Léa Beaulieu-Kratchanov Journaliste d’enquête · Pivot
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Pour une troisième année consécutive, la marche pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation avec les peuples autochtones se tiendra à Montréal le 30 septembre. La principale organisatrice du rassemblement, Na’kuset, dresse un bilan peu reluisant des réparations nécessaires pour que justice soit faite.

Ce samedi se tiendra la marche pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation avec les peuples autochtones. L’événement débutera au parc Jeanne-Mance à 13 h et plusieurs membres de différentes communautés autochtones prendront la parole, notamment l’activiste mohawk Ellen Gabriel. 

Le gouvernement fédéral a fait du 30 septembre un jour férié en 2021, après que les dépouilles de 215 enfants aient été retrouvées sur le site d’un ancien pensionnat autochtone à Kamloops en Colombie-Britannique. Mais depuis, plusieurs provinces, incluant le Québec, tardent à lui emboîter le pas.

En 2021, le premier ministre François Legault avait même déclaré qu’un jour férié pour la vérité et la réconciliation serait « trop coûteux » et nuirait à la « productivité » de la province. 

« Ça montre que certaines institutions et certaines provinces, certains leaders s’en fichent complètement », pense Na’kuset, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal qui organise l’événement depuis trois ans. « Les actes en disent plus long que les paroles. »

C’est également dans cet esprit que les organisateur·trices encouragent ceux et celles qui en ont les moyens à faire un don. Un code QR à cet effet sera notamment distribué lors du rassemblement. Tous les fonds amassés iront à Résilience Montréal, un refuge créé par le Foyer des femmes autochtones, qui vient en aide à des membres des communautés autochtones qui se retrouvent en situation d’itinérance.

« C’est une organisation qui travaille avec une clientèle qui vient des pensionnats », explique Na’kuset. « Les gens pensent que les pensionnats, ça date de longtemps, mais non! Le dernier a fermé en 1996. » Les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.

« Il y a des personnes qui ont mon âge, qui sont allées dans les pensionnats et qui ont fini par être dans la rue à Montréal », lance-t-elle. « Si on veut les aider, voici un moyen de le faire. »

Réconciliation au ralenti

Pour Na’kuset, une réelle réconciliation est impossible sans un soutien aux jeunes et aux enfants autochtones. Et cela passe inévitablement par les institutions publiques qu’ils et elles côtoient au quotidien et qui ont longtemps été synonymes d’abus.

« Il faut se rappeler que d’aller à l’école dans les pensionnats a été incroyablement traumatisant. Alors comment est-ce que le système d’éducation a changé pour s’assurer que les étudiants autochtones se sentent en sécurité? », demande-t-elle.

En 2019, la commission Viens avait par ailleurs énoncé une trentaine de recommandations à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au Québec, où les jeunes autochtones sont surreprésenté·es.

Pourtant, « la DPJ avec laquelle nous travaillons, [les centres jeunesses] Batshaw, n’en a pas mis une seule en œuvre! » s’indigne Na’kuset. « C’est un problème. »

Le bilan est tout aussi accablant du côté des appels à la justice émis dans le cadre de l’Enquête fédérale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Quatre ans après la soumission du rapport final, seulement une des 231 recommandations aurait réellement été mise en œuvre, selon Nakuset.

« Une seule! Va-t-il falloir qu’on attende 230 années de plus pour qu’on en mette en œuvre une de plus chaque année? »

En ce qui concerne la Commission fédérale de vérité et de réconciliation, seules treize des 94 recommandations faites en 2015 avaient été accomplies, selon un bilan réalisé à la fin de 2022. À ce rythme, il faudrait encore attendre jusqu’en 2045, soit 42 ans, pour réaliser l’ensemble des recommandations.

« Ce n’est pas juste qu’on doive attendre si longtemps. C’est insultant », lance-t-elle.

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