Les immigrant·es. Après les avoir rendu·es responsables de « voler nos jobs » et de mettre en péril notre sacro-sainte « laïcité », ce sont maintenant nos logements qu’on les accuse de « voler ».
C’est comme si nous n’avions pas assez de nos boss bien québécois pour exploiter notre force de travail, du catholicisme bien de chez nous pour nous inculquer sa morale chrétienne, ou encore des proprios radins pour prendre la moitié de notre chèque de paie en échange d’un logement trop souvent frette en hiver.
Au cours de l’année 2024 qui s’écoule et se terminera prochainement, ce mythe des immigrant·es qui nous priveraient de « nos » habitations a été partagé par plusieurs politiciens, dont notre premier ministre François Legault et le chef du Parti québécois (PQ) Paul St-Pierre Plamondon.
Visant à rendre les personnes immigrantes responsables de la crise du logement au Québec et au Canada, ce postulat trouve un bouc émissaire pour expliquer un problème social bien réel.
Qu’il s’agisse d’expliquer le chômage important lorsque les usines ferment dans nos régions ou la pénurie de logements abordables, propres et sécuritaires partout au Québec, l’instrumentalisation de l’immigration présumément trop importante trouve écho chez les nationalistes, mais auss parfois chez les personnes touchées par ces crises.
C’est une explication facile à un problème complexe qui percole chez les partisan·es de la pensée simple.
De Duplessis à Legault, en passant par Marois
Il convient alors de remettre en contexte la construction idéologique de l’immigration comme problème supposément à l’origine de la crise du logement.
Cette conception des personnes migrantes comme une menace économique, sociale et culturelle pour la population québécoise dite de souche ne date pas d’hier. Maurice Duplessis employait déjà cette stratégie à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.
Ce type de discours – et de personnage – a malheureusement tendance à revenir. Dans les moments de crise, il est souvent plus facile de se détourner de l’autre, de le pointer du doigt, de le rendre responsable de tous les maux.

En 2009, dans Regards sur le Québec pluraliste, l’ancien directeur de l’Institut interculturel de Montréal, Robert Vachon, affirmait à propos de la crise médiatique des accommodements raisonnables que les « déclarations de politiciens en quête de capital politique ont contribué à ressusciter un nationalisme aux accents ethniques que l’on croyait être disparu du Québec ».
C’est justement durant cette « crise » que Pauline Marois devient cheffe du PQ et initie résolument le virage identitaire de ce parti. Cette tendance s’est exacerbée jusqu’à se matérialiser dans un projet de loi déposé par le Parti québécois le 7 novembre 2013 : la fameuse « Charte des valeurs québécoises ».
Nous nous retrouvons aujourd’hui avec un gouvernement de plus en plus faible qui peine à régler des problèmes de plus en plus criants.
Toujours, la figure de l’autre est déployée et mise à distance pour mieux se complaire comme colons en ce demi-pays. Incapable de s’affirmer face aux pouvoirs qui nous surplombe, on s’entre-déchire pour trouver qui a la souche avec les racines les plus profondes, catholiques autant que possible.
Ces tentatives de marquer l’autre au fer rouge ne se sont pas arrêtées là. Nous nous retrouvons aujourd’hui avec un gouvernement de plus en plus faible qui peine à régler des problèmes de plus en plus criants. Depuis son entrée au gouvernement, François Legault et la CAQ n’ont apporté aucune solution structurante quant aux enjeux de santé, d’éducation et de logement.
Ils privilégient plutôt la construction d’un Autre violent, extrémiste, menaçant la cohésion nationale, la langue française et même le logement!
Difficile d’en mettre plus sur le dos d’un groupe social nouvellement arrivé et minoritaire à la fois en nombre et en pouvoir. Le rendre responsable d’une crise de l’habitation qui s’envenime depuis des décennies nécessite un tour de force que seuls des élu·es inconscient·es et incapables auraient l’idée de risquer.
Les vrai·es coupables
Ce qu’on constate sur le terrain, c’est plutôt l’appétit des propriétaires qui profitent d’un marché de l’habitation en manque de régulation.
Nous voyons que les locateurs les plus véreux louent à très haut prix des logements inadéquats à des locataires vulnérables, souvent issu·es des classes populaires ou de l’immigration. S’il y a des responsables de cette crise, ce sont bien ces propriétaires qui s’en mettent plein les poches sur le dos des plus démuni·es.
D’ici à ce que le gouvernement du Québec mette un frein aux parasites qui prennent la moitié (et souvent plus!) des chèques de paie des travailleur·euses (d’ici ou d’ailleurs) qui font rouler notre province, qu’il ne pointe pas du doigt celles et ceux qui tentent de s’en sortir à chaque fin de mois.
Qu’il agisse plutôt sur le fond de la crise et qu’il instaure des régulations du marché locatif qui limitent réellement et concrètement les hausses de loyers et les rénovictions qui affligent nos régions, nos villes et nos quartiers.