Comprendre les conventions collectives du secteur public : les négociations

Comment expliquer les gains obtenus par les syndicats de la fonction publique ?
Photo: André Querry. Montage: Pivot.

Les syndiqué·es des services publics ont obtenu des gains notables, tant sur le plan des salaires que des conditions de travail. Comment y sont-ils parvenu·es ? Pour mieux comprendre, il faut se pencher sur le contexte des négociations : pandémie, inflation, pénurie de main-d’œuvre et sympathie du public ont été des éléments clés.

D’abord, le premier facteur à considérer est la pandémie, selon Thomas Collombat, professeur au département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Au plus fort de la pandémie, le discours public et gouvernemental a été très favorable aux travailleur·euses des réseaux scolaires et de la santé, soulignant le caractère essentiel de ces emplois. Toutefois, il demeure une disparité entre ces discours et les conditions réelles dans lesquelles ces emplois s’effectuent : cela a entraîné une insatisfaction et un mécontentement, analyse Thomas Collombat.

Le deuxième facteur que souligne le professeur est la difficulté de recrutement à laquelle font face les employeurs, ce qui a fait en sorte que les employé·es syndiqué·es ont pu avoir un certain levier. Ainsi, il y a eu beaucoup de négociations dans le secteur privé, au Canada et ailleurs dans le monde, durant lesquelles les travailleur·euses sont parvenu·es à des augmentations de salaire significatives.

Un autre facteur est l’inflation, qui est venue mettre de la pression sur les dépenses et l’endettement des ménages, ce qui a motivé les gens à formuler des demandes plus ambitieuses, explique Thomas Collombat.

Ne pas oublier les conditions de travail

Par ailleurs, les grèves sont rarement déclenchées uniquement à cause d’enjeux matériels, soulevant également des enjeux qui vont toucher au sentiment de respect dans les milieux de travail, souligne Thomas Collombat. Cela s’arrime souvent à des revendications qui vont toucher à l’autonomie des travailleur·euses et à leur capacité d’avoir une influence sur la façon dont s’organise le travail.

Cela a été le cas dans les négociations de l’automne dernier, même si ce n’est pas ce qui a fait couler le plus d’encre. Dans cette négociation-ci, il y avait à la fois des enjeux financiers, mais surtout des enjeux de reconnaissance, de respect et d’organisation du travail.

« Souvent, quand on couvre un conflit de travail dans les médias, on va parler des augmentations de salaire, de combien le syndicat veut et combien le patron offre, et d’où ça achoppe. Mais souvent, on ignore les autres enjeux, qui des fois sont des irritants beaucoup plus importants pour les travailleurs et les employeurs », affirme Thomas Collombat.

L’avenir des services publics

Pour Mélanie Dufour-Poirier, professeure au département de relations industrielles à l’Université de Montréal, un autre facteur qui a favorisé des gains pour les travailleur·euses est que les organisations syndicales ont réussi à faire « monter en généralité » leurs revendications, c’est-à-dire à amener dans l’espace public les enjeux mis sur la table pour faire comprendre qu’ils concernaient la qualité et la pérennité des services publics.

« Les syndicats ont pu faire valoir que le Québec est au carrefour de son évolution : souhaite-t-on toujours avoir des services publics de qualité ? » résume Mélanie Dufour-Poirier.

La professeure déplore toutefois la manière dont les femmes ont dû se battre pour obtenir une augmentation de salaire couvrant l’inflation. « Elles ont dû faire 21 jours de grève à la FAE, sans bouclier, à découvert, s’endetter, en plus de vivre de la souffrance psychologique au travail », critique-t-elle.

Rappelons que les secteurs de la santé et de l’éducation sont très majoritairement composés de femmes. En 2022, 79,9 % du secteur de la santé était composé de femmes, et la proportion était de 70,2 % pour le secteur de l’enseignement, du droit et des services sociaux, selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec.

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