La banalisation de la violence

Tamara Thermitus Chroniqueuse · Pivot
Partager

La banalisation de la violence

En cette fin de campagne présidentielle aux États-Unis, la droite dure s’autorise toutes les violences pour remettre à leur place les Noir·es, les femmes et surtout les femmes noires.

Le vote des personnes noires a historiquement déchainé la violence contre elles. Après la fin de l’esclavage, elles ont été confrontées au lynchage et à la suppression systématique de leurs votes dans le Sud des États-Unis.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la violence à laquelle fait face la vice-présidente et candidate à la présidence Kamala Harris.

Les mensonges, le racisme, le sexisme et la misogynoir étaient au menu du ralliement apocalyptique de Donald Trump du 27 octobre au Madison Square Garden. Tous les coups sont permis, dont celui de prétendre que Kamala Harris a un « faible QI » – une autre banalisation du racisme ainsi qu’un retour des vieux discours racistes pseudo-scientifiques.

Comme le soulignait Anita Hill dans une opinion publiée par le New York Times : « Aucun candidat à la présidence de l’histoire moderne n’a été confronté à un tel questionnement de l’authenticité de son identité et, par extension, de ses qualifications pour occuper la présidence. »

Cette vague de haine déshumanise non seulement la vice-présidente, mais toutes les femmes, voire tou·tes les Américain·es.

Remettre à sa place

À cette violence s’ajoute la misogynoir. Selon Moya Bailey, qui a développé ce concept, « la misogynoir trouve sa source dans la façon dont les gens perçoivent et traitent les femmes noires et les déconsidèrent puisqu’elles sont indignes de respect ». La violence a toujours servi à contenir, à punir ou à mettre à leur place ces femmes.

Elle a été dénoncée par Malcolm X, en ces termes : « La personne la moins respectée en Amérique est la femme noire. La personne la moins protégée en Amérique est la femme noire. La personne la plus négligée en Amérique est la femme noire. »

Cette violence à l’égard des femmes noires qui aspirent aux postes de pouvoir n’est pas nouvelle. Lors de la campagne présidentielle de 1972, Shirley Chisholm, la première femme noire à être élue au Congrès ainsi que la première à briguer la nomination présidentielle du Parti démocrate, soulignait qu’« en fin de compte, la discrimination anti-noir, anti-femme et toutes les autres formes de discrimination sont équivalentes à la même chose : l’anti-humanisme ».

Pour les femmes noires en politique, le sexisme, la misogynie et le racisme sont au rendez-vous. Ces attaques ont pour objectif de les chasser de cette sphère. Or, les conséquences de ces attaques sont graves. Elles touchent au cœur de la démocratie, soit à la participation de toutes les femmes.

La violence a toujours servi à contenir, à punir ou à mettre à leur place ces femmes.

De plus, la charge raciale que portent les femmes noires occupant des positions de leadership est incommensurable. Cette charge les oblige à prouver constamment leur humanité. Leurs comportements sont scrutés à la loupe, elles n’ont pas droit à l’erreur. Elles subissent une pression constante qui provoque un stress ayant des conséquences désastreuses sur leur santé tant mentale que physique.

De plus, comme le soulignait Michelle Obama, le traitement réservé à Kamala Harris tant par ceux qui votent que par les médias est une illustration du double standard. Pour l’analyste politique Van Jones, Donald Trump et Kamala Harris « ne passent pas le même examen », pointant également vers le double standard.

Mme Harris est déshumanisée sous nos yeux. Le massage est clair : une femme noire briguant la Maison-Blanche, c’est une ignominie.

Panique raciale

Mais au-delà de cette violence, la vice-présidente fait face à du « racial dogwhistling » (sous-discours racial) soit des slogans politiques qui, bien qu’ils ne mentionnent pas explicitement la race, sont utilisés pour désigner les personnes noires comme des menaces, créant ainsi un vent de panique. Le « Make America Great Again » (MAGA) est en soi un racial dogwhistle, en ce qu’il réfère à une Amérique d’antan qui rejette l’égalité de tous les citoyen·nes.

Mais pourquoi tant de haine? Pour provoquer une panique morale fondée sur une crainte des différences « raciales » et culturelles, voire une panique raciale qui met l’accent sur la présumée déviance des corps noirs. Cette panique raciale prend son essor lorsque des changements sociaux progressistes sont imminents.

Elle se manifeste aussi lorsque des milliardaires achètent des votes ou encore lorsqu’ils interviennent pour limiter la liberté de la presse.

Comment rester silencieux devant une telle déferlante de violence?

Il est impératif d’agir, de se lever et de dénoncer cette violence systémique. Il faut se battre pour transformer les systèmes qui la permettent, voire la valorisent. On ne peut avaliser une telle impunité. Notre humanité l’exige!

Le capital peut-il tout acheter? Or, disons-le haut et fort : notre humanité n’est pas à vendre!

Comme le répète sans cesse la vice-présidente Harris, « le peuple américain mérite mieux ». Le monde mérite mieux!