Sur X, le co-porte-parole du Parti québécois en matière de diversité et citoyenneté, Stephan Fogaing, a mis en doute le travail de Pivot. Il avance que l’article « PSPP veut-il mettre fin à la liberté académique? » manque de sources et que de nombreux « articles et documentaires » confirment la véracité des propos tenus par le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon lors de son passage au balado Frenchcast, démentis par Pivot.
Stephan Fogaing ne pointe aucune erreur factuelle dans notre article. Si c’était le cas, nous les corrigerons conformément à notre politique.
Le militant péquiste affirme toutefois que l’article de Pivot se base sur des sources « limitées » pour réfuter ou relativiser différentes informations véhiculées par Paul St-Pierre Plamondon. Inversement, il affirme que de nombreuses sources confirmeraient les dires de son chef.

Il est vrai qu’il existe des articles publiés par plusieurs médias qui rapportent des informations similaires à celles véhiculées par PSPP lorsqu’il parle de ce qui s’est produit au collège Evergreen, aux États-Unis, en 2017. Or, ces articles reprennent la version des événements du professeur Bret Weinstein sans la questionner.
Dans cette version, ce professeur blanc aurait courageusement dénoncé l’interdiction pour les personnes blanches de se présenter sur le campus. Des étudiant·es « wokes » auraient intimidé ce professeur jusqu’à ce qu’il perde son emploi.
Mais un tour d’horizon plus complet des informations et des sources montre que l’histoire est différente.
Une « journée sans les blancs », c’est faux
Traditionnellement, à Evergreen, les personnes racisées sont invitées à participer à des ateliers sur le racisme à l’extérieur du campus lors d’une « journée d’absence » annuelle. En 2017, le comité organisateur suggère d’inverser les rôles. Les personnes blanches sont invitées, sur une base volontaire, à des ateliers à l’extérieur du campus.
Il est faux de dire que le collège Evergreen voulait faire une journée « sans les blancs ». Pourtant, c’est ce qui est avancé par Paul St-Pierre Plamondon. C’est le propos d’un « documentaire » de Sanglier Sympa, un influenceur anonyme de droite, dont le chef du Parti québécois fait la promotion en ondes.
Selon la directrice des services multiculturels d’Evergreen à l’époque, Rachida Love, le comité organisateur avait pris cette décision en signe de solidarité avec les étudiant·es issu·es de communautés marginalisées qui se sentaient de moins en moins accueilli·es sur le campus.
Une version archivée de la page Web annonçant l’événement est disponible. Il y est clairement écrit que les activités hors-campus sont pour les « allié·es » et invite les personnes intéressées à assister « au programme de leur choix ».
En affirmant qu’il refuse de participer à la « journée d’absence », le professeur Bret Weinstein refuse une chose que personne ne lui impose. Rachida Love affirme avoir écrit au professeur Weinstein pour lui expliquer l’activité et a offert de le rencontrer. Il n’a pas donné suite à son courriel.
Un conflit qui dépasse le professeur Weinstein
La version « anti-woke » de l’affaire Evergreen réduit le conflit à une atteinte à la liberté d’expression du professeur Weinstein. Pourtant, les tensions raciales étaient déjà bien présentes sur le campus avant la fameuse « journée d’absence », comme en témoigne cet article du Seattle Times.
Les manifestations, dont l’une a perturbé un cours de Bret Weinstein, ont été déclenchées non pas par la publication d’un courriel du professeur dénonçant la « journée d’absence », mais pas l’arrestation de deux jeunes noirs sur le campus.
Trois professeur·es du collège Evergreen ont publié une lettre dans le Huffington Post. Ici aussi, on peut lire que l’histoire est plus complexe que la version rapportée par Bret Weinstein.
Selon ces professeur·es, sa participation à l’émission de Tucker Carlson, alors animateur à Fox News et figure influente de la droite identitaire américaine, a jeté de l’huile sur le feu. En ne corrigeant pas le mensonge voulant que les personnes blanches étaient exclues du campus, il a contribué à faire déferler un torrent de haine sur Evergreen.
L’intimidation n’est pas qu’une affaire de « wokes »
Le chef du PQ a déploré le climat d’intimidation instauré par le « wokisme ». Il s’agirait, selon lui, du « modus operandi » de la gauche radicale, c’est-à-dire la méthode privilégiée par celle-ci pour faire passer ses idées.
Paul St-Pierre Plamondon ne sait peut-être pas que le campus d’Evergreen a dû être fermé à la suite de menaces jugées crédibles par la police proférées par une organisation d’extrême droite.
Un groupe d’extrême droite, Patriot Prayer », a organisé une manifestation sur le campus. Ce groupe manifeste régulièrement avec les Proud Boys, une organisation déclarée terroriste au Canada, ainsi qu’avec la milice d’extrême droite des Three Percenters.
Cette année-là, la collation des grades d’Evergreen a dû être déplacée en raison du risque pour la sécurité.
Un autre documentaire qui reprend des faussetés
Dans son commentaire à Pivot, Stephan Fogaing cite le documentaire Aux origines du « wokisme ».
Celui-ci débute avec une intervention de Pierre Valentin, auteur du livre Comprendre la révolution woke. Ce dernier affirme d’emblée que lors de la journée en question, « les blancs sont interdits de campus ». On sait que c’est faux.
Pierre Valentin affirme aussi que des étudiant·es armé·es de bâtons de baseball étaient à la recherche de « suprémacistes blancs et de Bret Weinstein en particulier » sur le campus.
Selon ce qu’on peut déduire des informations disponibles, un groupe d’étudiant·es s’est formé pour patrouiller sur le campus à la suite des menaces proférées par l’extrême droite à l’encontre de la population étudiante. Puis, Weinstein a affirmé qu’il était visé.
Dans le texte publié par les trois membres du personnel d’Evergreen cité plus haut, on peut lire que « les bâtons de baseball étaient problématiques et contre-productifs, et après une discussion avec l’administration et des membres du corps professoral, les étudiant·es les ont déposés ».
Des questions légitimes
Pour défendre les erreurs et les propos controversés tenus par son chef, Stephan Fogaing rappelle que la conversation de Paul St-Pierre Plamondon au balado Frenchcast était non scriptée. C’est en général le cas lors d’entrevues.
De plus, la réponse de PSPP sur la manière d’agir contre le « wokisme » à l’université soulève des questions légitimes.
PSPP pourrait devenir le prochain premier ministre du Québec. Il évoque la volonté de se « réapproprier démocratiquement le contenu en éducation » et évoque une commission parlementaire avec des citoyen·nes appelé·es à se prononcer sur l’enseignement à l’université pour contrer les excès idéologiques.
Qu’est-ce que cela veut dire concrètement? Il est légitime de demander à un chef de parti si cela ne va pas à l’encontre de la liberté académique de demander à l’État de décider qui est un·e « vrai·e » professeur·e et qui est « militant·e ».
Pivot a écrit au chef du PQ pour solliciter une entrevue. Après un premier refus, nous lui avons donné l’occasion d’éclaircir ce point spécifique. Nous n’avons pas eu de réponse.