mardi après le début des audiences afin de rapporter les propos tenus en cour. (01-04-2025)




