Misogynie et queerphobie : comment combattre l’anxiété?

Anne-Sophie Gravel Chroniqueuse · Pivot
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Misogynie et queerphobie : comment combattre l’anxiété?

L’entrée en poste de Donald Trump et la montée de la droite de notre côté de la frontière riment avec « anxiété » pour plusieurs. Quelques suggestions pour canaliser cette angoisse.

Les actualités qui nous proviennent des États-Unis depuis l’investiture du président Donald Trump se multiplient à une vitesse folle.

Les déportations massives de migrant·es, l’abandon des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion, le recul des protections et des droits pour les personnes trans, ou encore l’appui enthousiaste de Trump et de son vice-président au mouvement anti-avortement ne sont que quelques exemples qui laissent entrevoir un portrait peu reluisant (et peu sécuritaire!) des États-Unis de demain.

Il peut être assez anxiogène de voir apparaître ces nouvelles à la chaîne sur le fil d’actualité de notre téléphone, d’autant qu’elles coïncident avec plusieurs actualités québécoises et canadiennes qui attestent ici aussi d’une montée de l’intolérance, notamment de la misogynie, de la transphobie et de l’homophobie.

Les mouvements et gouvernements conservateurs dans plusieurs provinces rivalisent de bigoterie en s’attaquant aux droits des personnes trans et non binaires, dans les systèmes d’éducation et de santé en particulier. L’arrivée potentielle à Ottawa d’un gouvernement tout aussi hostile aux femmes et aux minorités de genre risquerait d’aggraver encore la situation.

Si la menace d’une guerre tarifaire avec le Canada a déjà encouragé plusieurs Canadien·nes à privilégier les achats locaux, qu’en est-il de notre pouvoir face aux menaces qui planent sur les droits des femmes et des personnes de la communauté LGBTQ+? Comment apporter notre soutien et transformer notre inquiétude en résistance?

Investir des lieux hors de Meta

Plusieurs utilisateur·trices de X (anciennement Twitter), Facebook, Instagram et Threads ont évoqué, dans les derniers jours, une volonté de se détacher des plateformes de Mark Zuckerberg et d’Elon Musk pour plutôt migrer vers des applications alternatives, notamment le nouveau réseau social Bluesky.

Commencer à reconstituer son réseau hors Meta est une mesure qu’il faut probablement amorcer plus tôt que tard, d’une part pour la portée symbolique du geste, mais aussi pour ne pas se retrouver le bec à l’eau si les plateformes Facebook et Instagram deviennent aussi inhospitalières que l’est devenu X après son rachat par Elon Musk, qui a fait de la plateforme une facilitatrice des discours haineux et des idéologies d’extrême droite

L’utilisation de plateformes où il est possible de partager des contenus journalistiques peut d’ailleurs constituer une bonne manière de contrer la désinformation au Québec et au Canada, où Meta bloque depuis plus d’un an la publication et le partage de nouvelles.

Comment apporter notre soutien et transformer notre inquiétude en résistance?

Bluesky est un sosie de X, mais il y a fort à parier que des alternatives à Instagram ou à Facebook verront le jour prochainement.

D’ici là, Instagram semble encore être un lieu où peut s’incarner une forme de résistance, et il est tout à fait correct de ne pas encore se sentir prêt·e à le déserter, d’autant que les communautés d’abonnements ou les algorithmes construits au fil du temps permettent encore (pour l’instant) d’avoir accès à du contenu engagé et de le relayer.

Attention, toutefois, de bien penser à contre-vérifier les actualités avant de les repartager.

Choisir qui on encourage

Les récents décrets et prises de position que multiplient Donald Trump et son administration semblent clairs quant à leur manière de concevoir l’organisation sociale genrée.

Entre le renvoi de Linda Fagan, la première femme à avoir dirigé l’une des branches de l’armée américaine, et la tendance du président et de son entourage à blâmer les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion pour tout et n’importe quoi, le gouvernement Trump parait considérer que seuls les hommes (qu’il choisit) ont les compétences nécessaires pour diriger.

Il peut être anxiogène de voir apparaître ces nouvelles à la chaîne sur le fil d’actualité de notre téléphone.

Dans les dernières semaines, plusieurs compagnies (notamment Walmart, Amazon et McDonald’s) ont annoncé suivre l’impulsion du président Trump et ont décidé d’abandonner elles aussi leurs politiques de diversité et d’inclusion – ce que plusieurs personnes considèrent comme une démonstration d’hypocrisie : sous d’autres gouvernements, plusieurs de ces entreprises s’affichaient pourtant comme alliées des causes féministes, des personnes racisées et de la communauté LGBTQ+.

Et on sait que les politiques de diversité sont en recul ici aussi, au Québec, malgré que des études fassent état de résultats positifs chez les entreprises qui les mettent en place.

Ainsi, choisir de diminuer notre consommation des produits des entreprises qui mettent la hache dans l’inclusion est aussi une façon d’afficher notre refus de l’intolérance et de la haine.

Changer de lentille

Pour calmer notre sentiment d’impuissance, il peut être salutaire de se détacher parfois de notre vision macro pour se concentrer sur ce qui se passe tout près de nous.

Mettre de l’énergie là où on a un contrôle immédiat : faire un don (même de quelques dollars) à un organisme communautaire du quartier, avoir une discussion avec ses enfants pour les sensibiliser à l’importance de la tolérance et de l’égalité des chances, prendre le temps d’échanger avec nos proches lorsque l’intolérance et la violence deviennent trop lourdes à porter seul·es.

Ce sont des gestes qui comptent et qui, de surcroît, nous permettent de transposer une forme d’engagement dans le réel, et non seulement dans les sphères numériques.

Nous avons encore le pouvoir de faire les choses autrement.

Et malgré notre souci de rester informé·e, il ne faut surtout pas oublier de s’autoriser des moments pour se reposer et pour décrocher des fils d’actualités : l’épuisement ou le sentiment de panique pouvant être causés par ce bombardement de mauvaises nouvelles sont bien réels et il faut faire preuve de douceur envers soi au cœur de ce tumulte.

Par-dessus tout, adoptons une posture d’appui et d’empuissancement envers celles et ceux qui prennent la parole autour de nous pour dénoncer la discrimination et l’intolérance dans nos différents milieux.

Luttons contre une logique cynique ou fataliste qui accorderait d’emblée la victoire à un gouvernement de droite aux prochaines élections fédérales.

Si l’adage veut qu’il faut « diviser pour mieux régner » – Trump l’a définitivement bien compris –, nous avons encore le pouvoir de faire les choses autrement. Et c’est entre autres en refusant l’isolement et l’antagonisation, et en étant résolument ensemble que nous continuerons de faire jaillir la lumière dans les ténèbres.