Cagoulées, colorées, choquantes, drôles et ironiques, les performances artistiques des Pussy Riot se situent à la jonction entre la rage de vaincre et la joie de vivre. L’exposition dévoile l’énergie triomphante et inaltérable que les artistes du groupe insufflent dans chacune de leurs performances, malgré – ou grâce à – la violente répression du gouvernement russe à leur encontre.
Du 25 octobre 2023 au 10 mars 2024, le Musée d’art contemporain (MAC) de Montréal accueillera l’exposition multimédia Velvet Terrorism : la Russie des Pussy Riot.
Velvet Terrorism (Terrorisme de velours) retrace l’histoire des Pussy Riot, un collectif d’art punk féministe formé à Moscou en août 2011 en réponse à l’annonce du troisième mandat présidentiel de Vladimir Poutine.
L’exposition se déroule comme une présentation chronologique des performances des Pussy Riot, naviguant habilement entre l’art et l’activisme. Nous suivons le long des couloirs du musée une décennie d’archives activistes et de performances artistiques provocatrices, qui nous dépeignent de manière poignante l’évolution tragique de la Russie de Vladimir Poutine. Un véritable carnet de voyage temporel qui nous conduit jusqu’aux événements les plus récents, dont l’invasion de l’Ukraine.
Mobilisant le son, la vidéo, la photo et l’écrit, chaque œuvre exposée s’accompagne aussi de documents et de preuves dévoilant les réponses autoritaires du gouvernement russe aux Pussy Riot.
Des manifestations artistiques
La musique, en particulier le punk rock, est le moyen de prédilection des Pussy Riot pour exprimer leur contestation. En mobilisant des symboles révolutionnaires comme la cagoule, le rock ou les tenues extravagantes, et en se mettant en scène dans des lieux chargés de symbolisme d’État, les Pussy Riot provoquent passivement le gouvernement afin de faire ressortir son autoritarisme.
Le féminisme et la défense des droits LGBTQ+ sont au cœur de chacune de leurs performances.
Depuis sa création, le groupe a organisé plusieurs concerts provocateurs dans des lieux interdits. En 2012, pour l’une de leurs premières performances, les Pussy Riot se sont rendues sur la place Rouge, devant le Kremlin, pour y interpréter leur chanson « Poutine a fait pipi dans son pantalon ».
La même année, les membres du groupe se sont introduites dans la cathédrale du Christ sauveur à Moscou pour y interpréter « Prière punk : la Mère de Dieu chasse Poutine ». Cette performance, visant à dénoncer la collusion entre l’Église et le gouvernement, a entraîné un procès qui vaudra deux ans de prison à Nadejda Tolokonnikova et Maria Alyokhina, membres des Pussy Riot. Ce procès a suscité des critiques à l’échelle internationale.
Mettre en lumière ce qui reste caché
Au moyen de ses performances artistiques, le groupe cherche à mettre en évidence et à sensibiliser le monde entier aux mesures de répression brutales infligées par l’État russe à ses citoyen·nes : arrestations musclées, surveillance intrusive, emprisonnement arbitraire et tentatives d’empoisonnement.
C’est courageusement que les membres du groupe se sacrifient pour provoquer les réactions du gouvernement et mettre en lumière le régime d’oppression russe à l’encontre des voix critiques. En réagissant violemment à leurs performances et en exposant sa vraie nature, autoritaire, répressive et policière, le gouvernement devient le partenaire créatif des Pussy Riot.
« La réaction [du gouvernement] fait partie de l’action [des Pussy Riot] », remarque Maria Alyokhina, membre des Pussy Riot qui a organisé l’exposition. L’aspect non violent et provocateur de leurs actions prend alors tout son sens : c’est « l’État qui complète la performance ».
« J’ai expérimenté le système de l’intérieur et maintenant j’ai l’opportunité de vous en parler. »
Maria Alyokhina
En filmant leurs arrestations, en documentant leurs conditions de détention, en compilant les menaces et les pressions exercées sur elles, les Pussy Riot intègrent les sanctions à leurs performances. Elles deviennent ainsi « le symbole de la répression du régime russe », comme le souligne Maria Alyokhina, qui rappelle qu’elle « est devenue une célébrité en prison ». « J’ai expérimenté le système de l’intérieur et maintenant j’ai l’opportunité de vous en parler. »
« Quand tu réalises que tu as une voix et que tu es entendue, cela représente des responsabilités. Tout le monde s’en fout des gens qui n’ont pas voté pour Poutine. Du coup, étant nous-même entendues, on a commencé à parler de tout ce qu’on savait sur ce régime, au nom de toutes ces voix invisibles », explique Maria Alyokhina.
Dans le cadre de l’exposition, les Pussy Riot présenteront une performance live intitulée RIOTS DAYS, le 1er novembre au théâtre Rialto.



