
Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire et co-porte-parole masculin de Québec solidaire, se retire de ses fonctions, puis ne sera plus député après les prochaines élections provinciales. C’est ce que Pivot a appris mercredi et qui a été officiellement annoncé jeudi.
Gabriel Nadeau-Dubois (GND) a annoncé jeudi qu’il quitte son rôle de co-porte-parole masculin et de chef parlementaire de Québec solidaire (QS) et ne sera pas candidat aux élections provinciales qui doivent se tenir au plus tard en octobre 2026. Il continuera toutefois à siéger comme député solidaire de la circonscription de Gouin.
C’est ce que Pivot a appris mercredi soir d’une source bien au fait du dossier. GND a confirmé la nouvelle jeudi à 13 h lors d’une conférence de presse pour laquelle il avait promis « une annonce importante concernant son avenir politique ». Il a finalement fait savoir qu’il « quittera la vie politique à la fin de son mandat ».
Gabriel Nadeau-Dubois était en congé parental depuis la naissance de son deuxième enfant au début du mois de décembre. Lundi, sur la plateforme X, il annonçait être « de retour en fonction ». Il précisait toutefois qu’il demeurait à Montréal pour la semaine « pour des raisons familiales » et qu’il serait à l’Assemblée nationale la semaine prochaine.
Un départ après des crises
Devant les journalistes, jeudi, GND a expliqué que son congé parental lui avait donné l’occasion de « faire le bilan de [s]on engagement des quinze dernières années » et de « prendre une décision ».
Il a expliqué qu’il se retirait de ses responsabilités au sein de QS parce que les « crises successives ont laissé des traces », surtout au cours des deux dernières années. « Je suis usé », a-t-il lâché.
Rappelons que le co-porte-parole masculin a été ciblé par les critiques de collègues, dont au premier chef l’ex-députée Catherine Dorion et l’ex-députée et ex-co-porte-parole féminine Émilise Lessard-Therrien, qui ont dénoncé la place jugée excessive qu’il prenait au sein du parti ainsi que l’approche plus modérée et traditionnelle qu’il aurait imposée à QS.
Pour GND, « il est devenu évident que les choses ne fonctionnent plus ». Or, « alors que la droite radicale progresse partout autour de nous, les Québécois méritent un parti de gauche uni et animé d’un nouveau souffle », a-t-il exposé. « Il faut que ça bouge et je laisse ma place pour permettre à de nouvelles figures d’émerger. Les progressistes en ont bien besoin », croit-il.
« Les deux dernières années, je ne peux pas les ignorer et elles me font la démonstration que je ne suis plus la bonne personne pour animer ce parti en allant de l’avant. »
Gabriel Nadeau-Dubois
Le politicien de 34 ans a reconnu qu’en quinze ans, depuis ses débuts comme porte-parole étudiant lors de la grève étudiante de 2012, il avait « changé, pris de la maturité et un peu d’expérience ». Mais « je suis resté animé par les mêmes valeurs de justice et de dignité humaine », a-t-il aussi assuré.
Le député solidaire a dit avoir pris graduellement conscience qu’« on ne peut pas juste contester les gens au pouvoir, mais que les gens avec des idées progressistes doivent aussi eux-mêmes être au pouvoir », ce qui exigerait d’« avoir un plan de match et de prioriser ».
Questionné sur la manière plus précise dont il envisageait ce plan de match qui permettrait de former un gouvernement de gauche, GND s’est contenté de dire qu’au fil des crises qui ont agité son parti, il avait été « transparent » à ce sujet. « C’est bien connu où je loge. »
En effet, au printemps 2024, après la démission fracassante et les critiques de sa co-porte-parole Émilise Lessard-Therrien, il avait présenté en vue d’un congrès du parti sa vision pour l’avenir de Québec solidaire. Il avait défendu une refonte complète de QS pour en faire un « parti de gouvernement ».
Il proposait notamment de rendre la structure « plus efficace » et de se doter d’un chef. Sur le plan du programme, il proposait une vision plus « pragmatique » et insistait déjà pour « prioriser » certaines batailles plutôt que d’autres.
