Anaël Rolland-Balzon Journaliste · Pivot
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En donnant la voix aux familles qui ont perdu des proches, aux travailleur·euses de la santé qui manquent de ressources et aux ainé·es qui sont maltraité·es, Le temps dérobé dévoile les revers d’une véritable industrie de la santé privée au Canada, orientée vers le profit au détriment du bien-être de ses usager·ères.

Coproduit par l’Office national du film (ONF) et Intuitive Picture, Le temps dérobé (Stolen Time) est présenté pour la première fois dans le cadre des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). 

Percutant, choquant et profondément engagé, ce documentaire, réalisé par Helene Klodawsky, raconte l’histoire captivante de l’avocate Melissa Miller qui lutte contre la maltraitance des aîné·es sévissant au sein de l’industrie opaque des centres de soin de longue durée à but lucratif au Canada.

« Ce n’est pas un film sur des experts ou des statistiques. C’est une histoire, une quête que suit Melissa Miller, jeune avocate qui représente les personnes les plus vulnérables, pour donner l’occasion de réfléchir sur cette problématique entre le soin et le profit », remarque Helene Klodawsky en entretien.

« Ce film, c’est un appel à la justice, pour faire des changements profonds dans le système en place », lance Helene Klodawsky.

Depuis 2018, l’avocate est devant les tribunaux contre quelques-unes des plus grosses compagnies de soins de longue durée à but lucratif au Canada : Extendicar, Revera Inc. et Sienne Living. 

Un dossier dans lequel elle défend plusieurs centaines de familles qui ont perdu leurs proches au sein de ces établissements dans des cas de déshydratation sévère, de malnutrition, d’infections dues à de la négligence, ou encore d’erreurs de diagnostic.

Le temps dérobé, c’est ainsi le récit du courage, de la ténacité et de la persévérance de Melissa Miller et de ses client·es qui se lancent dans un combat périlleux et inégal face à des industries prêtes à se défendre. Un parcours sinueux à la David contre Goliath.

Le temps dérobé nous plonge ainsi dans l’écosystème complexe d’un système de santé capitaliste et dans les rouages d’une justice parfois périlleuse qui, entre défense et attaque, peut être très dure à naviguer pour des individus venant de perdre leurs proches.

Un problème systémique

Pour Melissa Miller, la maltraitance des aîné·es au sein de ces établissements est un problème d’ordre systémique. 

Dans ses dossiers, l’avocate n’accuse aucun·e employé·e, bien trop souvent blâmé·es pour les ratés du système. Elle pointe du doigt les entreprises pour leurs manquements : ce sont elles « qui détiennent le pouvoir de décision sur les résidents, mais qui choisissent de ne rien faire », comme elle le mentionne si bien dans le documentaire.

Le temps dérobé nous invite alors à remettre en question l’aspect pécunier des systèmes de soin. « Est-ce que nos centres de soins doivent faire du profit pour fonctionner, est-ce que c’est un bon modèle? » se demande Helene Klodawsky.

« Quel type de soin espérez-vous recevoir? Ce sont des questions qui me fascinent et je pense que c’est important de voir le soin aujourd’hui, avec le capitalisme, comme un sujet très politique et engagé. »

Notre tour viendra

« Quand on est vieux ou malade, on n’a pas beaucoup de temps devant nous. Alors, si on est négligé, le temps nous est volé », remarque Helene Klodawsky.

La question du vieillissement et des soins, bien que trop souvent négligée ou invisibilisée, nous amène à nous demander quel type de traitement nous espérons pour nous-mêmes ou nos proches à l’avenir.

En nous ouvrant les portes de ce système opaque érigé en véritable industrie, en témoignant de la tragique réalité qui y a cours, Helene Klodawsky et Melissa Miller nous donnent ainsi des pistes de réponse à cette question.

« Personne ne veut s’imaginer arriver dans un centre comme ça », martèle Helene Klodawsky.

Le Temps dérobé sera présenté le dimanche 26 novembre à 13 h au Cinéma du Parc, en présence de la cinéaste et de l’équipe de réalisation.

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