Des militant·es de Greenpeace ont occupé jeudi matin les bureaux de la ministre canadienne des Finances, Chrystia Freeland, dans sa circonscription de University–Rosedale, à Toronto. Le groupe écologiste demande au gouvernement fédéral d’adopter des mesures plus ambitieuses pour lutter contre les changements climatiques dans son budget de 2024.
Les activistes ont occupé le bureau torontois de la ministre des Finances pendant plusieurs heures, à partir de la fin de l’avant-midi, avant d’être expulsé·es par les forces de l’ordre en début d’après-midi.
À l’approche de l’annonce du nouveau budget fédéral, ils et elles exhortent le ministère des Finances à cesser de « reculer » sur les objectifs climatiques du Canada, et réclament en particulier un meilleur plafonnement des émissions de gaz à effet de serre (GES) par l’industrie fossile, ainsi qu’une réglementation du financement de l’industrie fossile par les banques canadiennes.
« Il faut envoyer un message très fort à madame Freeland, parce que pour l’instant, elle n’écoute pas la population et les gens qui subissent la crise climatique », affirme Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada, en entrevue avec Pivot.
« On veut rappeler au gouvernement d’avoir le courage de ses convictions, de respecter ses engagements climatiques, d’écouter les populations, de cesser d’écouter les pétrolières, et surtout, de ne plus laisser les banques faire ce qu’elles veulent », déclare Patrick Bonin.
Ni la ministre Freeland ni le gouvernement n’ont réagi à l’événement.
Un recul qui inquiète
Les activistes de Greenpeace dénoncent le « recul » du gouvernement Trudeau sur plusieurs de ses engagements environnementaux, citant notamment la récente révision à la baisse des objectifs de réduction GES de l’industrie pétrolière et gazière.
Le gouvernement Trudeau a annoncé en décembre dernier son très attendu plan pour plafonner les émissions liées causées par la production des énergies fossiles. Ce plan prévoit une réduction des émissions de GES de l’industrie du pétrole et du gaz de 35 % à 38 % d’ici 2030, par rapport à 2019. Mais des assouplissements font que cette baisse pourrait être réduite à entre 20 % et 23 %.
En comparaison, l’année précédente, le gouvernement Trudeau parlait de fixer une cible plus ambitieuse pour forcer l’industrie fossile à réduire ses GES de 42 % d’ici 2030, par rapport à 2019.
« Ce n’est un secret pour personne que le gouvernement libéral a récemment affaibli des éléments clés de son plan climatique suite à une campagne de lobbying agressive de la part de l’industrie pétrolière et de membres du Parti conservateur », soutient Patrick Bonin par communiqué.
Le gouvernement Trudeau affirme plutôt que ses cibles passées n’étaient pas réalisables.
Réglementer les banques
Greenpeace appelle la ministre Freeland à obliger les banques à cesser leur financement de nouveaux projets de l’industrie fossile pour investir plutôt dans les énergies durables.
Les cinq plus grosses banques canadiennes, soit RBC, Scotia, TD, la Banque de Montréal et CIBC, ont ensemble financé l’industrie fossile à hauteur de plus de 850 milliards $ entre la signature de l’Accord de Paris en 2015 et l’année 2022, selon les données du plus récent rapport Banking on Climate Chaos.
En 2022, ce rapport avait démontré que les banques canadiennes, malgré leur taille modeste, étaient parmi celles qui financent le plus le secteur fossile à l’échelle mondiale.
« On a une crise climatique. On a une communauté qui souffre et les banques s’en mettent plein les poches, alors qu’elles devraient faire partie de la solution », déplore Patrick Bonin.
L’urgence d’agir
Pour souligner les impacts déjà bien réels des changements climatiques sur plusieurs communautés à travers le Canada, les activistes ont notamment déposé dans le bureau de la ministre Freeland des objets et des photos provenant de la ville de Lytton en Colombie-Britannique, qui a été en grande partie ravagée par des incendies en 2021.
« Ce gouvernement n’est pas à la hauteur de la crise climatique. Il peut et doit faire mieux », conclut Patrick Bonin.