Les célébrations du Nouvel An sont à peine derrière nous qu’elle semble déjà avoir un goût amer, cette nouvelle année 2025.
Aux États-Unis, entre l’imminent retour au pouvoir de Donald Trump, les tribulations d’Elon Musk – qui pourrait cette fois faire l’acquisition de TikTok – et le récent changement de cap de Mark Zuckerberg et de sa compagnie Meta, le portrait du pouvoir de demain est pour le moins préoccupant.
Et les répercussions ne s’arrêteront pas aux frontières de nos voisins du Sud.
Le boys club ultime
Dans un article paru cette semaine dans le quotidien français Libération, la professeure et autrice féministe Martine Delvaux met en garde contre cette « broligarchie », qu’elle définit comme le « temps des “bros”, des frères ultrariches, ultrablancs, ultrapuissants, arrivés tout droit de la Silicon Valley pour s’asseoir, avec Elon Musk, l’homme le plus riche au monde, à la droite de Donald Trump ».
Les milliardaires contrôleront plus que jamais le monde.
Rappelons que Musk doit faire partie de l’administration Trump, qui l’a placé à la tête d’une agence informelle sur « l’efficience gouvernementale ». Au total, treize milliardaires seront du cabinet, un record.
Ensemble, ces milliardaires qui se serrent déjà les coudes pour maintenir leur impunité contrôleront plus que jamais le monde comme des enfants impétueux qui jouent à la guerre. Ils laisseront libre cours à la viscérale tension qui les habite, entre leur soif intarissable de conquête et leur angoisse à l’idée de voir le pouvoir leur glisser entre les doigts.
Place à la désinformation
Et ils sont déjà posés sur l’échiquier, les premiers pions. À elle seule, la transition assumée vers la droite de Mark Zuckerberg et de sa compagnie Meta constitue un énorme drapeau rouge pour le climat numérique, social et politique à venir à court ou moyen terme.
Après avoir mis en place en 2016 une politique de vérification des faits pour contrer les fausses nouvelles et la désinformation suite à la première élection de Trump, Meta a effectivement annoncé la semaine dernière un changement de cap majeur.
Un exercice sain de la démocratie doit faire aller de pair la liberté d’expression et la diversité et la qualité de l’information.
La nouvelle a fait grand bruit, puisque sur les plateformes Facebook, Instagram, Threads et WhatsApp, les vérificateur·trices de faits céderont leur place à des « notes de la communauté », une manière très léchée de dire que démêler le vrai du faux pourrait devenir assez difficile pour les utilisateur·trices.
La nouvelle politique ne touche pour l’instant que les États-Unis, mais si Meta globalisait cette décision, les effets pourraient être dévastateurs à l’échelle mondiale. Imaginons seulement un Québec ou un Canada où, sur les plateformes de Meta, tous les contenus d’actualité et les contenus des médias d’information sont bloqués… mais où la désinformation aurait libre cours.
Misogynie et homophobie au programme
Zuckerberg ne s’arrête pas à la vérification des faits, puisqu’il a aussi annoncé la fin de la politique de diversité et d’inclusion chez Meta, ce qui s’aligne avec la montée des discours de droite et les visées « anti-wokes » du Parti républicain.
En plus de mettre la hache dans les politiques d’égalité à l’emploi, Zuckerberg promet de « simplifier » certaines politiques de modération du contenu en lien avec les sujets de l’immigration et du genre. Un revirement qui permettra de faire la part belle aux discours haineux – notamment le racisme, la misogynie et l’homophobie – sur la sphère numérique de Meta. Il ne sera par exemple plus proscrit d’accuser les personnes LGBTQ+ d’être « malades mentales », a annoncé Meta.
Avec les propos qu’a tenus Mark Zuckerberg au balado The Joe Rogan Experience pour prôner un retour de « l’énergie masculine » dans l’entrepreneuriat, il y a de quoi s’inquiéter sérieusement pour les droits de toutes les personnes qui ne sont pas des hommes blancs cisgenres.
Meta s’aligne avec la montée des discours de droite et les visées « anti-wokes » du Parti républicain.
Cette nouvelle coïncide tristement, au Québec, avec la diffusion des résultats d’une récente enquête du Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS-Montréal), qui atteste d’une hausse inquiétante de l’intolérance à la diversité sexuelle dans les écoles québécoises. Celle-ci aurait doublé depuis 2017 : aujourd’hui, 40 % des jeunes sondé·es se disent par exemple « mal à l’aise » à l’idée d’apprendre que leur meilleur ami serait gai.
Cette hausse ne serait pas étrangère à la montée des discours masculinistes sur les réseaux sociaux, dont plusieurs influenceurs américains, mais aussi québécois sont des figures de proue.
De quoi Mark Zuckerberg a-t-il réellement peur?
Dans la vidéo où le fondateur de Facebook annonce le changement de cap de sa compagnie, il prétexte vouloir accorder la priorité à la liberté de parole. Voilà qui nous amène à l’un des principaux nerfs de la guerre : la droite conservatrice américaine cache ses visées répressives sous le noble étendard de la liberté d’expression.
Bien sûr, la liberté de parole est l’un des piliers fondamentaux de la démocratie. Par contre, on a souvent tôt fait d’oublier qu’un exercice sain de la démocratie fait aller de pair la liberté d’expression et la diversité et la qualité de l’information.
Mais était-ce réellement de la censure, dont avait peur Zuckerberg? Des expert·es rappellent qu’en 2021, Trump avait menacé d’emprisonner le propriétaire de Meta en réaction à son bannissement de Facebook après les attaques contre le Capitole.
Mark Zuckerberg a vendu l’une des assises de la démocratie, de même que la sécurité de milliers de personnes, contre sa protection personnelle et la sauvegarde de sa position sociale et économique.
Le ton de la nouvelle ère Trump est donné : il sera très difficile de contredire ou de tenter de maintenir certains remparts contre l’hubris du 47e président des États-Unis.
Au risque de paraître pessimiste, il est actuellement difficile de ne pas se sentir comme si on s’enfonçait dans une périlleuse période d’obscurantisme et d’oppression.