« Faites quelque chose »

Tamara Thermitus Chroniqueuse · Pivot
Partager

« Faites quelque chose »

L’heure est à l’action pour les Noir·es américain·es qui veulent défendre leurs droits et combattre la peur des Blancs.

La chanson « Freedom » de Beyoncé étant le thème de la campagne démocrate, certain·es s’attendaient à ce qu’elle fasse une apparition. Or, son influence culturelle était bien présente.

Avez-vous remarqué le symbole qu’elle avait mis de l’avant lors du Super Bowl 2016, alors qu’elle avait chanté la chanson « Formation »? Cette chanson, une critique politique qui dénonce le racisme institutionnel, systémique, fut notamment adoptée par le mouvement Black Lives Matter et entendue dans des manifestations faisant suite à l’assassinat de George Floyd. Elle a aussi été reprise dans le mouvement #MeToo, initié par Tarana Burke, une femme noire.

Elle salue la fierté de la culture noire américaine et de culture créole. « Formation » est un hymne d’empowerment.

Lors du Super Bowl, une formation de danseurs noirs avait formé un X sur le terrain de football. Lorsque Beyoncé s’est présentée sur cette scène, sur sa poitrine trônait un X que nul ne pouvait ignorer.

Le X de Malcolm X, celui qui a exhorté les Noir·es à exercer leur droit de vote et « à réaliser à quoi sert le bulletin de vote ». Il leur a dit « ce qu’ils étaient censés obtenir en votant ». En 1964, également une année d’élections présidentielles, il leur a rappelé que les Noir·es détiennent souvent la balance du pouvoir.

Michelle Obama s’est présentée lors de la soirée d’investiture du Parti démocrate avec le même X, plus subtil, mais bien présent sur son torse. Ce X fait partie de l’héritage des Noir·es.

Ce symbole, qui tel un talisman défie, comme le dit Michelle Obama, « les démons de la peur ».

L’espoir des Noir·es

Ainsi, Michelle Obama a intimé les Noir·es de ne pas « gaspiller les sacrifices faits par leurs aîné·es pour nous donner un avenir meilleur ».

Elle a rappelé les valeurs communes, dont l’une est cardinale : l’espoir, qui a porté et porte encore le peuple noir américain et les immigrant·es à travers les multiples vicissitudes de la vie d’étranger·es. L’espoir qui a permis aux esclaves de survivre à la haine institutionnelle qu’est le racisme.

Il ne suffit pas de porter des femmes noires au pouvoir. Il faut répondre présent lorsqu’elles sont la cible d’attaques.

Elle a souligné l’importance de défendre « les libertés fondamentales, mais aussi la décence et l’humanité, le respect, la dignité et l’empathie qui sont au fondement de la démocratie américaine. » Elle a rappelé « la justice, l’obligation d’élever les autres ainsi que la responsabilité de donner plus que ce qu’on reçoit ». Elle a souligné l’importance de la quête universelle qu’est celle « de construire une vie meilleure ».

Elle a cité la mère de Kamala Harris en s’appropriant ses propos : « Ne restez pas assis à vous plaindre. Faites quelque chose (do something). » Des propos qui font écho à ceux de John F. Kennedy : « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. »

La peur des Blancs

Lucide et forte de son expérience, Michelle Obama nous avertit « que les gens vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour déformer sa vérité » lors de cette campagne. Appliquant l’enseignement de la mère de Kamala Harris, Michelle Obama souligne « qu’il faudra “faire quelque chose” lorsqu’ils mentiront sur Kamala Harris, et ils le feront très certainement ».

« Pendant des années, Donald Trump a fait tout mis en œuvre afin de faire en sorte que les gens nous craignent », dit Michelle Obama, tout en soulignant qu’il s’agit de la « même vieille escroquerie. Insister sur les mensonges hideux, misogynes et racistes [n’oublions pas la misogynoir] en tant que substitut aux idées et aux solutions réelles qui rendront réellement la vie des gens meilleure. »

Ainsi, elle faisait allusion à la peur des Blancs (« white fear »), concept développé par le journaliste Roland S. Martin. Il s’agit du « refus de partager le pouvoir et les ressources et de permettre la redéfinition de la morale, des valeurs et des principes de l’Amérique », écrit Martin dans son livre. « Ainsi, la peur des Blancs est perpétuée par les Américains blancs qui refusent de laisser l’Amérique tenir les promesses de la Constitution et de la Déclaration d’indépendance ».

Malcolm X a rappelé que les Noir·es détiennent souvent la balance du pouvoir.

Roland S. Martin démontre « la nature omniprésente de la peur des Blancs » et soutient qu’il faut « éduquer les gens sur l’escalade inévitable de la violence et des tensions qui continueront à mesure que la démographie de ce pays changera rapidement, passant d’une majorité de Blancs à une majorité de Noirs, de Latinos et d’Américains d’origine asiatique. » Cette peur doit être confrontée.

La prophétie annoncée s’est déjà réalisée. Le candidat républicain, tentant de susciter la peur, a traité Kamala Harris de « folle » ou de « démente », en ciblant notamment son rire. Il s’est aussi vanté d’être plus beau qu’elle. Alors qu’il croyait ne pas être enregistré, il a affirmé que la candidate démocrate « nulle », « pathétique » et que c’était une « sale p*** ».

Nous le savons, il ne suffit pas de porter des femmes, de surcroît noires, au pouvoir. Il faut répondre présent lorsqu’elles sont la cible d’attaques. « Il faut faire quelque chose. »