
Le comité de « sages » qu’avait promis la CAQ l’automne dernier et qui a pour mandat d’examiner les questions d’identité de genre sera composé de trois personnes cisgenres. Cette annonce est dénoncée par une jeune activiste trans qui s’inquiète de voir un recul des droits des minorités visées.
La ministre de la Famille, Suzanne Roy, a dévoilé mardi les trois membres qui composeront le comité de « sages » chargé de se pencher sur les questions de l’identité de genre.
L’ancienne candidate au Parti québécois et ex-présidente du Conseil du statut de la femme Diane Lavallée présidera le comité. Elle sera accompagnée du médecin de famille Jean-Bernard Trudeau et du professeur en droit à l’Université Laval Patrick Taillon.
La mise sur pied de ce comité avait été promise par le gouvernement de la CAQ en septembre dernier, dans la foulée des manifestations anti-trans en septembre dernier qui s’opposaient à « l’idéologie de genre » dans les écoles.
Celui-ci devra « nourrir les réflexions du gouvernement de plus en plus appelé à se prononcer sur les questions sensibles liées à l’identité de genre, qui méritent des réponses mûrement réfléchies », a déclaré Suzanne Roy par le biais d’un communiqué.
« L’une des choses dont je suis la plus fortement déçue, c’est que le comité n’est pas du tout représentatif des besoins et des intérêts de la communauté trans », s’indigne la jeune activiste trans et étudiante en droit Celeste Trianon. Si la ministre promet de ne pas « faire reculer les droits des personnes trans et non binaires », elle s’inquiète que le manque de représentation des premier·ères concerné·es n’engendre des angles morts importants.
Elle souligne que les trois personnes choisies sont toutes des adultes cisgenres et n’ont auparavant jamais été appelées à se prononcer sur des enjeux liés aux minorités de genre qui touchent souvent les jeunes.
Pourtant, ce sont iels qui devront analyser « des impacts potentiels sur l’ensemble de la société québécoise » et d’identifier « les enjeux sur lesquels le gouvernement devrait approfondir ses réflexions », peut-on lire dans le communiqué.
On y indique également que les « sages » rencontreront des expert.es, des chercheu·ses et des intervenant·es, sans plus de détails. Iels devront également collaborer avec le Conseil québécois LGBT qui agira à titre de représentant des organismes communautaires. Un rapport final est attendu en 2025.
Droits menacés
Les droits des minorités de genre, « ça revient aux mêmes droits fondamentaux que tout le monde », rappelle Celeste Trianon, « notamment le droit à la dignité, à l’égalité, à la vie privée, à l’intégrité physique, mais également le meilleur intérêt de l’enfant qui est un principe fondateur en droit de la famille québécoise. »
Ces principes « font partie intégrante de nos systèmes juridiques », explicite-t-elle.
Or, elle s’inquiète que la détérioration du climat social et politique actuel, avec la multiplication des manifestations anti-trans et les prises de position du parti conservateur fédéral qui s’oppose aux soins d’affirmation de genre, ne mène à un recul législatif pour ces minorités. Au Québec, le ministre de l’Éducation Bernard Drainville s’était opposé aux recommandations de son propre ministère, en affirmant vouloir interdire les toilettes mixtes dans les écoles.
« Le Québec a historiquement été un défenseur des personnes faisant partie de la diversité sexuelle », souligne Celeste Trianon. « Je me demande pourquoi on ne peut pas continuer cet historique de défense des droits, pourquoi est-ce qu’on ne peut pas être des pionnier·ères plutôt que de reculer aussi fortement. »