« C’est bien connu où je loge. »
GND
Cette sortie avait été critiquée par certain·es au sein du parti comme une proposition de recentrage idéologique et un alignement sur la manière dominante de faire de la politique. Les signataires d’une lettre estimaient que cette manière de faire n’était pas gagnante, à un moment où la population demanderait plutôt des alternatives fortes à l’ordre établi.
Interrogé ce jeudi à savoir si son départ de QS risquait de miner le parti, Gabriel Nadeau-Dubois s’est voulu rassurant. « L’avenir de Québec solidaire, ça ne tient pas à si j’en fais partie ou pas. Ça tient aux choix que ses membres et sa direction vont faire », a-t-il posé, disant vouloir demeurer en marge des prochains débats et décisions.
Du militantisme étudiant à la politique
En 2010, alors qu’il est étudiant en histoire à l’UQAM, Gabriel Nadeau-Dubois intègre l’exécutif de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) en tant que secrétaire aux communications. L’ASSÉ, dissoute en 2019, représentait une frange plus radicale du mouvement étudiant, défendant une approche syndicale et de combat.
En 2012, le rôle de porte-parole de GND durant la grève étudiante fait du jeune syndicaliste une figure médiatique du mouvement. Il est, avec Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la Coalition large de l’ASSÉ (CLASSE), une coalition temporaire regroupant 67 associations et représentant 100 000 étudiant·es et qui revendique la gratuité scolaire.
La grève, qui s’est prolongée de février à septembre 2012, atteint un sommet en mars, alors que près de 300 000 étudiant·es de la province sont en grève.
En 2016, Gabriel Nadeau-Dubois participe au projet Faut qu’on se parle, avec d’autres personnalités telles que Maïté Labrecque-Saganash, une militante crie, Aurélie Lanctôt, une militante féministe, Will Prosper, militant anti-raciste et co-fondateur de Montréal-Nord Républik, et Jean-Martin Aussant, économiste et ancien chef du parti souverainiste Option nationale.
Cette initiative organise des « assemblées de cuisine » et des consultations dans toutes les régions du Québec. L’exercice a pour objectif de lancer un débat citoyen sur divers enjeux tels que la place de l’éducation, la démocratie et la transition écologique. Les discussions mènent à la publication de l’essai collectif Ne renonçons à rien.
En mars 2017, Nadeau-Dubois annonce qu’il rejoint Québec solidaire. Quelques semaines plus tard, le 21 mai, il devient co-porte-parole masculin du parti, aux côtés de Manon Massé. Il est ensuite élu député de la circonscription de Gouin, dans le centre de Montréal, à l’élection partielle du 29 mai. Il est réélu aux élections suivantes avec près de 60 % des voix.
Recentrage et critiques
Les dernières années ont été plus houleuses pour le chef parlementaire de QS.
En novembre 2023, Catherine Dorion, ancienne députée de QS dans Taschereau, publie un livre sur son expérience au sein de la formation politique de gauche, intitulé Les têtes brûlées. Ce livre est très critique de Gabriel Nadeau-Dubois et du pouvoir qu’il exerce au sein du parti.
Malgré les remous causés par la sortie du livre, Nadeau-Dubois remporte un vote de confiance lors du congrès du parti tenu le même mois à Gatineau. Il récolte alors l’appui de 90 % des délégué·es.
En avril de l’année dernière, Émilise Lessard-Therrien quitte ses fonctions de co-porte-parole féminine de QS après seulement quatre mois en poste. Dans le texte qu’elle publie sur Facebook, elle dénonce « une petite équipe de professionnel·les tissée serrée autour du porte-parole masculin ».
Le chef parlementaire reçoit l’appui de ses collègues et annonce dans le même temps son désir que le parti effectue un virage « pragmatique » afin que Québec solidaire soit en mesure de gagner des élections et former un gouvernement.
Mise à jour : Cet article, d’abord publié pour révéler les intentions de Gabriel Nadeau-Dubois de quitter son poste, a été mis à jour après l’annonce officielle afin de rapporter les propos tenus à cette occasion. (20-03-2025)



