Je vais commencer cette chronique en vous racontant une histoire qui pourrait vous surprendre de ma part.
Le hasard aura voulu qu’à la veille de cette vulgaire mise en scène de Donald Trump qui servait des Big Mac à cinq « clients » triés sur le volet dans un restaurant par ailleurs fermé, je visionnais le film The Founder, avec Michael Keaton dans le rôle de Ray Kroc, le perfide homme d’affaires qui a littéralement volé aux frères McDonald le système qui rendait leur restaurant si populaire.
Les deux frères avaient créé ce qu’ils ont appelé le « Speedee System » pour préparer leurs burgers et leurs frites rapidement et efficacement, mais demeuraient attachés à un gage de qualité et à une éthique irréprochables. Ils ont accepté d’engager Kroc, alors commis voyageur pour une compagnie de machines à lait frappé, comme agent pour franchiser leur concept.
Mais alors que les frères continuaient d’insister sur le maintien de leurs normes serrées, Kroc s’est mis à vouloir tourner les coins ronds et, afin de contourner ses engagements contractuels, il a créé la McDonald’s Corporation qui lui a permis d’écraser juridiquement les frères et de pouvoir enfin « déréglementer » les pratiques commerciales de la chaîne. Le film présente comme exemple de cette saisie hostile le remplacement de la crème glacée pour les laits frappés par un mélange en poudre.
La McPolitique doit sa popularité grandissante à ses propres calories vides et rapidement consommables.
Et lorsque Richard McDonald a demandé à Kroc pourquoi il n’avait pas tout simplement volé le système et ouvert son propre restaurant, ce dernier lui a répondu que la valeur de McDonald’s résidait dans… le nom.
« Mon nom [Kroc] n’est pas suffisamment américain. » McDonald, ça rime avec l’Americana, le zeitgeist culturel de « l’Amérique profonde ».
On connaît bien sûr la suite de l’histoire de McDonald’s et de ses pratiques commerciales – et culinaires! – ignobles.
Politique en poudre
Revenons donc à la politique, où on observe depuis quelques années un phénomène semblable, alors que l’éthique et la qualité laissent de plus en plus leur place à la politique-spectacle et aux coups publicitaires qui prennent immanquablement les grands médias au piège, chaque fois ou presque.
Et chaque fois qu’on croit que politiciens et journalistes ont atteint le fond du baril (de poulet frit Kentucky?), surgit un Donald Trump filmé avec son tablier, distribuant de la frankenbouffe à des acteurs jouant les clients dans un restaurant fermé pour l’occasion.
Comme la McBouffe, la McPolitique vise les plus bas dénominateurs communs.
« Un homme du peuple! » scandent ensuite ses relais du Grand Commentariat fasciste conservateur.
Les grands médias rapportent l’affaire « objectivement », sans un nécessaire cri d’indignation devant cette supercherie.
Ceux d’ici reprendront l’histoire via les agences de presse sans évoquer la mise en scène. « Trump ira travailler dans un McDonald’s », titrait ainsi l’agence QMI plus tôt cette semaine.
Calories vides
Et ne croyez pas que cette médiocrité stéroïdée s’arrête à la frontière, car comme McDonald’s, la McPolitique est hautement franchisable!
François Legault et une généreuse poignée de ses ministres nous y ont habitué·es depuis 2018, multipliant les déclarations d’une navrante pauvreté intellectuelle au sein d’une gouvernance digne d’une chambre de commerce beauceronne.
Pierre Poilievre, de son côté, insère sa McPolitique dans un grand sac graisseux sur lequel est inscrit « gros bon sens ».
Éric Duhaime, lui, distribue des autocollants « Mon char, mon choix » dans des stationnements du genre de restaurants prisé par l’auditoire de Radio X.
De la même manière que la McBouffe peut créer une dépendance chez certain·es, tant elle est remplie de sucre, de sel et de gras, la McPolitique doit sa popularité grandissante à ses propres calories vides et rapidement consommables : fantasmes d’un passé imaginaire meilleur et plus simple, slogans douteux, politiques basées sur la répression des minorités au bénéfice de la « majorité historique », fausses solutions simples à de vrais problèmes complexes.
Comme la McBouffe, la McPolitique vise les plus bas dénominateurs communs.
Et comme pour qui sait distinguer une nourriture saine de la McBouffe, la digestion de la McPolitique se veut laborieuse, avec un sous-produit fort nauséabond.
Comme la McPensée – on s’en reparle.
Redonnons donc à la politique de bonnes valeurs nutritives!